L’Algérie classé « à risque » par le Quai d’Orsay

L’Algérie classée «à risques» par le Quai d’Orsay
Le regain de violence, depuis début juillet, incite Paris à déconseiller le pays aux touristes.

José Garçon, Libération, 25 juillet 2000

Comment mettre en garde ses ressortissants sur les risques encourus en se rendant en Algérie sans provoquer l’ire du président Bouteflika, qui maintient que «la paix est de retour en Algérie»? Le Quai d’Orsay s’est livré hier à ce difficile exercice en cherchant à dédramatiser le classement de l’Algérie dans les pays «déconseillés, sauf raison professionnelle impérative». Tirant la leçon de la recrudescence des violences, les «Conseils aux voyageurs» de son site Internet affirmaient, il y a quelques jours: «Même si la sécurité a connu une amélioration notable dans les grandes villes [Alger, Oran, Annaba], la persistance des violences requiert toujours des réflexes de vigilance.» Et le ministère des Affaires étrangères de mettre en garde sur ces grandes villes, dont Alger, «qui offrent le spectacle d’une vie normale. Si l’on peut s’y promener le jour au centre, il est recommandé d’y être accompagné par une personne de confiance et déconseillé d’aller dans les quartiers périphériques, remarque qui vaut pour les déplacements et les traversées nocturnes».

Certes, Paris ne classe pas l’Algérie dans la liste rouge des dix-neuf pays «formellement et dans tous les cas» déconseillés, parmi lesquels l’Afghanistan, le Congo, la Géorgie, l’Ouganda… Mais elle figure dans les quatorze pays «déconseillés», aux côtés notamment de l’Angola, du Burundi, de la Colombie ou du Liberia. Car, estime Paris, «l’absence d’attentats à l’encontre des étrangers depuis 1996 n’est pas encore en soi une garantie suffisante». Le Quai se montre particulièrement inquiet sur les déplacements. «La persistance d’actes de terrorisme sporadiques oblige à se renseigner sur l’état de sécurité des zones traversées auprès des préfectures concernées avant tout déplacement. Des axes majeurs, même très fréquentés, peuvent présenter de grands dangers.» Où séjourner? «Dans des hôtels sécurisés dont les accès sont filtrés», répond Paris, en suggérant de «rester discret au téléphone, en particulier sur les conditions de voyage».

Pas un jour ne passe, il est vrai, sans nouvelles violences. Si elles n’ont pas l’ampleur des années noires de la guerre civile – 1993-1997 – et si la peur a sensiblement diminué, on compte entre 60 et 100 morts par semaine depuis début juillet. Dans les rares occasions où elles s’expriment, les autorités ne veulent y voir que l’¦uvre de «truands», une façon de signifier que la loi de «concorde civile» n’est pas un échec. «Le terrorisme est désormais vaincu. Il ne reste plus que des actions de bandits», affirmait ainsi, il y a quelques semaines, le chef d’état-major Mohamed Lamari. Si la presse privée attribue les attentats aux «groupes islamistes», certains d’entre eux sont des plus difficiles à élucider. C’est le cas par exemple des six campeurs assassinés début juillet sur une plage près de Tipaza. Originaires de Médéa, les victimes – des islamistes «repentis» – ont été tuées de loin et d’une seule balle chacune, ce qui laisse supposer un travail de professionnel. Pourquoi? Toutes les hypothèses ont circulé à Alger, y compris celle d’un «coup tordu» s’inscrivant dans le cadre des éternelles luttes de pouvoir au sommet de l’Etat.

Si le Quai d’Orsay n’innove pas en publiant un tel classement – Washington a donné les mêmes conseils -, la presse algérienne les a vivement critiqués, déplorant qu’ils «n’inciteront pas les investisseurs à se ruer vers l’Algérie» et déplorant «le décalage avec la volonté exprimée d’un resserrement des liens» entre les deux pays. Du coup, et avant que cette affaire se transforme en une énième crise diplomatique, Paris a rectifié le tir hier, jurant que ses mises en garde «concernent avant tout les touristes» et ne visent pas à «décourager les hommes d’affaires». Qui doivent néanmoins «respecter certaines règles de prudence et de sécurité dans le cadre de leur séjour professionnel»….

© Libération

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