La logique du balancier

La logique du balancier

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 3 août 2009

Les dénégations et le triomphalisme discret des derniers mois ne sont plus de mise : la crise mondiale touche bien l’économie nationale et a des répercussions sur la vie des citoyens. L’interdiction des crédits à la consommation en est la traduction la plus récente et la plus spectaculaire.

La baisse des recettes pétrolières a amené le gouvernement à sortir de sa passivité devant l’explosion de la facture des importations. Il l’a fait dans la « tradition », de manière indiscriminée et brutale. Aucun préavis et pas la moindre nuance dans cette interdiction généralisée qui suscite le mécontentement de consommateurs frustrés et la perplexité des économistes. Ceux qui souhaitaient acquérir des biens durables – véhicules, électroménager ou meubles – devront remettre à plus tard leurs projets. Ceux qui, aux prises avec de maigres revenus, devaient recourir à l’emprunt pour de lourdes dépenses imprévues, devront trouver d’autres solutions.

Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que cette décision soudaine est motivée par le souci de réduire la facture des importations de véhicules, l’essentiel des crédits à la consommation étant accordé à cette fin. Sans être des fous d’auto, l’explosion des achats de véhicules a une explication logique. Quand l’acquisition d’un appartement est un rêve hors de portée, l’achat d’une automobile devient une compensation nécessaire, un investissement de substitution amplement justifié par des transports en commun de galériens. Pas surprenant que le citoyen, confronté à un quotidien difficile, ne soit guère enchanté devant une mesure qui apparaît comme l’amputation d’une perspective, dans un pays où elles ne sont pas légion. La décision est révélatrice finalement d’une impuissance gouvernementale face à l’irrésistible croissance des importations.

La tendance n’est pourtant pas nouvelle, elle a été seulement masquée par les plantureux revenus des hydrocarbures qui avaient permis de se targuer d’une « aisance financière » dont on peut constater aujourd’hui le caractère éminemment volatil. Les retournements des marchés pétroliers ne sont pas pure hypothèse. Selon l’adage, gouverner c’est prévoir. Et l’Algérie est censée être armée pour effectuer ce genre de prévisions puisqu’elle a traversé des situations similaires. Mais l’accoutumance à la prospérité illusoire de la rente est présente, et l’on s’habitue vite à cette « aisance », jusqu’à ce que le vent tourne… Nul ne sait quand l’économie mondiale sortira de la récession et quand les prix du baril retrouveront les niveaux à trois chiffres de l’été 2007. A ce moment-là, l’interdiction des crédits à la consommation sera sûrement levée, en attendant une nouvelle crise. Et ainsi de suite…

Cette approche de « stop and go », qui est la forme la plus rudimentaire de gestion économique, démontre l’incapacité à voir au-delà du quotidien. Elle condamne le gouvernement à des corrections brutales et à des adaptations ex-post toujours trop tardives. Les centres de prévisions et de prospectives qui font la force des nations avancées n’existent pas sous nos cieux. Pourtant, la rupture avec la logique du balancier, laxisme en période de vaches grasses et verrouillage par gros temps, est essentielle pour sortir de l’inefficace gestion par la proscription. Pour l’instant, seuls les citoyens cherchent à prévoir les futures interdictions qui tomberont du ciel gouvernemental…