Emeutes de Béchar : la peur de la contagion

Les autorités ont promptement réagi pour calmer la colère des citoyens

Liberté, 10 juillet 2018

Le risque de propagation à d’autres localités du Sud et à d’autres régions n’est pas à écarter : les revendications soulevées à Béchar ne sont souvent que celles exprimées ailleurs dans le pays.

Les émeutes qui ont marqué le week-end dernier et qui persistaient encore hier à Béchar, au sud du pays, ne sont pas près de connaître leur épilogue. La tension est toujours vive dans cette région. La colère qui s’exprime par la violence, faute d’un autre canal pour que les revendications soient entendues, est une mise à nu de la gestion locale des affaires publiques.
Une gestion décriée et condamnée par les nombreuses manifestations qu’enregistre annuellement le pays depuis quelques années. La colère des habitants de la wilaya de Béchar risque de faire tache d’huile, tant est que la situation de malaise et de précarité n’est pas circonscrite à cette zone presque oubliée des autorités centrales. Le risque de propagation à d’autres localités du Sud, d’abord, et ensuite à d’autres régions du pays, n’est pas à écarter du fait que les revendications soulevées à Béchar sont quasiment les mêmes que celles que des citoyens des autres régions tentent de porter à l’attention des autorités. Et c’est justement pour endiguer cette menace que les autorités ont promptement réagi afin d’étouffer cette contestation par des promesses et des engagements pris par le wali de Béchar, Tewfik Dziri. En effet, le wali a décidé de prendre en charge l’opération d’attribution de 11 000 lots de terrain destinés à l’auto-construction ainsi que la distribution de 1 170 logements sociaux. Le wali, dans le souci de réussir cette tentative d’apaisement, a également décidé d’exclure l’APC de cette opération, mais aussi de procéder à l’attribution de ces terrains et logements à la fin du mois en cours et non à la rentrée sociale comme décidé auparavant. “L’État s’engage à satisfaire la demande des citoyens en la matière, de même qu’il prend en charge les travaux de viabilisation des sites destinés à l’implantation de ces lots de terrain à bâtir, grâce à une aide financière spéciale qui vient d’être dégagée par le ministère de tutelle pour la réalisation des différents réseaux, à savoir l’assainissement, l’eau potable et l’électricité”, a, en effet, souligné le wali lors d’une rencontre tenue, au début de la semaine, avec le mouvement associatif local. Concernant les autres revendications des habitants, notamment une alimentation régulière en eau potable, le wali a assuré qu’un vaste projet de transfert des eaux de dix forages dans la région d’Oued-Namous vers la ville de Béchar est en cours. “Ce projet, actuellement en réalisation par dix entreprises, et piloté par l’Agence nationale des barrages et des transferts (ANBT), verra la réalisation d’une conduite de transfert sur 250 kilomètres, jusqu’à Béchar et dont pourront également bénéficier les populations des villes de Kenadsa et d’Abadla”, a expliqué le wali. Cette “réaction de pompier” des autorités locales de Béchar, sous l’impulsion évidente du gouvernement, est, sans doute, l’expression de la crainte de voir ces manifestations se propager à d’autres régions du pays, celles-ci n’étant, pour la plupart, pas mieux loties que Béchar.

Mohamed Mouloudj