Le gouvernement revient sur ses annonces: Quand l’échéance de 2019 reporte la levée des subventions

Nadjia Bouaricha, El Watan, 9 juillet 2018

La présidentielle de 2019 se joue aussi sur le terrain économique. Toute déclaration ou décision qui gênerait le processus d’intronisation du candidat du système sera nulle et non avenue.

C’est en tout cas ce qui transparaît des précisions faites hier par le ministère des Finances revenant sur des déclarations de Abderrahmane Raouia annonçant, il y a une semaine à peine, une révision de la politique des subventions devant s’accompagner d’une hausse des prix des carburants et de l’électricité ainsi que de l’eau un peu plus tard.

Des annonces qui n’ont bien entendu pas été accueillies favorablement par une opinion publique épuisée de voir le gouvernement puiser des derniers acquis sociaux pour camoufler les déficits budgétaires de l’Etat.

«S’il y a une nécessité de revoir les dispositifs de soutien actuels, la révision ne sera pas précipitée et ne sera pas appliquée de manière systématique et indiscriminée», indique le communiqué du ministère des Finances intervenant au lendemain de critiques émises lors d’une réunion de la direction du RND, sous la présidence du Premier ministre, sur la sortie «alarmante» de Raouia à la Chaîne 3.

Ce dernier affirmait que «l’actuelle politique de subventions ne peut plus continuer comme ça pour l’équité sociale. Dans sa forme actuelle, le simple citoyen ne peut pas profiter de cette politique mieux que quelqu’un qui dispose d’un revenu plus important, ce n’est pas normal».

Seulement une semaine après, c’est-à-dire hier, le communiqué du ministère a mis de l’eau dans ses déclarations qui se sont accompagnées d’annonces de hausses des prix des carburants notamment. «S’il y a nécessité de revoir les dispositifs de soutien systématique en vigueur, la révision ne sera pas précipitée…

Aucune mesure ne sera mise en œuvre sans une étude préalable et sans une large concertation», rassure le communiqué du ministère en notant toutefois l’impératif besoin de réformer le système des subventions qui profite aux catégories les plus nanties.

«Ce mécanisme généralisé de subventions, outre son coût excessif pour la collectivité, ne répond plus aux objectifs de réduction des inégalités et de protection des populations les plus vulnérables», précise encore le même communiqué en notant que sur la période 2012-2016, le soutien de l’Etat aux ménages et à l’économie a représenté une part de plus en plus élevée, avoisinant 27%.

Mais comme il n’est pas de bon ton de parler de hausses des prix des biens de consommation quand on parle d’élection présidentielle, toutes les décisions même celles prévues par la loi sont remises à plus tard.

Le plus étonnant, c’est que le ministre des Finances se fait contredire par le porte-parole du RND, parti d’où est issu son Premier ministre. «L’année 2019 ne connaîtra pas de changement concernant les subventions accordées par l’Etat», déclarait Chihab Seddik à nos confrères de TSA.

Il précise encore dans sa critique à Raouia que «si le parti appelle depuis quelques années à la nécessité d’arriver à une meilleure maîtrise de la répartition des subventions et un meilleur ciblage des aides de l’Etat… On ne sera pas prêt à faire ce pas en 2019».

En avril dernier, Ahmed Ouyahia avait pourtant affirmé, lors d’une conférence de presse, que la levée des subventions interviendrait au deuxième semestre de l’année 2019.

Une commission a d’ailleurs été installée par le gouvernement afin d’accélérer l’examen des possibilités de sortir du système actuel des subventions généralisée des produits pour opter pour une aide ciblée des populations défavorisées.

Aujourd’hui, le ton a changé et l’heure est à la préparation de l’élection présidentielle, en éloignant toute perturbation ou contestation.