Le devoir de réagir et l’urgence d’agir

Le devoir de réagir et l’urgence d’agir

El Watan, 30 septembre 2015

Evénement majeur pour certains et non-événement pour d’autres, le départ du général Toufik n’en finit pas de polariser le débat et suscite de plus en plus d’interrogations.

Le sens de ce retrait et ses incidences immédiates et lointaines demeurent à présent inconnus. Faute de transparence et de données avérées, le sensationnel et le fantastique se disputent le commentaire. Un début d’explication se trouverait éventuellement dans la description faite du général par nombre d’observateurs. Tous s’accordent à relever son sens élevé du patriotisme, son attachement à la légalité et son esprit très prévenant. Partant de là, il est possible de se hasarder à quelques conjectures.

La première hypothèse est celle du geste de désapprobation et d’alerte. Agissant souvent par la bande, cette fameuse technique en usage dans le jeu de billard, les adversaires du général au sein du sérail et ailleurs ont, ces derniers mois, intensifié manœuvres et pressions. Aussi, appréhendant et redoutant une tournure fâcheuse, il a préféré se retirer pour ne pas servir de prétexte ou de souffre-douleur. Par ce faire, il escompte ôter à ses détracteurs un «argument» de taille.

La seconde, de faible probabilité, est l’acte pédagogique concerté et motivé par un nécessaire réaménagement politique en gestation. A regarder de près, l’attitude du général n’est pas singulière. Elle est en phase avec la psychologie de la société. En effet, tout le monde se plaint mais personne n’ose aller au-delà de la chikaya. C’est partiellement de la peur. C’est surtout l’effet du désenchantement, de l’usure et de la lassitude. Il y a aussi un peu de mépris de soi. Une sorte d’auto-hogra, contrepartie inévitable d’une résignation forcée et mal assumée.

De toute évidence, la thèse du limogeage est peu crédible. Le président Bouteflika a dû être embarrassé, voire même surpris, par la décision du général. La loyauté de ce dernier envers le premier n’est un secret pour personne. Selon toute vraisemblance, le problème est ailleurs. Le Président a-t-il cédé aux exigences de forces centrifuges en embuscade et à l’affût de la moindre vacance ? La question reste ouverte. Néanmoins, un indice peu banal et très instructif se doit d’être souligné. En effet, pris dans leur ensemble, les récents événements correspondent peu à une volonté de préservation du pouvoir. Ils s’apparentent plus à une stratégie de conquête. Au profit de qui ? Autre question ouverte.

Louisa Hanoune évoque même le risque d’instauration d’un régime militaire. Le pays serait-il sur le point de rééditer la crise de l’été 1962 ? La seule évocation d’une telle option est en soi effrayant. Lorsque l’ignorance et la prétention font ménage, le drame n’est jamais loin. Nous pensons précisément à toutes les velléités à l’intention nuisible et devant lesquelles le désastre actuel prend les traits du privilège.
Longtemps en charge de la régulation et de l’arbitrage dans les conflits, le DRS, affaibli et désincarné, ne pourra plus veiller aux équilibres.

Les luttes factionnelles à venir promettent d’être très rudes et pourraient connaître des développements regrettables. Sauf si le pouvoir venait enfin à se résoudre à l’idée de la médiation démocratique. Si tel n’est pas le cas, le destin du pays se décidera à coups d’argent sale et de baïonnettes. Le propos, ici, n’est pas d’accabler ou d’exonérer une partie ou une autre. Mais tout simplement de mesurer les retombées des récents bouleversements sur les évolutions possibles en Algérie. Enfin, cette agitation au sommet ne doit pas servir d’écran à la crise. Elle doit au contraire être mise en perspective avec l’état préoccupant du pays.

Où va l’algérie ?

L’Algérie est dans la difficulté. L’inquiétude née d’une situation interne incertaine est amplifiée par un contexte régional et international fortement conflictuel. En principe, un tel moment commande clairvoyance et apaisement. Hélas, nos dirigeants ne semblent pas prendre la juste mesure de la gravité. Même s’ils reconnaissent timidement l’existence d’un malaise, ils s’empressent de l’imputer exclusivement à la baisse des cours du pétrole. Ils se gardent bien d’aborder les déterminants politiques et géopolitiques d’une telle situation. Inaptes à détecter les signes annonciateurs d’un risque réel, ils s’enlisent dans l’absurde à la recherche d’un nouvel équilibre périlleux.

