La poursuite des tueries ridiculise les partisans acharnés

La poursuite des tueries ridiculise les partisans acharnés
de la concorde civile

Les officiels parlent d’un discours déphasé de la réalité sécuritaire

Yacine Merabet, La Tribune, 4 octobre 2000

Les déclarations pompeuses et lyriques des membres de l’Exécutif, celles des députés et membres du conseil de la nation quant à la sensible amélioration de la situation sécuritaire ne cessent malheureusement d’être démenties de jour en jour. Le dernier démenti cinglant est venu, hier, d’un modeste bourg de Khemis Miliana où une horrible boucherie replonge l’opinion dans le désespoir. Dans les quelques heures qui ont précédé le massacre, le chef du gouvernement se félicitait de ce qu’il appelle résultats positifs concrétisés par l’Algérie. C’était en face des sénateurs, dans le confort du palais Zighout, convaincus (ils l’ont dit tout comme la plupart des députés, une semaine auparavant), pour l’écrasante majorité d’entre-eux, que la concorde civile est un triomphe inéluctable qui viendra à bout de ce que certains ont qualifié de terrorisme résiduel.Cette métaphore rappelle à bien des égards celle d’un ancien chef de cabinet de la Présidence qui, au tout début de la crise sanglante, ne donnait pas cher de la peau des terroristes, qui seront neutralisés en l’espace de trois mois. Depuis, on sait ce qu’il est advenu. Il n’y a que les conjonctures qui changent dans cette terrible phase de l’histoire algérienne. La situation sécuritaire n’a jamais été aussi dramatique depuis l’accession de Bouteflika à la magistrature, jamais aussi inquiétante plus d’une année après la consécration officielle du wiam madani. Plus inquiétant est encore l’avenir. Il serait indispensable de méditer sur le présent. Les décideurs le feront-ils, eux qui ont adopté la concorde comme une solution définitive à la crise alors que les questions essentielles des Algériens sont superbement ignorées ?Y compris à l’intérieur de la coalition, le son de cloche n’est pas le même selon que l’on soit RND, ANR, PRA, RCD ou que l’on soit FLN, Ennahda, MSP. Ces derniers partis restent plus exigeants en réclamant des mesures supplémentaires dont certaines audacieuses, susceptibles de donner un plus grand sens à une politique de concorde décidée sans un vrai débat national. Ce sont ces partis à identité «islamiste» et «nationaliste» qui ont, eux aussi, averti des limites de la concorde exclusivement technique.Mais la persistance de ces malheureux événements sécuritaires était pourtant prédite par les partis de l’opposition qui avaient toujours attiré l’attention sur la nécessité d’une vraie solution politique et globale. A la différence de nos gouvernants et «élus nationaux», l’opposition a toujours déclaré qu’une initiative comme celle de la concorde civile était une procédure technique qui vient après la solution politique et non l’inverse. Des mois plus tard, malheureusement, les faits sont têtus et la réalité contredit presque totalement les discours triomphalistes unanimistes.La donne sécuritaire continue d’occuper une place importante dans la rue, dans les médias et accessoirement chez nos politiques. Même s’il est sans doute vrai que la situation sécuritaire est meilleure que celle qu’ont vécue les Algériens entre 1992 et 1998. A la différence que cela restera relatif aussi longtemps que les germes de la violence ne sont pas extirpés de là où ils ont prospéré.