Armée et politique: Les mises en garde de Gaïd Salah

Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 28 juillet 2018

L’Armée nationale populaire (ANP) «ne peut en aucun cas être mêlée aux enchevêtrements des partis et des politiques», a affirmé jeudi Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, qui a rappelé les «missions constitutionnelles» de cette institution desquelles elle «ne s’écartera jamais».

«L’Armée nationale populaire est une armée qui connaît ses limites, voire le cadre de ses missions constitutionnelles, qui ne peut en aucun cas être mêlée aux enchevêtrements des partis et des politiques, ou être immiscée dans des conflits qui ne la concernent ni de près ni de loin», a souligné Gaïd Salah lors d’une cérémonie organisée en l’honneur des meilleurs lauréats des Cadets de la Nation au baccalauréat 2018, qu’il a présidée au siège du ministère de la Défense nationale (MDN). Gaïd Salah a également insisté sur le fait que l’armée ne ‘’s’écartera jamais » de ses missions constitutionnelles.

«L’une des mauvaises pratiques, voire étranges, irrationnelles et inacceptables, à la veille de chaque rendez-vous électoral, que ce soit pour l’APN, pour les APC et APW, ou même pour les élections présidentielles, je dis, à la veille de ces importants scrutins nationaux, et au lieu d’essayer de s’approcher du citoyen en conférant davantage d’importance à ses préoccupations, quelques personnes et certains partis s’éloignent volontairement de l’exercice politique», a affirmé Gaïd Salah. Pour lui, ‘’la politique est l’aptitude à s’adapter aux réalités du quotidien», pour autant, le vice-ministre de la Défense dénonce: ‘’certains s’autoproclament parrains de l’ANP, voire son porte-parole, omettant, ou volontairement négligeant, que l’ANP est une armée du peuple algérien (…), et avec tout ce que cela représente pour le présent et pour l’avenir». Ahmed Gaïd Salah précise à ces partis qu’il n’y a de ‘’tuteur » pour l’armée que ‘’les orientations » du président de la République, Abdelaziz Bouteflika.

Rappelant que l’armée algérienne ‘’travaille avec persévérance conformément aux lois de la République et aux dispositions de la Constitution », le vice-ministre de la Défense souligne que ‘’nous attendons de tous les courants politiques et de la société civile de leur accorder leur juste valeur », rappelant en outre qu’elle veille ‘’à ne jamais s’écarter de ses directives, des lois de la République ou du cadre professionnel et fonctionnel délimité par la Constitution». Pour autant, Gaïd Salah prévient que l’ANP ‘’ne permettra aucun dépassement engendrant le désordre, et ne permettra pas de trouble, qui pourrait être envisagé par certaines parties prêtes à mettre l’Algérie en danger pour arriver à leurs fins ou pour sauvegarder ou réaliser leurs intérêts personnels abjects».

Il précise que ‘’l’Algérie se trouve entre de bonnes mains (…), des mains qui feront face avec force et détermination à tous ceux qui s’aventureraient à exposer le pays des chouhada au désordre et aux desseins hostiles ». Le vice-ministre de la Défense a également prévenu que l’Algérie «n’est pas une arène de combat ou une piste de course pour qui voudrait récolter des trophées et réaliser d’infâmes profits personnels et individuels ». L’armée «ne peut être le souffre-douleur de certains incapables, ni l’arbre qui couvre la forêt de leur impuissance », a-t-il déclaré.

En réaction à la position officielle de l’armée à son initiative d’un consensus national pour une transition démocratique, qui serait en quelque sorte parrainé par l’ANP, le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrazak Makri, a affirmé jeudi que son parti «appuie» les déclarations du vice-ministre la Défense nationale, Gaïd Salah, sur le refus de l’institution militaire de s’impliquer dans «les enchevêtrements des partis et des politiques». Sur sa page facebook, le président du MSP a affirmé que son parti «appuie » les déclarations d’Ahmed Gaïd Salah et que son parti «ne se sent nullement visé par cette réponse ». Le MSP, selon Makri, ‘’n’a pas appelé à l’implication de l’armée, mais s’est exprimé dans le cadre de la présentation de l’initiative, affirmant que le rôle de l’institution militaire dans le consensus national consiste en la contribution à la préservation de ce dernier s’il aura lieu ».

‘’ Gaïd Salah a condamné l’implication de l’armée dans les enchevêtrements des partis et des politiques tandis que le mouvement n’est entré dans aucune querelle avec les autres partis concernant le rôle de l’armée, mais plutôt certains politiciens ayant réagi avec la déclaration du président du mouvement qui sont entrés en lutte par rapport au rôle de l’armée», indique Makri selon lequel ‘’aucun responsable du MSP ne se considère comme un porte-parole officiel de l’armée». Il a également a appelé à «l’arrêt des surenchères au nom de l’institution militaire», avant de relever qu’elle «est l’armée de tous les Algériens, qui doivent la soutenir dans ses missions constitutionnelles». D’autre part, il a expliqué que l’initiative du consensus national lancée par le mouvement «n’est pas une tentative (du parti, NDLR) de retourner au gouvernement».

Il a expliqué dans une allocution lors d’une conférence organisée à l’occasion du 15e anniversaire de la disparition du fondateur du mouvement, Cheikh Mahfoud Nahnah, que «le mouvement ne compte pas retourner au gouvernement à travers son initiative sur le consensus national». ‘’Le mouvement ne veut pas faire marche arrière», a-t-il dit, précisant que ‘’le mouvement veut réaliser une transition démocratique où l’institution militaire est le garant du processus, dans le cadre de la Constitution». Le MSP n’a «aucun intérêt partisan à travers cette initiative», a-t-il ajouté, avant de souligner que «les réactions qu’elle a suscitées signifient qu’elle intervient au moment opportun».

‘’Le FLN a pris note avec satisfaction de la position de l’armée », a par ailleurs déclaré le SG du FLN, Djamel Ould Abbès, qui avait pris ses distances vis-à-vis de l’initiative de transition politique lancée par le président du MSP. ‘’Chaque institution a son rôle et ses prérogatives constitutionnelles, y compris l’armée dont la fonction est de défendre l’intégrité territoriale du pays et le peuple algérien », a affirmé Ould Abbès jeudi à Boumerdès. ‘’Les réserves du FLN sont irréversibles et restent inchangées. Si le MSP change sa vision, nous reverrons notre position sur la question», a-t-il dit, précisant que le FLN a émis des réserves quant aux points essentiels de cette initiative, en particulier «la souveraineté» de l’Armée nationale populaire. ‘’Les orientations, les instructions et les ordres de l’ANP parviennent du président de la République, en sa qualité de ministre de la Défense nationale et Chef suprême des Forces armées», a ajouté Ould Abbès selon lequel l’armée nationale ‘’ne doit pas être impliquée dans les manœuvres ou jeux politiques et politiciens».

‘’Celui qui veut faire de la politique, la scène est ouverte pour tous les partis, mais loin de l’armée », a-t-il dit, avant d’ajouter que ‘’celui qui veut le pouvoir doit se rendre aux urnes car c’est le peuple algérien qui donne le pouvoir et pas nous ». Ould Abbès a également expliqué que ‘’les autres réserves concernant ladite initiative portent sur la question de la transition démocratique, le FLN considérant cette question comme close en 1999″. Pour le SG du FLN, «l’Algérie ne vit plus une période transitoire sur le plan politique et connaît, plutôt, une stabilité politique et sécuritaire à tous les niveaux».