Révélations : Aboud Hicham contre Betchine

Révélations : Aboud Hicham contre Betchine

Nadir Benseba, Le Matin, 5 octobre 2000

Mohamed Betchine, général à la retraite, se lave de tout soupçon et accuse :
Les manifestations d’Octobre 88 et les séances de tortures qui ont suivi ont
été programmées à l’intérieur d’ appareils » Mais Aboud Hicham, un de ses
anciens proches collaborateurs, est formel : « Mes preuves quant à
l’implication de Betchine sont irréfutables. »
Grave révélation à la veille du douzième anniversaire d’une date symbolisant
le début de l’ère démocratique en Algérie. La polémique autour des raisons
de l’explosion sociale du
5 Octobre 1988 est ainsi relancée de plus belle.
Betchine est convaincu : « Les événements d’Octobre n’étaient pas
inéluctables et ils résultent de décisions d’appareils. Ils avaient été
minutieusement orchestrés suivant un plan préétabli, le Plan Potemkine. Il
revient à ses concepteurs d’en expliciter tous les tenants et aboutissants.
» La révélation semble sortir d’un de ces romans d’espionnage dont raffolent
les lecteurs. L’homme parle, longuement, et livre des secrets dans
l’entretien qu’il a récemment accordé à son journal L’Authentique : « Le
Plan Potemkine comportait deux séquences : « Rosier » et « Etna ». Les
événements qu’ils ont engendrés ont eu pour conséquences les dérapages que
tout un chacun connaît. » Plus grave encore, le général confie que les
artisans de ce plan de déstabilisation de l’Algérie a été concocté en
juillet 1988. Son exécution, affirme-t-il, a été enclenchée au mois de
septembre de la même année pour connaître son aboutissement le 5 octobre.
Concernant les dépassements enregistrés durant ces événements, Betchine se
déclare innocent. Ses arguments : « Les traitements inhumains subis par les
victimes ont été enregistrés du
4 au 14 octobre. Or, je fus chef des services de renseignements à partir du
29 octobre, et ce, jusqu’au mois d’août 1990, date de ma démission de la
DGDS (Direction générale de documentation et de sécurité) et de ma demande
de mise à la retraite Pendant les événements j’ai été chargé par le
Président de la République de l’époque de seconder le général-major Khaled
Nezzar chargé pour la circonstance du rétablissement de l’ordre dans la
capitale, alors que j’ai été chargé de la mise sur pied de la DCSA, la
sécurité de l’armée, qu’aucun
écrit ne m’incrimine. » Les révélations de Betchine ne s’arrêtent pas là. Il
annonce qu’en plus du centre de Sidi Fredj érigé pour la torture, il existe
« un troisième lieu où des sévices ont été pratiqués sur les manifestants.
Il s’agit de l’école Tamentfoust commandée par un colonel » et où « 1 267
personnes ont été emprisonnées », indique Betchine qui promet de faire
prochainement d’autres révélations. Cela dit, une semaine après la
publication de ces propos, le journal de Betchine revient sur cette affaire
pour nous informer que les révélations du général « ont eu l’effet d’une
bombe dans le sérail ». Pour Aboud Hicham, qui s’est prononcé quelques jours
après dans les colonnes de Liberté, les propos de Betchine sont infondés et
« n’apportent aucune révélation sur les événements d’Octobre ». Il précise :
« Betchine était à la tête de la DCSA (Direction centrale de la sécurité de
l’armée) avant le 29 octobre 1988, exactement depuis septembre 1987. Je n’ai
aucun pouvoir pour convoquer Kaddour Lahouel devant la justice afin qu’il
dénonce celui qui l’a introduit dans la caserne de Sidi Fredj », avant de
s’interroger : « Pourquoi Betchine ne donne pas le nom de ce colonel ? Sous
l’ordre de quel responsable exerçait ce colonel ? Et sous quelle autorité
était placée la caserne de Sidi Fredj ? » « Si Betchine est réellement
victime de Potemkine et Cie, il n’a qu’à demander l’ouverture d’une
information judiciaire. »