ALGÉRIE: CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ; APPEL

 

CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ

 

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La tragédie algérienne est à nulle autre pareille. D’abord par l’ampleur des massacres: cent à cent vingt mille morts. On a peine à croire que dans ce pays, considéré il y a quelques années à peine comme un phare du tiers monde, plus de mille six cents personnes sont tombées en moyenne tous les mois depuis six ans dans le plus effroyable des carnages. On a peine à croire que des tueries se soldant par des dizaines de morts ont pu se dérouler aux portes de la capitale et des grandes villes, à un jet de pierre des casernes des forces de l’ordre officiellement chargées de la sécurité des citoyens. Cette tragédie est aussi singulière par l’opacité et le silence qui ont jusque-là entouré ces meurtres, comme s’il s’agissait d’une planète lointaine et non d’un pays situé à deux heures d’avion de n’importe quelle capitale européenne, au carrefour du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Dans les consciences saturées de violence filmée, on a parfois l’impression que ce drame a rejoint l’ordre du virtuel. Par lâcheté ou manque d’informations – parfois les deux à la fois -, les gouvernements ont le plus souvent opté pour la politique de l’autruche. Ils ont fermé les yeux, se sont bouché les oreilles de crainte d’être entraînés dans un engrenage infernal. Il a suffi de quelques attentats à Paris pour les tétaniser.

Les messages brouillés qui parviennent d’Alger ne les encouragent pas, il est vrai, à plus d’engagement. La pression des lobbies locaux, comme celui constitué en France autour d’anciens de la DST (Direction de la sécurité du territoire) et de la DRM (Direction du renseignement militaire) et de diplomates en rupture de ban et leurs liens occultes, commerciaux, financiers et médiatiques avec l’oligarchie militaire algérienne, ne pouvait pas améliorer leur lisibilité. Le discours officiel algérien sur le « terrorisme résiduel » ou celui concernant « le dossier clos du FIS », a pu aussi faire croire que l’Algérie passait un mauvais quart d’heure et que la normalisation était en marche, de plus en plus proche. C’est une des fonctions de ce discours d’attente, lénifiant, relayé hélas ! par certains responsables de l’opposition se réclamant du « mouvement démocratique » algérien. Ils n’ont cessé de défendre, contre toute évidence, la thèse trop facile d’une « armée rempart de la modernité et de la démocratie », faisant face à des « hordes islamiques barbares ». Une politique à courte vue, dont ils n’ont récolté que quelques pauvres prébendes.

En brisant le huis clos imposé par les militaires sur cette effroyable guerre au nom de la « non-ingérence » dans les affaires intérieures, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a donné une tout autre dimension au drame. L’exigence de vérité sur les commanditaires et les auteurs des massacres d’hommes, de femmes et d’enfants innocents s’est imposée à tous. Peut-on juger sans savoir ?

Peut-on se contenter des communiqués officiels attribuant invariablement les crimes commis aux Groupes armés islamiques (GIA) ? Certains ont ainsi découvert – ou fait semblant de découvrir – que les GIA ne sont pas acteurs sur le terrain et pas les seuls à tuer. D’autres groupes armés, infiltrés par les services officiels ou organisés par ce qu’il est convenu d’appeler à Alger la « mafia politico-financière » – une oligarchie d’anciens militaires alliés à des affairistes véreux et à des hauts fonctionnaires de l’ancienne nomenklatura – occupent le terrain et ont les mains tâchées de sang. Le paradoxe de cette situation exceptionnelle à plus d’un égard est que les uns et les autres recrutent dans les mêmes viviers de jeunes laissés-pour-compte, victimes expiatoires du « tout libéral ». Les « houma » camarades de d’hier se retrouvent ainsi dans deux tranchées opposées : les uns tuent au nom de Dieu et les autres au nom de l’Etat ou du dollar-roi. On est loin de la fable de la bipolarisation déclinée à longueur de discours par les autorités depuis près de six ans. Un renversement total de perspective.

Il faut affirmer, avec toute la force de l’indignation, que tous ces crimes se valent dans leur atrocité. Ce sont des crimes contre l’humanité. Ils sont et doivent rester imprescriptibles, comme l’a souligné avec force l’éminent juriste Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, ancien président du Conseil constitutionnel et actuel sénateur PS. Au-delà de l’aversion et du dégoût que suscite la vue des enfants égorgés, des femmes éventrées et des hommes décapités à la hache, les auteurs de cette barbarie et leurs commanditaires ne doivent pas trouver de répit. Il doivent être identifiés, jugés et châtiés. En l’occurrence, il ne s’agit pas d’opposer la « violence légitime », celle exercée par l’Etat et ses serviteurs zélés dans le crime collectif (milices, groupes dits d’autodéfense), à la « violence hors la loi » de groupes armés islamiques. En annulant de force en 1992 un processus électoral qui tournait à sa déconfiture, l’Etat a perdu la légitimité dont il se réclame aujourd’hui pour pourchasser les dissidents. Il ne l’a pas encore retrouvée, malgré les élections alibis.

Les nations, qui ont su ériger des tribunaux pour juger de tels crimes contre l’humanité, depuis le tribunal de Nuremberg jusqu’au dernier en date concernant les crimes de Bosnie, en passant par le tribunal Russell, sauront-elles convoquer tous les criminels à l’oeuvre depuis six ans en Algérie devant un nouveau tribunal international? Ce ne serait que justice pour le peuple algérien dont les souffrances frisent l’indicible. C’est aussi un devoir de mémoire que l’on doit aux jeunes générations déboussolées. Elles doivent enfin savoir.

Pétition contre les crimes en Algérie

Pour demander que tout soit mis en ouvre pour régler la situation tragique en Algérie, pour exiger que soit mis fin aux massacres et que soient jugés les coupables de ces crimes imprescriptibles, signez et faites signer cette pétition, à renvoyer au nouvel

Afrique Asie, 3, rue de Metz, 75010 Paris.

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