Si Abdeslam le kamikaze !

Si Abdeslam le kamikaze !

par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 2 août 2007

Belaïd Abdeslam, dit en bulldozer, noir sur blanc, ce que les gens pensent en aparté, en gris. Belaïd Abdeslam, bien que de manière implicite, interpelle le Président sur les questions délicates qui se posent au pays et qu’il est pratiquement le seul à pouvoir traiter puisqu’elles relèvent de son ressort.

Des questions anciennes mais toujours d’actualité, des sujets brûlants qu’il faudra tôt ou tard aborder et régler comme l’exige l’intérêt national. Donc, autant le faire le plus rapidement possible. Belaïd Abdeslam, qui a probablement eu le temps de tourner la langue plus de sept fois dans sa bouche, assène de manière crue qu’«il faut qu’un jour ou l’autre l’armée passe la main».

En clair, l’armée ne doit plus garder le pouvoir. Donc, à bien comprendre, le pouvoir se trouverait entre les mains de l’armée et non pas, comme on pourrait le croire, entre ceux d’un Président élu à deux reprises. La seconde fois plus confortablement que la première alors que, dans les wilayas visitées récemment, des voix de plus en plus nombreuses transgressent verbalement la loi fondamentale pour réclamer «un troisième mandat».

S’il dit ignorer à qui l’armée se doit de remettre le pouvoir, Belaïd Abdeslam a quand même tenu à souligner qu’«il faudrait faire la différence entre l’armée et les services de sécurité, car on a parfois tendance à les confondre».

«Les services de sécurité sont immergés dans la société civile. Je pense qu’ils sont allés très loin. Et je pense que le moment est venu d’assainir un peu les choses (…) Il ne faut pas accepter que ces services deviennent les maîtres de la décision.

A défaut, on risque de dégénérer vers une société policière d’autant plus dangereuse que ces pratiques sont occultes». Là, il faudrait peut-être préciser que M. Belaïd Abdeslam ne fait pas partie du camp des démocrates ou de celui de l’opposition mais que, bien au contraire, il fut l’un des piliers du régime autoritariste de feu Houari Boumediene et jouit du respect de l’actuel chef d’Etat.

Ce qui ne l’a pas empêché non plus de dire que ce qui s’était passé le 11 janvier 1992 n’était ni plus ni moins un coup d’Etat. Une action qu’il n’aurait pas désapprouvée si elle avait été décidée avant que le FIS n’aille aux élections et ne s’arme de la légitimité populaire.

Une fois les élections gagnées, «ce n’est pas la même chose. Vous n’avez plus affaire au FIS, vous avez affaire au peuple, c’est complètement différent», disait-il dans une logique probablement insaisissable aux acteurs de l’époque.

Une logique qui rejoint quelque part celle qui qualifiait de «première violence» le stop mis brutalement au processus électoral. Une décision qui ouvrit grandes les portes à la guerre civile et dont nous subissons encore les séquelles sans même pouvoir affirmer que la crise est derrière nous.

Comme prévisible, les «équilibres nationaux» n’ont permis qu’une pacification restreinte. L’état d’urgence est là pour rappeler que la crise n’est pas encore vaincue. A une vingtaine de mois de l’achèvement du deuxième mandat, l’état d’urgence se porte toujours comme un charme.

«Une crise qui dure signifie qu’il y a quelque chose d’anormal. On ne peut pas continuer à faire de mesures à caractère exceptionnel quelque chose de permanent. C’est implicitement un aveu que l’on n’a pas attaqué les vraies causes de la crise», affirme M. Abdeslam.

Hormis les gens de l’opposition, pas celle légale, mais l’autre, la clandestine, avez-vous jamais entendu depuis que l’Algérie est indépendante une de nos personnalités tenir des propos aussi nouveaux, aussi francs, aussi kamikazes ? Qu’on les juge pertinents ou impertinents, ces propos, en tout cas, ne laissent pas de place à l’indifférence ! M. Z. [email protected]