Lutte contre le terrorisme en Afrique: Le G5 Sahel face au risque d’enlisement

Zine Cherfaoui, El Watan, 5 juillet 2018

Le chef de l’Etat tchadien, Idriss Déby, a appelé ses homologues africains à «sortir des discours et des déclarations d’intention pour passer à l’opérationnalisation complète de la force du G5 Sahel».

La force du G5 Sahel, créée en février 2014 par le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad pour la lutte contre le terrorisme, a du plomb dans l’aile. La raison tient essentiellement au fait que les aides financières promises par la communauté internationale et nécessaires à son fonctionnement tardent à venir.

Ce flottement a permis entre-temps aux groupes terroristes activant dans la région de se réorganiser et de reprendre leurs activités criminelles. Il ne se passe pratiquement plus un mois sans que l’un des cinq pays impliqués dans la mise en place de cette force n’enregistre une attaque terroriste d’ampleur. Les pays les plus touchés sont le Niger, le Mali et le Burkina Faso.

Certains groupes terroristes affichent une telle assurance, qu’ils se sont même permis vendredi 29 juin d’attaquer le QG de la force du G5 Sahel, qui se trouve dans le centre du Mali. Le raid revendiqué, dans un appel téléphonique à l’agence privée mauritanienne Al Akhbar, par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GISM) dirigé par Iyad Ag Ghali, a fait six morts et plusieurs blessés.

Cet acte de défiance accrédite l’idée que la force du G5 Sahel sur laquelle comptent beaucoup les pays de la région pour se débarrasser du terrorisme est encore loin d’être au point.
La «montée en puissance» de cette force composée de 4000 soldats annoncée voilà quatre mois n’a pas eu lieu.

Au-delà de la question des financements, les observateurs pointent aussi la mauvaise entente entre les responsables militaires des 5 pays la composant. Le Tchad et la Mauritanie, dont les armées ont fait leurs preuves sur le terrain, n’auraient ainsi pas grande confiance en les capacités opérationnelles des trois autres armées du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

Justement, l’un des enjeux du sommet, lundi à Nouakchott, des chefs d’Etat du G5 Sahel était de convaincre les cinq armées de mutualiser leurs unités et de combattre ensemble, indique la presse burkinabè.
Militaire aguerri, le président tchadien, Idriss Déby, a compris que l’heure était grave et qu’il était urgent de mettre tout le monde devant ses responsabilités.

Par tout le monde, le chef de l’Etat tchadien fait bien entendu allusion autant à ses homologues africains qui restent passifs face à la menace qu’aux dirigeants occidentaux qui attendent des Africains qu’ils fassent le «boulot» seuls. «La multiplication des attaques terroristes enregistrées au Mali et au Niger ces derniers jours est un signal fort qui nous rappelle que les djihadistes sont toujours là, et constituent une grave menace. Le risque d’enlisement dans la lutte contre le terrorisme est bien réel, et nous devons nous préparer pour une longue et éprouvante guerre d’usure», a averti lundi le président Déby lors de ce sommet auquel a participé le président français, Emmanuel Macron, dont le pays a inspiré la création du G5 Sahel.

Fidèle à son franc-parler, le chef de l’Etat tchadien a appelé ses homologues africains ainsi que le président français, Emmanuel Macron, à «sortir des discours et des déclarations d’intention pour passer à l’opérationnalisation complète de la force du G5 Sahel». «Nous devons sortir des discours et des déclarations d’intention pour passer à l’opérationnalisation complète de la force du G5 Sahel en lui procurant une source de financement pérenne.

C’est à cette seule condition que nous pouvons, ensemble, déloger les terroristes de leurs divers retranchements. Si notre volonté partagée de vaincre au plus vite le terrorisme dans le Sahel s’accompagne d’un réel engagement, ce mal sera, à coup sûr, extirpé», a souligné Idriss Déby.

Le dirigeant tchadien a soutenu également la nécessité d’«agir vite en soutenant de manière concrète et pragmatique la force conjointe du G5 Sahel en prenant en compte la dimension régionale de la menace (…)». Il faut espérer maintenant que ses énièmes appels ne tomberont pas dans l’oreille d’un sourd, comme ce fut souvent le cas.