Le drame n’est pas tant le niveau très bas des prix des hydrocarbures que le maintien forcé d’un système politique fermé, avec pour unique base matérielle la rente et comme superstructure la violence, le clientélisme et la corruption. Piégé par sa propre configuration, le système est totalement désarmé face à la crise. En refusant les solutions de rupture, il réduit sa marge de manœuvre et s’enfonce davantage dans l’incertain. Pour parer à l’amenuisement des ressources, le gouvernement dispose des trois procédés classiques, à savoir l’augmentation des impôts, la réduction des dépenses et les dépenses sur déficit.

En plus de nourrir le mécontentement social, les deux premiers procédés risquent de couper le pouvoir de ses traditionnels soutiens en grippant les leviers du clientélisme de proximité. Quant au troisième, c’est-à-dire l’endettement, il offrira le pays pieds et poings liés aux desiderata du FMI et autres vautours de la même espèce. L’endettement intérieur sur lequel les décideurs fondent d’énormes espoirs est une chimère. En effet, l’économie informelle renvoie en premier lieu à la nature même du système et de l’économie formelle. Elle leur est consubstantielle.

De plus, elle constitue une soupape de sécurité à même de pallier aux carences, ô combien énormes, de l’économie formelle. Enfin, pour des raisons objectives et subjectives profondes, le gouvernement est inapte à mobiliser l’épargne national.
Sans mémoire ni projection, le système est prisonnier de l’immédiateté. Il s’emballe, s’enivre, sombre sans se rendre compte dans la déraison et entraîne tranquillement le pays vers le chaos. Les lanceurs d’alertes n’ont pourtant jamais fait défaut. Et les occasions aussi.

La régle des trois quarts

Les quelques affaires à avoir pu tromper la vigilance du «gardien du cimetière» n’ont pas échappé à l’injonction après leur renvoi devant le tribunal criminel. Placé sous la tutelle du pouvoir politique, le juge est réduit à un trois quart de magistrat, obligé de respecter non pas la loi, mais des lignes rouges virtuelles et mouvantes dont ils doit impérativement deviner les contours s’il veut échapper aux foudres. «Je ne suis qu’un petit juge», lâchait le président du tribunal criminel aux avocats de la défense qui exigeaient la présence d’un ministre.

Cet aveu lourd de sens renseigne, si besoin est, sur le peu de cas fait du principe d’indépendance de la justice, pourtant érigé à la dignité constitutionnelle. En effet, les procès ont tourné au feuilleton plat où l’accessoire et le détail ennuyeux ont vite pris le pas sur l’essentiel.
Les enjeux réels et les responsabilités ont été délibérément obscurcis.

Ces scandales constituent pourtant des cas paradigmatiques, un condensé représentatif des turpitudes des dirigeants et de leurs clientèles.
Quel dommage d’avoir raté pareille opportunité pour une introspection minutieuse et approfondie de l’état du pays ! L’opinion est en droit d’attendre de la justice une mise en lumière des logiques en œuvre dans ces affaires. Concrètement, il fallait démystifier les modes d’accumulation douteux de certains capitaux privés et leur collusion avec des parties étrangères. L’atteinte à la souveraineté nationale se révélerait alors au grand jour à travers le double transfert financier du public vers le privé et de l’intérieur vers l’extérieur.

N’est pas rebrab qui veut

Ces crimes révèlent aussi les limites d’une libéralisation économique sans libéralisation politique. Le pays est passé d’un socialisme sans classe ouvrière à un capitalisme sans classe bourgeoise. En termes institutionnels, cela s’est traduit par le passage du «tout-Etat» à l’«Etat délinquant», notions à prendre évidemment dans leur acception juridique. Sans limite légale et sans contre-pouvoir, la gouvernance prend peu à peu des allures du brigandage. L’Etat concède puis cède. Il est réduit à une matraque. Sur les décombres de l’Etat en décomposition prospèrent de nouveaux acteurs. Leur influence s’étend jusqu’au plus haut niveau de la décision.

Le monstre réticulaire

Plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre de Libération nationale, les problématiques de l’indépendance et de la souveraineté se posent toujours et avec une acuité sans précédent. L’ancienne orthodoxie en la matière est dépassée. En effet, la menace sur l’indépendance et la souveraineté nationales revêt des formes diverses et emprunte des voies insidieuses. La «main étrangère» ne constitue plus la totalité du phénomène.

