Sommet européen- Crise migratoire : la fuite en avant

M’hammedi Bouzina Med, Le Soir d’Algérie, 1er juillet 2018

Menacée d’implosion sur la question migratoire, l’UE réunie en Sommet à Bruxelles a plus calmé les esprits en « pondant » un vague communiqué final sans consistance ni poids politique réel.

Annoncé ardu, compliqué, risqué même pour la cohésion de l’UE, le Sommet européen de jeudi soir et vendredi matin, tenu à Bruxelles et consacré, essentiellement, à la crise migratoire a finalement, évité pour le moment le blocage politique de l’Europe et ses institutions. Momentanément et pour cause: l’Europe compte plus sur les pays tiers du Sud-Méditerranée pour endiguer ou du moins contrôler et filtrer les vagues successives de migrants venues, en majorité, des pays subsahariens, du sud-est asiatique et des pays du Moyen-Orient en guerre. Deux décisions publiées dans le communiqué final du Sommet: la mise en place de « plates-formes de débarquement » hors UE et la création de « centres contrôlés » à l’entrée des pays de l’UE où débarquent les migrants. Enfin, la liberté pour chaque pays européen d’accueillir ou non des migrants. Autrement dit, rien de nouveau ou de spécial puisque ces décisions existent déjà et peinent à décourager les candidats à la migration. Le but du sommet d’hier était plus de ramener le calme dans la famille européenne et d’apaiser les tensions que de répondre, vraiment, à la crise dite « migratoire ». D’abord rien n’est moins sûr que les pays tiers, notamment ceux du Sud – Méditerranée acceptent d’ouvrir chez eux ces « plates-formes de débarquement », autre appellation des « centre de rétention », ensuite laisser l’accueil des réfugiés au « volontariat » des pays membres, donc sans obligation de quotas, n’est pas pour favoriser le principe fondement de l’UE: la solidarité inter-européenne entre Etats ( et peuples). Les premiers responsables de l’UE ont laissé une impression de fuite en avant où chaque membre a prêché pour sa propre chapelle et son propre pays et peuple. C’est que la montée des nationalismes, du souverainisme et de l’extrême droite notamment ont pesé – et pèsent ces dernières années- sur la marge de manœuvre politique des gouvernements européens.

L’allemande Angela Merkel a été la plus lucide et la plus honnête, en déclarant à l’issue du Sommet: « Il reste beaucoup à faire pour rapprocher les points de vue. » Menacée par l’aile conservatrice de la CSU bavaroise sur la question migratoire, Angela Merkel sait que cet énième sommet de Bruxelles, sur la migration, ne lui donne pas les moyens de calmer ses alliés de la CSU et encore moins l’extrême droite allemande qui a fait, rappelons-le, son entrée au Parlement allemand lors des élections de l’année dernière. Par ailleurs et pour que le groupe dit de ‘Visegrad’ des pays d’Europe centrale et orientale ait accepté le compromis du communiqué final, traduit la vacuité du résultat de ce Sommet et son inutilité. Même Giussepe Conti, le tout nouveau Premier ministre italien n’a opposé aucune résistance aux conclusions du Sommet, lui qui menaçait d’user de son droit de véto au cas où il ne serait pas satisfait, tant il a compris qu’il est libre de mener sa politique migratoire, comme bon lui semble et comme promis à ses électeurs populistes et extrémistes de droite. Dans les faits aucune référence aux raisons profondes du fléau du siècle qui est la migration : guerres, pauvreté, absence de vrais programmes d’aide et d’assistance aux pays d’origine des migrants, persistance de l’échange économique inégal, etc.

En somme, le Sommet de Bruxelles a répété les mêmes propositions connues depuis longtemps ( centres de rétention, liberté pour chaque Etat d’accueillir ou non des réfugiés, etc.) qui ont prouvé leur inefficacité à ce jour. 

Le Sommet de Bruxelles aurait mieux fait de reconnaître, au moins, la responsabilité de l’Europe dans l’explosion du phénomène migratoire, comme sa provocation et son engagement dans les guerres en Syrie et Libye, par exemple. Ça aurait donné plus de force morale au communiqué final et démontrer que l’Europe est vraiment décidée à ne pas répéter les erreurs du passé. Malheureusement, pour des raisons de politique interne à chaque pays et des stratégies électorales, les chefs d’Etats et de gouvernements se sont contentés de promettre des solutions éculées qui ont fait preuve de leur inefficacité et auxquelles, eux-mêmes n’y croient pas. Dure sera la rentrée politique prochaine et les élections européennes qui pointent à l’horizon.