Les lettres arrivent, le message est aléatoire

Les lettres arrivent, le message est aléatoire

par Salim Rabia, Maghreb Emergent, 19 Février 2013

En Algérie, même les lettres au bon Dieu finissent par arriver même si la qualité des services postaux et accessoirement celle des journaux laisse à désirer. Mais comme le pays est bloqué dans un système qui n’est pas simple, nul n’est certain que le message soit bien compris par le destinataire souhaité ou s’il n’a pas été détourné, par un art subtil de la manœuvre, de son chemin prévu. La lettre au chef du DRS adressée par Hocine Malti a donc été publiée dans un journal local et le ciel ne semble être tombé sur la tête de personne. Certains s’empresseront, like usual, de s’étonner de ce «peuple qui ne bouge pas et ne s’indigne pas». Mais qui peut lui reprocher d’avoir appris, à ses dépens, à ne pas croire aux évidences. C’est une sorte de sagesse qu’il a acquise à coup de votes détournés et de routes barrées réprimées : les lettres sont envoyées, elles arrivent parfois mais le message ne passe pas forcément. C’est un peu comme ces chiffres surprenants du chômage où l’évidence n’a rien d’évident ! On cherche ce qu’il y a derrière ! Forcément, puisqu’au plan institutionnel tout est affaire de décor on cherche l’envers du décor ! Les Algériens n’attendent pas qu’un dirigeant leur dise : «je vous ai compris». C’est eux qui le disent de mille et une manières, en désertant les JT et les urnes : «nous vous avons compris !».

Les lettres arrivent, les messages restent flous. Ces derniers temps un ancien ministre de l’Economie revenu à ses chères études s’exerce à l’art du discours critique tout en restant accommodant et en s’auto-épargnant en cours de route. Il peut même se permettre avec un aplomb extraordinaire d’expliquer que le «multipartisme» n’a pas permis de résoudre la question de l’évaluation des politiques publiques en Algérie ! Multipartisme étant clairement entendu comme synonyme de démocratie, l’assertion laisse pour le moins songeur. Comme si le multipartisme hyper-contrôlé imposé par le système en place pouvait contrôler quelque chose et évaluer ! Mais on aura compris, le professeur ne croit pas trop aux vertus de la démocratie et sans doute pense-t-il qu’une sorte de conclave d’experts pourrait y suppléer Comme si l’histoire du monde n’existait pas pour nous montrer que l’évaluation des politiques est une affaire d’institutions, de citoyens où les experts apportent leur part à une évaluation «citoyenne». Une affaire de «système» ! C’est bien la raison pour laquelle personne ne peut contester que la démocratie soit le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres.

Les lettres arrivent, mais le message ne se déchiffre pas aisément.

Et pourtant, Dieu sait le vacarme que cause dans nos têtes silencieuses et sceptiques cette «évaluation» de la gestion du secteur des hydrocarbures qui ne se fait pas en Algérie Et qui nous arrive, collatéralement, par l’action des juges italiens qui s’entêtent à appliquer la loi aux voleurs et que l’Etat de droit, même imparfait, protège contre les puissants. En Italie, les lettres arrivent et le message passe.