Le «bras local», dans ses innombrables manifestations et connivences, peut se révéler tout aussi redoutable, sinon plus. C’est précisément le cas dans notre pays. Des groupes informels de tous bords se posent en concurrents de l’Etat. Ils s’octroient des prérogatives régaliennes, édictent lois et codes et sévissent en toute impunité. Le pouvoir de l’Etat se déplace graduellement vers ces micropouvoirs occultes. Sans existence légale, ces groupes possèdent néanmoins des prolongements dans les institutions où ils bénéficient de soutiens discrets et précieux.

Entre ces groupes, des jonctions s’établissent et des alliances se tissent pour former une toile enveloppant l’État à la manière d’une pieuvre enserrant sa proie. Leur collusion avec des parties étrangères est avérée. L’intersection de ces groupes constitue l’oligarchie dont parle avec justesse et pertinence Louisa Hanoune. A partir de ce lieu stratégique et dissimulé, l’oligarchie donne le ton et la mesure, ose et impose sans jamais avoir à rendre des comptes.

Chantres du nationalisme dans les moments d’abondance, ils sont les premiers à douter de l’Algérie en période de crise. Certains ont poussé l’outrecuidance jusqu’à faire naître leur progéniture dans des cliniques parisiennes afin de leur assurer une nationalité de secours. Leurs résidences dans les capitales occidentales sont fin prêtes à les abriter si d’aventure, la situation venait à s’aggraver. Cette harga de luxe contraste avec les tentatives à haut risque d’une jeunesse désespérée. D’autres, aux intérêts internes colossaux, s’en remettront probablement aux hordes intégristes dans l’espoir de se préserver et, pourquoi pas, de ressusciter à la faveur d’un chaos certain.

De Madani à Madani : tout ça pour ça ? Cette opportunité n’a pas échappé à un chef terroriste notoire. Ses différentes sorties publiques ne visent nullement une éventuelle réinsertion dans le champ politique. Un véritable Etat parallèle est en gestation. En effet, tous les éléments sont déjà en place : des maquis en guise de territoire, des militants, une armée, une doctrine et un projet. La crise imminente fera le reste.
Convier Mezrag à une consultation officielle ou inviter Benhadj à une conférence sont deux actes d’une égale gravité. Les uns et les autres doivent cesser de se défier par fragments du FIS interposés.

L’islamisme radical nous éloigne du politique, nous éloigne les uns des autres et menace le pays de dislocation. Il n’est pas une idéologie du passé. Pas plus que celle du présent ou du futur. Il est l’ennemi du temps. Des choix existentiels incompatibles et irréconciliables ne peuvent coexister dans un même espace. L’Algérie ne saurait demeurer éternellement otage d’idéologies rétrogrades et déshumanisantes. Si l’intégrisme venait à nouveau à s’abattre sur la société, les fractures seront irrémédiables. Il revient alors de droit à tout groupement citoyen de concevoir le vivre-ensemble comme il l’entend.

Abêtir pour régner

Autre sujet d’inquiétude : la baisse tendancielle du niveau scolaire et universitaire. Cela participe d’un processus de dépendance insidieux, amplement plus problématique comparé à la sphère économique. C’est de l’autodestruction par le bas. Les pays dits émergents, il est utile de le rappeler, doivent principalement leur croissance au développement du savoir et à l’innovation, armes par excellence du troisième millénaire.

Lors d’un débat sur le gaz de schiste au Forum social mondial de mars 2015 à Tunis, le directeur de département «techniques production» à Sonatrach lâchait le verdict suivant : «Une nation vaut par ses réserves.» L’état d’esprit néo-patrimonialiste de ce cadre révèle la misère de la culture rentière dans toute sa splendeur. La culture rentière est une véritable anticulture dans la mesure où elle enlève au citoyen ses capacités à réfléchir, concevoir et élaborer. Elle le socialise dans le «prêt à» et la ruse. Nos enfants ne croient plus aux vertus du savoir et de la connaissance. Ils se tournent désormais vers la combine, quand ils ne choisissent pas de tenter l’exil au péril de leur vie. Certains de nos dirigeants leur montrent d’ailleurs parfaitement la voie.

Eriger la réussite par l’effraction en modèle d’ascension sociale est le plus grand crime contre la nation. Jusque-là, l’Algérie importe l’essentiel de sa consommation. Sera-t-elle, dans un proche avenir, forcée de recourir à l’encadrement étranger ? Les questions d’indépendance et de souveraineté se situent aussi et surtout à ce niveau. Cette catastrophe est voulue. Les récentes réformes initiées par la ministre de l’Education ont provoqué une levée de boucliers dans les milieux rétrogrades. En portant l’espoir d’une Algérie moderne, la ministre a essuyé les pires outrages.

