La Qaïda et le savoir rater

La Qaïda et le savoir rater

par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 6 février 2008

Une attaque bizarre, médiatisée comme s’il s’était agi d’un autre Pearl Harbour en zone sahélienne, était menée le week-end dernier et faisait, à Nouakchott, trois blessés, tous français. Des fêtards aussi inoffensifs que leurs quatre compatriotes tués quelques jours auparavant pour délit de… tourisme.

Ils ne s’y attendaient probablement pas. Les Maghrébins aux qualités hospitalières brevetées, non plus ! Evidemment, l’attaque a été revendiquée, même si avec quelque retard, par la Qaïda-GSPC, organisation qui finit quand même par avoir le monopole de la revendication.

Plus présent à Nouakchott qu’à Haifa, le Mossad cautionne la revendication ! Son patron, Meir Daga, affirmait sans hésitation à la Knesset qu’à Nouakchott c’est bien la représentation de l’Etat sioniste qui a été attaquée. Les Israéliens doivent, comme tout le monde, lire les journaux, écouter la radio, voir la télévision et colporter entre eux les nouvelles.

Ils ont donc dû apprendre, comme le reste de l’humanité, que compte tenu de l’heure tardive il n’y avait personne à l’ambassade et que ses locaux étaient vides. A cette heure, il n’y a généralement que les fêtards, les brigands ou les fonctionnaires de permanence qui ne sont pas encore au lit.

Le Mossad veut-il dire que les assaillants ont attaqué du vide, qu’ils ont tiré sur des murs et qu’en visant l’ambassade ils ont touché le VIP ? «Qui aime croit déjà à moitié», dit l’adage. La Knesset aime, la Knesset est donc prête à croire et même à aider les autres à croire.

«Normal», comme diraient nos jeunes. Mais, nous autres, qui encaissons bien comme il faut les coups depuis déjà longtemps, pourrions-nous avaler de bon appétit de telles couleuvres et croire un instant qu’une telle erreur sur la cible puisse se produire ? Pouvons-nous croire qu’il s’agit du même GSPC qui pulvérisait presque, lors d’un raid surprenant en juin 2005, l’inaccessible garnison de Lemgheiti ? Dans une région où il n’y a pas âme qui vive mais dont le sous-sol très prometteur recèlerait de l’uranium ? Une attaque qui fit 15 morts parmi les soldats mauritaniens et fit réagir tout le pays.

Mobilisées, les populations mauritaniennes manifestèrent leur rejet de la violence terroriste. La voie était libre au Pan Sahel. Deux mois après la visite de Lemgheiti, le président putschiste Mouawiya Ould Taya, était déposé. Ses protecteurs attitrés du Mossad étaient étrangement absents.

Pour l’instant, dans notre bel espace maghrébin, il n’existe de représentation sioniste qu’en Mauritanie, l’unique… République islamique que compte le monde arabe. Un pays ou l’on œuvrerait, selon les informations en provenance de Nouakchott, à pousser l’actuel président à la démission dans l’objectif d’organiser une élection présidentielle anticipée qui verrait la candidature du colonel Ould Mohamed Val.

Des développements qui surviennent à un moment où le Parlement mauritanien met sur le tapis la revendication nationale : la rupture avec Israël. Aux dernières nouvelles, Tel-Aviv compte envoyer une équipe d’enquêteurs à Nouakchott sur les ratages de la Qaïda.

Qui sait, peut-être serions-nous plus éclairés sur ceux concernant le Rallye ? M. Z.