Libre Algérie: L’échec d’un homme

L’échec d’un homme

D. Hamena, Libre Algérie n°1, 14 septembre 1998

Quand le président élu à l’occasion du premier scrutin pluraliste rend le tablier c’est que l’expérience n’a pas été concluante. Au commencement, en 1993 il a été choisi par les décideurs à la tête desquels – à l’époque – le général major Khaled Nezzar, pour être l’homme du recours. En réponse à «l’appel du devoir », Liamine Zeroual, général à la retraite, a d’abord rempilé à la tête du ministère de la Défense nationale. Le HCE est partant et les décideurs songent à un remplaçant. Ils jettent leur dévolu sur Abdelaziz Bouteflika qui pose ses conditions. Elles n’obtiennent pas le consentement des décideurs qui se tournent vers Liamine Zeroual. Il accepte d’occuper le fauteuil de président désigné de l’Etat en 1994. A ce poste, il ne parvient pas à rapprocher les vues de tous les courants politiques et à amorcer le règlement de la tragédie nationale. La conférence sans le FLN, le FFS, des islamistes du FIS, le RCD et le PAGS qui boycottent.. En leur absence, il n’y a pas de consensus national sur les voies et moyens de régler la crise. Liamine Zeroual n’en décrète pas moins qu’il a réalisé ce consensus. Contre vents et marées, il s’investit dans un processus électoral dont lui et les décideurs fixent les balises. Première étape: les élections présidentielles. Liamine Zeroual est le dernier à annoncer sa candidature en tant qu’ «indépendant». Tous les décideurs n’étaient pas d’accord pour qu’il se présente. Il fonce avec l’appui de comités de soutien suscités et épaulés par presque tous les appareils de l’Etat et des associations satellites. Les timides contestations des candidats Said Sadi et Mahfoud Nahnah, sur le déroulement du scrutin, sont balayées par la mobilisation des électeurs autour de la candidature de Liamine Zeroual. Le thème principal de sa campagne est la paix, précisément ce à quoi aspire la majorité des Algériens. Son élection est accueillie, favorablement par l’ensemble de la classe politique et même par un des dirigeants de l’ex-FIS, Rabah Kébir. Pratiquement tous lui demandent d’oeuvrer à concrétiser cette aspiration profonde. A ceux qui appellent à la réconciliation nationale, il rétorquera plus tard – après le parachèvement du processus électoral – que le problème politique est réglé. Avec les fraudes qui ont entaché les élections locales, cette réponse finit par entamer l’espoir et la confiance suscités par l’élection de Liamine Zeroual. Ses ennuis de santé, les institutions élues tenues à l’écart de l’examen des dossiers en rapport direct avec la tragédie nationale (V. Les problèmes en suspens), l’aggravation des problèmes sociaux et l’extension de la corruption précarisent davantage cette confiance. Le Rassemblement National Démocratique (RND) qui a fait sien le programme politique présidentiel, ce parti «né avec ses moustaches», n’a pas été capable d’être un relais socialement puissant. Simple appareil, il n’a été d’aucun secours pratique au président dans le règlement effectif de la tragédie nationale. Ses pouvoirs, considérablement élargis par la constitution revue en 96 sur sa propre initiative, ne lui ont pas permis de suppléer à la carence de relais sociaux. Des connaisseurs du système soutiennent qu’il ne les a même pas exercé parce qu’il est otage des clans qui l’ont porté à la présidence.

S’il s’est décidé à abandonner ses charges, c’est que cette situation est devenue intenable, estiment ces sources. Trop de rivalités de pouvoir, accumulation des problèmes nationaux … il s’est heurté aux blocages des clans qui ont atteint leur summum, à deux doigt du clash. Il se retire et remet en jeu le pouvoir présidentiel. Il part sans appliquer le programme sur lequel il a été élu. C’est l’échec. L’initiative n’en est pas moins conforme à l’esprit républicain. En partant, sans laisser le pouvoir vacant, Zeroual crée un précédent positif. Il va y avoir alternance au pouvoir, certes forcée, mais soumise au verdict des urnes. Le président n’est pas allé jusqu’au bout de ses engagements probablement parce qu’il a réalisé qu’il ne pouvait pas les tenir. Il remet son mandat entre les mains des électeurs. C’est le moins qu’il pouvait faire. A mois que Zeroual n’a fait que remettre le pouvoir en compétition entre les clans.

 

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