Ahmed Taleb Ibrahimi annonce

Ahmed Taleb Ibrahimi annonce
la fin de Wafa

Il estime que les conditions actuelles ne permettent pas la pratique politique

Zine Cherfaoui, La Tribune, 23 novembre 2000

«Dans les conditions actuelles, la pratique politique est impossible.» C’est en ces termes qu’Ahmed Taleb Ibrahimi s’est exprimé hier, soit près de deux semaines après le rejet par le ministère de l’Intérieur de la demande d’agrément introduite par son nouveau parti, pour signifier sa décision de n’entreprendre, dans l’immédiat, aucune démarche particulière pour tenter d’obtenir la révision de la position de l’Etat.Cela, sans toutefois écarter l’éventualité, pour lui, de s’inscrire dans d’autres démarches politiques. «Devant cette situation, dira-t-il, je répète aujourd’hui ce que je n’ai cessé de dire durant et après la campagne électorale présidentielle. J’utiliserai, après l’interdiction de Wafa, tous les moyens disponibles à l’exception de la violence et de l’action clandestine pour défendre des positions déjà connues.Je continuerai d’appeler, en collaboration avec toutes les bonnes volontés du pays, à la paix, la réconciliation et la tolérance. Avec les partis politiques indépendants et les personnalités nationales, je m’efforcerai de proposer une initiative commune pour sortir le pays de la crise et rendre la parole au peuple.» S’étant particulièrement employé à démontrer le caractère «politique» de la décision du ministère de l’Intérieur mais aussi le caractère «infondé» des arguments présentés, le 8 novembre dernier, par Noureddine Yazid Zerhouni devant les membres du Parlement pour motiver le rejet du dossier d’agrément du mouvement Wafa, Ahmed Taleb Ibrahimi fera notamment remarquer, à ce propos, au cours de sa conférence de presse animée au siège du Front des forces socialistes, que «le représentant du gouvernement de coalition n’a émis aucune critique à l’égard du programme politique ou du statut de Wafa. Il aurait été méritoire qu’il le fasse car les partis politiques se jugent sur leur programme et sur leurs orientations politiques et non sur la qualité de leur base, sauf si l’objectif recherché répond à un dessein inavoué». C’est ainsi que Taleb Ibrahimi a particulièrement indiqué que «la réponse du gouvernement de coalition, qui intervient en dehors des délais légaux prévus par la loi organique relative aux partis politiques, est, de ce fait, irrecevable aussi bien dans la forme que dans le fond». De même qu’il est attesté que seulement «2,58% de la composante de Wafa étaient des sympathisants du FIS». Et plutôt qu’interdire un parti, indique-t-il, la loi exige, seulement dans le cas où un ou plusieurs de ses dirigeants présentent des antécédents judiciaires, de les faire remplacer. L’initiative prise par le FFS d’abriter la conférence de presse de l’ancien ministre des Affaires étrangères sous Chadli est intervenue après que les services de sécurité eurent procédé, le 15 novembre dernier, à la mise sous scellés du siège national de Wafa, soit le jour-même où son président s’apprêtait à donner la réplique au ministre de l’Intérieur.Rappelant, à ce titre, les circonstances qui avaient conduit six des sept candidats à l’élection présidentielle anticipée d’avril 1999 à se retirer de la compétition électorale à quelques jours seulement du scrutin, Ahmed Taleb Ibrahimi rendra d’ailleurs un vibrant hommage au FFS ainsi qu’à son président pour leur engagement en faveur de la démocratie et de la défense des droits de l’Homme. Au titre justement des soutiens exprimés à Ahmed Taleb Ibrahimi, outre la présence massive à cette conférence de presse des principaux responsables de la direction du parti dirigé par Hocine Aït Ahmed, on a remarqué principalement celle de l’ancien président du HCE, Ali Kafi, de Ali Djeddi, du général Mohamed Betchine, de Abdallah Djaballah et de Ali Yahia Abdenour. L’intervention de Ahmed Taleb Ibrahimi, tour à tour ministre de l’Education et de l’Information, également sous la présidence de Houari Boumediene, a, par ailleurs, été suivie par de nombreux représentants de la presse nationale et internationale. Dans sa longue déclaration, Ahmed Taleb Ibrahimi a particulièrement attiré l’attention sur le fait que «le précédent de Wafa recèle des dangers qui menacent l’unité de la nation car son interdiction repose sur une discrimination entre des citoyens alors que la Constitution consacre l’égalité des droits et des devoirs entre les citoyens». Ahmed Taleb Ibrahimi, qui s’est aussi interrogé, en de nombreuses fois, sur la nature exacte des éléments sur lesquels se sont basés les services du ministère de l’Intérieur pour déclarer que Wafa représentait une menace pour la sécurité nationale, dira ne pas comprendre «comment l’on peut avancer un tel argument lorsqu’on sait que j’ai [Ahmed Taleb Ibrahimi] consacré un demi-siècle au service de l’Algérie, dont 24 années passées au sein du gouvernement». Rappelant que son objectif a toujours été «de contribuer à tourner la page du sang et des larmes et proposer l’alternative pour mettre fin à notre tragédie nationale», Ahmed Taleb Ibrahimi a ajouté qu’il a toujours appelé «à la sagesse et à la raison, à la primauté de l’intérêt général, au rejet de la politique d’exclusion et de marginalisation car l’exclusion pousse à l’extrémisme et l’extrémisme à la violence et à la répression». Cela avant de déclarer qu’il était, est et sera «contre la violence, contre la répression, contre le terrorisme, pour le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales». Réfutant, par ailleurs, fortement l’amalgame consistant à présenter Wafa comme une entreprise de reconstitution de l’ex-FIS, lequel amalgame, selon l’ancien candidat à l’élection présidentielle d’avril 1999, «suffit, à lui seul, à prouver l’échec de  »la théorie du dossier clos » et de dire que les récentes années écoulées ont démontré que la dissolution, par voie de justice de ce mouvement politique, n’a nullement effacé sa réalité sociale et pour preuve : le pouvoir a négocié avec la Direction politique du FIS en prison. Bien plus, il a choisi, parmi ses membres fondateurs, des gens qu’il a nommés ministres et membres du Conseil de la nation», Ahmed Taleb Ibrahimi se dit convaincu que l’interdiction de Wafa était programmée depuis déjà le retrait des Six. Ahmed Taleb Ibrahimi termine sa conférence de presse en déclarant que «la démocratie et l’Etat de droit sont des rêves dont la réalisation n’est pas pour demain, comme beaucoup l’ont cru. Il faudra, avancera-t-il, beaucoup de temps, de travail et de patience pour que le pluralisme politique devienne une réalité pour imposer le respect des droits de l’Homme et pour permettre au peuple algérien de choisir ses dirigeants et déterminer son destin».

Z. C.