L’abandonner aux chiens serait une lâcheté impardonnable. Car au-delà des mesures pertinentes proposées, Mme Benghebrit dérange pour avoir rallumé cette flamme de la résistance féminine admirablement incarnée par Hassiba Ben Bouali, Djamila Bouhired et autres héroïnes de l’épopée libératrice. Son courage, sa compétence, sa détermination et, osons-le, son élégance, ont semé panique et hystérie chez les tenants des idéologies polluantes. La redjla n’est pas l’apanage des seuls hommes. Dieu merci.

Le génie algérien existe. Mais il est étouffé, marginalisé, méprisé et condamné à l’inutilité. C’est souvent ailleurs qu’il trouve reconnaissance et consécration. Quelle ironie de l’histoire ! Persister dans ce mépris accentue nos vulnérabilités déjà très nombreuses. Mustapha Hammouche concluait une de ses brillantes chroniques dans le journal Liberté par la phrase suivante : «Ce n’est donc pas une conversion économique qu’il faut, c’est une révolution culturelle.» Le verdict est sans appel.

Avilir pour régner

La contribution décisive de Nelson Mandela à la philosophie des droits de l’homme a été incontestablement sa critique originale du système de l’apartheid. Il a eu la lucidité et le courage de soutenir la thèse selon laquelle les premières victimes de l’apartheid sont les tenants de l’apartheid eux-mêmes. Il a ainsi arraché la société sud-africaine à toute idée de vengeance et à la tentation de substituer à l’apartheid un apartheid inversé.

L’approche de Mandela peut être étendue à tous les phénomènes autoritaires et totalitaires dans leurs différentes déclinaisons.
En effet, avant de pouvoir asservir les autres, un système autoritaire ou totalitaire doit au préalable soumettre les siens, leur enlever toute humanité pour en faire des monstres capables des pires atrocités. L’analyse du fascisme, du nazisme, du stalinisme ou encore de l’islamisme apporte des éclairages édifiants à ce sujet. L’autoritarisme n’est pas seulement une manière de gouverner. C’est aussi et surtout un mode de pensée, un comportement, une façon d’être. C’est une redoutable machine idéologique. L’un des aspects le moins exploré du système autoritaire est sa capacité à avilir et à déteindre sur les esprits.

C’est le principal obstacle à la démocratisation. Certaines élites, officielles ou indépendantes, terrifiées à l’idée de perdre un confort ou en quête d’un statut valorisant, s’abandonnent à l’appel du ventre. Elles scrutent la direction des vents pour choisir le cap avantageux sans se soucier de la tempête qui gronde et avance à pas résolus. Dans notre pays, l’avilissement a atteint ces dernières années un degré inimaginable. La conscience nationale s’est peu à peu érodée au profit d’une mentalité nouvelle, faite d’imposture, coups bas, ruse, draâ, hogra et autres postures du même registre.

Dans le langage populaire, le vocable chriki a supplanté khouya, révélant par là l’énorme bouleversement intervenu dans les rapports sociaux. La relation transactionnelle, la culture du «ched-med», a acquis un statut de centralité. Cette marchandisation des relations humaines installe un substrat culturel en rupture avec le capital symbolique accumulé, souvent dans la douleur, le long de millénaires d’histoire. Jamais la déconstruction du lien social n’a atteint un seuil aussi critique. Le fondement du vivre-ensemble est réellement menacé. L’honnêteté, la droiture et le patriotisme sont de nos jours décriés et considérés comme des valeurs dérangeantes. L’allégeance, par contre, ouvre droit à toutes les transgressions.

Se réjouir de l’effacement du politique et de l’affaiblissement de la société est une attitude irresponsable et une méconnaissance de l’histoire des contestations sociales. En effet, la perversion des institutions, le captage des ressources par une minorité et l’exclusion des populations sont les principaux facteurs déclencheurs des processus de désagrégation sociale et d’effondrement national. Les cas de la Syrie, du Yémen, de l’Irak ou encore de la Libye en sont les preuves vivantes.

