Guben: chasse à l’homme

Malaise face à la légèreté de peines infligées pour une chasse à l’homme

BERLIN, 14 nov (AFP) – L’indignation et le malaise dominaient mardi en Allemagne, écoeurée par la légèreté des peines infligées la veille aux agresseurs d’un Algérien mort à l’issue d’une chasse à l’homme, en clôture d’un long et chaotique procès.

« C’est une honte de voir qu’un jugement aussi lâche ait pu être rendu », s’indignait Hesham Hammad, le vice-président de l’association anti-raciste Aktion courage. « Beaucoup doivent en rire dans les milieux d’extrême droite. On leur a ainsi envoyé le mauvais signal qu’ils peuvent continuer ».

Lundi à Cottbus (est), le tribunal a condamné à des peines de deux à trois ans de prison trois des onze skinheads jugés pour la mort d’Omar Ben Noui, un Algérien qu’ils avaient pris en chasse en février 1999. Cinq autres accusés ont été condamnés avec sursis, les autres remis en liberté.

Tous étaient jugés en vertu du droit des mineurs, étant âgés de moins de 21 ans, et pour « homicide par négligence », puisqu’ils n’avaient pas directement tué l’Algérien qui s’était tranché une artère et vidé de son sang en se jetant à travers la porte vitrée d’un immeuble pour leur échapper.

Mais la légèreté de ces peines n’en a pas moins provoqué l’indignation de la presse et des partis politiques.

« Il n’est pas possible que des jeunes qui ont contribué à la mort d’un homme s’en sortent avec du sursis », s’indignait le vice-président du Conseil central des juifs en Allemagne, Michel Friedman.

Le secrétaire général du parti libéral FDP, Guido Westerwelle, avait dès lundi affirmé qu’on « ne peut plus adhérer » à ce genre de condamnations.

« Quand arrêtera-t-on de minimiser la violence d’extrême-droite? », s’interrogeaient pour leur part les communistes rénovés du PDS, pour qui « les tribunaux prennent encore à la légère les responsables de violences » néo-nazies.

Le verdict est d’autant plus frappant qu’il y a cinq jours encore, 200.000 personnes étaient dans les rues à Berlin pour manifester contre l’extrême droite et dire leur refus des violences racistes qui se sont multipliées ces derniers mois.

La presse condamnait mardi elle aussi largement ce procès « scandaleux » au verdict « incompréhensible », selon le quotidien populaire Bild, voix de l’Allemagne profonde et pourtant largement conservateur.

On a rendu « le droit, pas la justice », déplorait le quotidien de gauche tageszeitung, tandis que la Welt (conservateur) soulignait la « confusion » du procès, contre-exemple de ce qui s’était passé le 30 août, lorsque trois skinheads avaient été condamnés à des peines allant jusqu’à la perpétuité pour avoir battu à mort un Mozambicain.

Outre le verdict, c’est le déroulement du procès qui focalisait l’amertume des journaux. Ils rappellaient, en vrac, les 81 jours d’audience depuis juin 1999 dûs à une défense procédurière, le passé néo-nazi d’un des avocats, ancien chef des Jeunesses Wiking (mouvement interdit en 1994), et les plaidoieries à la limite du racisme et de l’insulte envers la victime.

La presse s’indignait aussi du laxisme du juge, soulignant qu’il avait laissé les accusés arriver quand bon leur semblait, vêtu d’un blouson de la très à droite « résistance nationale » pour l’un d’entre eux. Il est aussi scandaleux, soulignent les journaux, que les accusés, laissés en liberté, aient été vus lors de manifestations néo-nazies ou profanant la plaque à la mémoire de leur victime en marge du procès.

De plus, le jugement n’est pas appliqué tout de suite, en raison d’un appel de la partie civile, et les condamnés restent libres. « Ils sont sans doute assis avec une bière, et ils se disent qu’ils sont des héros », conclut amèrement la journaliste de Bild.

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