Message du Docteur Salah-Eddine Sidhoum

Message du Docteur Salah-Eddine Sidhoum

en conclusion d’une rencontre questions-réponses, qu’il a animée avec les lecteurs du site « Algérie Politique

25 octobre 2007

Mes chers compatriotes,

Notre Algérie meurtrie va entrer dans quelques mois dans sa 17e année de violences politiques avec son bilan provisoire effroyable de plus de 200 000 morts.

Ce régime criminel responsable de cette faillite sanglante refuse l’alternative démocratique et la légitimité populaire et préfère pour sa survie la fuite en avant et une alternance clanique suicidaires pour notre patrie.

Le drame que vit encore notre pays doit susciter en nous, politiques et intellectuels un véritable examen de conscience.
Sommes-nous condamnés à subir cette dramatique et misérable situation quarante cinq ans après que nos parents aient chèrement arraché une indépendance vite confisquée ?
La situation est grave et la Nation est au bord d’un suicide collectif.
J’en appelle :

Aux citoyennes et citoyens,
Nous devons cesser de subir dans notre propre pays pour devenir les acteurs de notre propre histoire et les maîtres de notre destin. L’Algérie appartient à toutes les Algériennes et à tous les Algériens sans exclusion ni exclusive. Nous avons le devoir, en tant que citoyennes et citoyens libres, de la libérer de cette horde de destructeurs. Aucune barrière infranchissable ne sépare les Algériens entre eux malgré les discours haineux de tous bords servis à profusion par les sirènes de la division et de la discorde.

Le très fort taux d’abstention à la dernière consultation électorale, malgré la manipulation des chiffres, traduit la prise de conscience des Algériens et de leur refus de continuer à s’inscrire dans la stratégie du pouvoir qui fabrique des pantins politiques et des institutions factices qui ne représentent pas la société.

J’en appelle au cœur et à la raison de toutes et de tous pour s’unir et œuvrer ensemble, sans exclusion aucune et dans la sérénité, à éteindre les flammes de la haine et de la rancœur, afin d’atteindre les rivages de la paix et de la véritable réconciliation nationale. Mobilisons-nous et puisons dans nos ressources patriotiques afin de contribuer, chacun avec ses moyens, à la résolution de la crise qui ébranle notre pays et qui passe inéluctablement par un changement radical et pacifique de régime.

Aux intellectuels et Oulémas,
Il devient une nécessité impérieuse à tous les intellectuels et Oulémas, sans exclusion, d’apprendre à se respecter, se parler et à s’accepter les uns les autres, avec leurs différences idéologiques et politiques. Les stratégies de division et d’asservissement du pouvoir ont provoqué assez de ravages dans nos rangs avec les dramatiques résultats que tout le monde connaît.

Nous devons contribuer à la construction d’une société d’ouverture et de tolérance, libérée notamment du joug de la violence politique et des injustices. Nous devons nous impliquer pleinement pour l’avènement d’une société qui gère les conflits d’intérêt par les seuls moyens de la politique. Nous avons une immense responsabilité historique dans cette cruciale phase de rétablissement du dialogue entre Algériens.

Nous devons œuvrer aux côtés des forces politiques, au rassemblement de toutes les volontés nationales sincères, à la conclusion du compromis historique et à la réussite de la phase de transition qui jetteront les bases d’une Algérie fraternelle, réconciliée avec elle-même, et de son Etat démocratique et social dans le cadre de ses valeurs civilisationnelles.

Aux politiques
Le jeu de substitution des forces politiques réelles par des forces préfabriquées dans les laboratoires de l’intrigue et de la manipulation s’est avéré un lamentable fiasco.

L’Histoire nous a enseigné encore une fois, et le drame national que nous vivons en est un exemple, que toute solution qui n’emprunte pas le chemin du dialogue et de la concertation et qui ne s’appuie pas sur la volonté populaire est vaine.

La véritable classe politique a subit, consciemment ou inconsciemment et à ses dépens, les conséquences des stratégies de violence, de division et d’intrigues utilisées comme moyens de régulation de la vie politique, ce qui a abouti à sa dévaluation aux yeux de notre opinion. Nationalistes, islamistes, sociaux-démocrates et autres courants sont appelés à s’accepter mutuellement. Et pour cela, l’instauration d’un dialogue respectueux de tous les courants politiques est fondamentale.

Il est impératif de sortir du champ politique artificiel, fécondé in vitro, pour entrer dans le champ politique authentique, qui reflète les réalités nationales et qui tienne compte des forces politiques véritables ancrées dans la société et imprégnées de ses valeurs culturelles.

Il est tout aussi impératif de briser la stratégie du pouvoir qui consiste à imposer les termes et les limites du débat et se projeter vers un changement radical et pacifique de système.
La lourde tâche de réconciliation, de changement de régime et de reconstruction du pays ne peut être assumée par un seul parti ou courant politique, quel que soit son ancrage. C’est une lourde responsabilité qui incombe à toutes les forces politiques et intellectuelles réelles et sincères réunies autour d’un minimum de principes et de valeurs.

Œuvrons ensemble à ce rassemblement de toutes et de tous dans le cadre d’un FORUM de la DIGNITE et du CHANGEMENT.

Mes chers compatriotes,
Avec beaucoup d’exigence morale et intellectuelle et un peu de courage politique, faisons, tous ensemble que cette tragédie puisse se transformer en une véritable résurrection d’une Algérie de dignité, de justice et de libertés démocratiques.
A toutes les volontés sincères du pays je dis : AKKER AMIS OUMAZIGH ! (Levez-vous, Hommes Libres !)

Fraternelles et respectueuses salutations.