Le capitalisme en folie

Le monde connaît, ces dernières décennies, des bouleversements spectaculaires. Dominé par un capitalisme en crise, il en subit les perverses mutations. En effet, de national et productif, le capitalisme est devenu mondial et spéculatif. La formule du procès capitaliste-type A-M-A’ (argent-marchandise-argent) tend à être supplantée par la formule A-S-A’ (argent-spéculation-argent). Le monde est désormais administré par des experts pour le compte de blocs mondialistes de plus en plus envahissants. Dominées ou laminées, les anciennes classes sociales perdent peu à peu leur rôle d’acteurs privilégiés. En revanche, la masse des chômeurs connaît une croissance exponentielle. Sans perspective historique, elle constitue l’armée de réserve de tous les intégrismes.

Cette évolution explique en partie la faiblesse de la gauche et du courant libéral et éclaire sur la montée fulgurante des utopies communautaristes. L’islamisme en terre musulmane et le social-nationalisme en Europe en sont les expressions les plus visibles. Ces rétractions identitaires sont l’effet du désarroi et du sentiment d’impuissance face à une mondialisation effrénée, injuste et inhumaine.
Cette évolution explique par ailleurs, là est l’essentiel, la forte conflictualité dans le monde. Le «choc des civilisations» et la «guerre des religions» sont les nouveaux paradigmes idéologiques subtilement imaginés par les nouveaux empires dans leurs luttes pour imposer de nouveaux rapports mondiaux.

L’empire du XXIe siècle est rarement territorial. Il est tutélaire et tire paradoxalement sa légitimité du chaos dont il est lui-même responsable. L’humanitaire et le sécuritaire sont ses prétextes de prédilection. Ses contradictions devenant indépassables, le capitalisme recourt au désordre. Il se régénère par l’expansion à travers la satellisation des élites aux commandes ou, le cas échéant, par la guerre interne. Les évolutions récentes dans la géopolitique des conflits prouvent notre propos. L’Algérie aurait tort de se croire à l’abri. Elle n’est ni immunisée contre le populisme ni protégée des convoitises mondialistes.

Appel aux patriotes

La question du pouvoir est, de notre point de vue, secondaire devant la menace qui pèse sur la souveraineté nationale. L’urgence est de réhabiliter l’Etat, l’extraire des mains de groupes informels pour le remettre au service de la Nation. Nous appelons à une rébellion positive, un sursaut patriotique loin de la chasse aux sorcières et du règlement de comptes. Un large front patriotique est nécessaire pour porter ce renouvellement de la perspective historique.

Le plus grand fossoyeur de la démocratie est la démocratie elle-même, dès lors qu’elle est réduite à son seul aspect procédural. Amputée de sa dimension substantielle, la démocratie se retourne contre elle-même. La preuve de notre propos est magistralement donnée par les élections de 1990 et 1991. Cela nous amène à ne pas reconnaître dans l’absolu quelque vertu réformatrice à une élection présidentielle anticipée ou à une révision constitutionnelle. Sauf si elles sont portées par une initiative politique forte et comme couronnement d’un processus de changement graduel négocié.

Pour notre part, nous plaidons pour une transition par les grandes réformes sur le triple plan politique, économique et sociétal. Cette démarche a l’avantage de ne pas bouleverser dans l’immédiat l’ordre constitutionnel ou l’édifice institutionnel. Un nouvel Exécutif doit impérativement être mis en place. Nous rejetons d’emblée le gouvernement d’union nationale en raison de son inertie partisane et le gouvernement de technocrates pour son manque de visibilité politique. Nous appelons à un gouvernement de compétences patriotiques nationales qui réunira stratégie et technicité.

Le système est arrivé à son terme et vouloir le prolonger à tout prix exposerait le pays à la mésaventure. Aujourd’hui, le courage, la sagesse et le patriotisme consistent à accepter de se confronter sans s’affronter. Nous pouvons le faire. Nous devons le faire par fidélité aux pères fondateurs de notre pays et en reconnaissance à leurs sacrifices. Nous le devons aussi comme exemple à tous les peuples opprimés et comme témoignage pour l’histoire. Si nous arrivons à puiser dans le plus profond de nous-mêmes l’effort nécessaire au dépassement de nos haines et de notre avilissement, nous pourrons alors dire que rien n’est encore perdu. L’espoir reviendra réenchanter à nouveau nos esprits et la confiance illuminera nos regards.

Une fois rappelés à Dieu, nous partirons le cœur léger et la conscience apaisée. Car l’Algérie et ses enfants auront enfin retrouvé les chemins de la paix et du progrès.

Djamel Zenati