Le mystère Ali Benhadj demeure entier

A quelques jours du référendum sur la paix et la concorde civile

Le mystère Ali Benhadj demeure entier

Mohamed Khelaf, Jeune Afrique 7-9 septembre 1999

Le n° 2 du FIS dissous, Ali Benhadj, semble mettre tout le monde dans l’embarras, et ce, depuis la mise sur rails de la démarche du président Bouteflika pour la paix et la concorde civile. Le black-out entourant les différentes tentatives de ce dernier de faire entendre sa voix dénote d’un déficit de communication de la part des gestionnaires du dossier de la crise. Le président de la République avait, maintes fois, appelé les responsables du parti dissous à se prononcer sur la question du retour de la paix, après avoir qualifié de « violence » l’annulation des élections législatives de 1991. En décidant de prendre à bras le corps le dossier sécuritaire avec la donne de la trêve de l’AIS, le président Bouteflika donnait la mesure d’une démarche visant à juguler la crise. Il semblait même au fait des tenants et aboutissants de la tragédie nationale. Pourtant, le cas Ali Benhadj est en passe de devenir un véritable goulot d’étranglement. En effet, au moment où tout le monde s’attendait à une prise de position du n° 2 de l’ex-FIS, à l’instar de Abassi Madani qui s’est rallié à la loi sur la concorde civile, on assiste, plutôt, à un effet boomerang. Sa famille fut empêchée, jeudi dernier, de lui rendre visite à la prison militaire de Blida, sans aucune notification.

Et il est pour le moins troublant que rien n’ait filtré sur la correspondance, longue de 26 pages, qu’Ali Benhadj a adressée au premier magistrat du pays, en date du 31 juillet. Ni même de la lettre de rappel qui s’en est suivie le 8 août, encore moins de sa demande de rencontrer Abassi Madani, qu’il avait formulée le lendemain, c’est-à-dire le 9 août. De son côté, Abdelkader Hachani qui a remplacé Abassi Madani et Ali Benhadj, à la tête du FIS dissous, à la suite des émeutes de juin 1991, a « révélé », dans sa lettre adressée au président Bouteflika en date du 29 août, qu’Ali Benhadj était disposé à « coopérer » avec Bouteflika pour mettre un terme à la violence. Il a, par ailleurs, déploré que la caution du n° 1 du FIS dissous au projet de concorde de Bouteflika n’ait pas poussé ce dernier à le libérer de sa résidence surveillée. Cependant, selon la radio marocaine Médi I, l’ex-leader du FIS dissous aurait été reçu, lundi passé, au niveau de la présidence de la République. Dans cette même lettre, Hachani est allé plus loin, en considérant que la libération des deux principaux responsables du parti dissous était une sorte de « gage » pour la réussite de la concorde civile et le retour de la paix en Algérie. Alors, que cache ce forcing de Hachani, relayé, d’ailleurs, par un certain nombre de partis politiques dits « réconciliateurs », de même que certaines organisations insurrectionnelles, telle la Ligue islamique pour la prédication et le combat (LIDDA), un démembrement de l’ex-FIDA (?), faisant de la libération des responsables emprisonnés une condition sine qua non pour le retour de la paix. D’aucuns diront que c’est la persistance des rivalités entre courants salafiste et djaz’ariste qui met les autorités dans l’embarras. D’autres, par contre, spéculent sur les réserves sérieuses des partis de la coalition sur un éventuel face à face entre les tenants de la crise qui pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur le compromis boiteux qui caractérise la majorité parlementaire. Une chose est sûre : le cas Ali Benhadj dénote la complexité du dossier, et il est, par la même occasion, un élément, sans doute, déterminant pour démêler l’écheveau.

M. K.

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