Tout ne va pas si mal…?

Tout ne va pas si mal…?

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 11 août 2009

Quand l’espace politique national devient une fiction, les mouvements de régression prennent fortement le dessus. On n’en finit pas d’en recenser les signaux sous la fausse tranquillité apportée par le bâillonnement des opposants et la docilité de ce qui est censé être la classe politique.

L’histoire, la nôtre et celle des autres, a beau enseigner que les sociétés les mieux armées sont celles qui sont organisées et structurées librement. C’est vrai que cela est ardu et qu’il faut gouverner, du plus bas au plus haut, en sachant qu’on a des comptes à rendre. Et que l’on prend des décisions qui peuvent être approuvées par les uns et contestées par les autres. C’est dans ces interactions, ardues et rudes, qu’une société apprend à résoudre ses problèmes de manière pacifique. C’est là que les accumulations se font et nous évitent, tels des Sisyphe de plus en plus fourbus, de répéter les mêmes erreurs.

Dans une Algérie où un système politique paraît satisfait d’avoir réussi la grande prouesse de ne plus avoir de débats gênants et une société qui dit de manière inorganisée son insatisfaction, le décalage semble profond. Jamais l’adage qui veut que l’on recule si on n’avance pas ne s’est autant vérifié. La «décennie rouge» a enfanté une décennie mièvre et régressive. Les historiens pourront trouver dans les écrits banalement racistes, sexistes et bigots de certains canards, les signes d’une mauvaise passe, malgré une réduction drastique du niveau de la violence terroriste.

Pendant que l’on se demande, sans trop savoir, si le nouveau week-end dit «semi-universel» verra son vendredi matin travaillé ou chômé, on redécouvre la hideuse régression en marche. A Oum El Bouaghi, une bataille rangée entre «arouch» pour une histoire confuse de terres s’est soldée par un mort et des blessés. Après 47 ans d’indépendance – et pendant que certains nous alimentent d’une guerre furieuse faite d’échanges d’accusations d’être des «harkis» ou d’une empoignade religieuse oiseuse sur de vieilles miniatures populaires -, on prend en plein visage ce retour vers le passé.

Que l’on règle à coups de gourdins et d’instruments contondants un vieux contentieux sur des terres «archs», cela ne peut que faire frémir. Et cela amène à poser des questions graves sur l’état de l’Etat et de la société.

Il y a dans le désert politique algérien une source de tranquillité inquiétante pour les tenants du pouvoir. Quand les opposants sont réduits à ne s’exprimer que par des communiqués que les journaux veulent bien diffuser et que ceux qui font office de personnel politique ne s’occupent que de «leurs affaires», on prend le risque de s’aveugler. Après avoir basculé dans des violences extrêmes, le pays est insidieusement invité à une nouvelle variante du «tout va bien». C’est le «tout ne va pas si mal».

Oui, tout ne va pas si mal si l’on feint de ne pas voir que l’aspiration puissante à une Algérie des citoyens est en train d’être remplacée par une Algérie des archs et des houmates…