La menace

La menace

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 4 mars 2007

Sans être des « spécialistes », de nombreux Algériens, en simples consommateurs de l’information sécuritaire, peuvent constater que le terrain du GSPC englobe au mieux deux wilayas et qu’il n’a de maghrébin que sa nouvelle dénomination. On peut aussi constater que « de bonne guerre politique », nos frères marocains font un usage maximal « d’Al-Qaïda Maghreb » pour étendre la menace au Sahara Occidental.

Bien entendu, il ne faut pas occulter les faits: en Tunisie, il y a eu un accrochage entre un groupe armé et les forces de sécurité. Au Maroc, on annonce régulièrement des démantèlements de cellules d’Al-Qaïda. En Algérie, on a les attentats… Est-ce suffisant pour déceler, au-delà de la dénomination ben-ladienne dont s’est affublé le GSPC, une menace structurée à l’échelle de l’ensemble du Maghreb et même au-delà ? A l’évidence, le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, refuse de suivre ce chemin.

Médiatiquement, la tentation est toujours forte d’aller au plus simple, au plus facile, et on peut dire que cela fonctionne à merveille. « Al-Qaïda Maghreb », à défaut d’une existence avérée sur le terrain en friche du Maghreb, a une existence médiatique qui sert trop bien les démarches de l’hyperpuissance américaine. Il est donc bienvenu que l’Algérie rappelle, de manière officielle, qu’elle n’a pas vocation à accueillir des bases américaines, ni à intégrer le nouveau commandement américain pour l’Afrique.

C’est bien entendu une question de souveraineté, comme l’a rappelé M. Mohamed Bedjaoui. C’est aussi, malgré l’inévitable pragmatisme et la realpolitik des Etats, une fidélité à notre propre histoire de ne pas être naïfs au sujet des buts américains. Le terrorisme, qu’il ne s’agit pas de nier mais dont on amplifie la menace, sert de paravent à des logiques de contrôle économique et politique. Car, derrière le terrorisme, se profile le même souci qui a guidé la guerre contre l’Irak, le contrôle des sources énergétiques.

Beaucoup notent, à juste titre, que l’annonce de la création de l’Africom a été faite au moment où le président chinois, Hu Jintao, achevait une tournée en Afrique. La présence chinoise sur le continent noir commence en effet à susciter des « inquiétudes » occidentales qu’il nous est difficile, en tant qu’Africains et Maghrébins, de partager. La Chine, une menace ? Cela nous ferait rire !

On aimerait aussi croire que les propos de notre ministre des Affaires étrangères sont un écho – ne serait-ce qu’implicite – à l’avis majoritaire des Algériens et de leur vision du monde. Le désastre irakien, la situation tragique et insupportable faite aux Palestiniens ne donnent pas des Etats-Unis l’image d’un ami. Car si l’on sonde l’opinion algérienne sur sa perception des menaces, on est sûr que la Chine ne sera pas citée, contrairement aux USA.