Levée de l’état d’urgence début juin

La décision serait annoncée juste après les élections

Levée de l’état d’urgence début juin

Ghania Oukazi, Quotidien d’Oran, 30 avril 2002

La levée de l’état d’urgence a fait, ces derniers temps, l’objet de réunions importantes au niveau des plus hautes instances du pays. Le règlement de cette question pourrait intervenir après la tenue des élections législatives du 30 mai prochain et l’avènement de nouvelles institutions.

Nous apprenons de sources crédibles que des responsables militaires et civils du pays se sont penchés récemment sur une éventuelle levée de l’état d’urgence. C’est là le voeu de nombreux hommes politiques et juristes aux yeux desquels l’état d’urgence est synonyme d’obstacle majeur au libre exercice des activités politiques, d’une restriction du champ politique et des libertés individuelles et collectives et de bâillon à la libre expression et opinion. Le dernier à avoir appelé publiquement à la levée de l’état d’urgence est le président de la Commission nationale consultative de promotion et défense des droits de l’homme, Maître Mustapha Farouk Ksentini.

Pour rappel, l’état d’urgence a été décrété en février 1992, quelques mois après que l’armée a décidé d’arrêter le processus électoral législatif, dont le premier tour a été marqué par un raz de marée des islamistes. L’entrée en vigueur du décret consacrant l’état d’urgence a été donc provoquée par la peur de l’islamisme, dont les conséquences immédiates ont été la démission de Chadli Bendjedid de son poste de président de la République et l’institution du Haut comité d’Etat, qui a nécessité, aux yeux des décideurs de l’époque, la venue du Maroc de Mohamed Boudiaf. Plus de dix ans après la décision d’imposer au pays l’état d’urgence, entre autres sphères décisionnelles, les Tagarins réfléchissent sur sa levée.

A en croire nos sources, tous les décideurs plaident en faveur de cette décision. Il est clair que le retour progressif au calme et à la paix, conséquemment à la nette diminution des actes terroristes, permet aujourd’hui d’examiner une telle probabilité. « Rien ne justifie, aujourd’hui, le maintien en vigueur d’un tel arrêté », déclarent nos sources, qui jugent la situation sécuritaire actuelle plus ou moins stable, « comparée aux années 90 ».

Pour rappel, le premier d’entre les décideurs à s’être déclaré en faveur de cette levée est l’actuel directeur de cabinet à la présidence de la République, le général Larbi Belkheir. Cette déclaration a été rapportée dans un entretien qu’il a accordé, il y a quelques mois, au journal français Le Monde. Ce qui signifie que cette question ne relève plus des secrets d’Etat et que son règlement n’est plus un tabou.

Les échos des réunions, qui se sont tenues dernièrement à ce sujet, laissent croire aisément que la levée de l’état d’urgence pourrait intervenir après la tenue des élections législatives du 30 mai prochain. Il est vrai que la détérioration de la situation en Kabylie a beaucoup pesé dans les discussions des décideurs.

Mais ces derniers s’attendent à un retour au calme « au fur et à mesure que les décisions prises par le président de la République connaissent une mise en oeuvre effective ». Il faut croire que le seul évènement qui pousse les centres décisionnels du pays à être plus ou moins sceptiques à ce sujet est l’organisation des élections législatives. « On attend de voir comment les choses évoluent après cette échéance pour décider définitivement de la levée de l’état d’urgence », est-il affirmé. Les hautes instances du pays sont pour cette levée tout de suite après les résultats du scrutin. Ceci étant dit, elles doivent certainement être convaincues que la situation en Kabylie ne va pas dégénérer après les élections. Selon eux, le dispositif déployé à la veille de cette échéance devrait en principe fortement atténuer des tensions qui agitent la région. « C’est un dispositif qui est fait pour protéger les citoyens d’éventuelles provocations et abus de violence par certains marginaux », note-t-on. La levée de l’état d’urgence est donc prévue après les élections législatives du 30 mai prochain et la mise en place de la nouvelle institution parlementaire en même temps que la nomination d’un nouveau gouvernement. Cela si les pronostics des gouvernants ne s’avèrent pas, une fois de plus, en décalage avec la réalité du terrain et que les résultats des urnes n’inquiéteraient outre mesure la République…