Justice à l’algérienne!

VERDICTS DE « L » ‘AFFAIRE DU SIECLE »:

JUSTICE A L’ALGERIENNE!

Djamaledine Benchenouf, 22 mars 2007, http://esperal2003.blogspot.com/

Si la honte était mortelle, la juge Brahimi serait déjà enterrée! Parce qu’elle ne peut pas ne pas avoir ressenti une honte immense, après avoir prononcé les verdicts du premier et certainement dernier épisode de » l’affaire du siècle ». Dernier épisode parce que chat échaudé craint l’eau froide. Elle ne peut pas ne pas être morte de honte, parce qu’elle sait! Malgré ce fameux dossier de renvoi, qu’elle a maintes et maintes fois évoqué, comme un rempart infranchissable, insurmontable, fameuses lignes rouges, elle sait que cet artifice de pure forme aurait pu être levé, si des magistrats de haute intégrité avaient été désignés pour cette affaire. Parce que le procès était truqué avant même de commencer et que tout le monde le savait. Lorsqu’on se dit honnête on n’accepte pas d’être partant dans un procès dont on sait à l’avance qu’il a été demandé au juge d’instruction et à la chambre d’accusation, censés souverains, de ne pas inquiéter Si Flène et Si Feltène dont les implications sont pourtant avérées, voire notoires. Ou bien alors, si tant est qu’on est un juge honnête, mais naïf, et qu’on ne s’est rendu compte de la supercherie que pendant le procès, le devoir sacré d’un homme ou d’une femme d’honneur est de refuser de continuer à servir de caution à une forfaiture! On se laisse aller à imaginer la véritable révolution morale qu’aurait déchaîné la présidente du tribunal de Blida, si elle avait déclaré, après le procès, qu’elle refusait d’entrer en délibérations avec le jury, qu’elle se dessaisissait de l’affaire, parce que l’instruction de celle ci était une scélératesse, que le juge d’instruction et la chambre d’accusation avaient été instrumentés par des milieux occultes, aux fins de soustraire à l’action de la Justice des coupables que tout accusait et d’accabler des responsables de second ordre. Malheureusement, cela n’est pas possible, parce que des juges honnêtes en Algérie, ça n’existe pas! Pour la simple raison que ceux qui le sont ont déjà démissionné. Parce que des hommes et des femmes d’honneur et qui savent comment fonctionne l’Institution la plus corrompue et la plus amorale du pays ne peuvent pas accepter d’en vivre. D’y officier et d’y servir le mal et le mensonge ! Le patron du syndicat des magistrats a d’ailleurs lui même précisé récemment, lors d’une interview, que la présidente ne pouvait pas sortir de ce sacro saint arrêt de renvoi. Il l’a précisé sachant que cette procédure servait de façon délibérée à protéger des criminels. Ce Représentant des juges corrompus est d’ailleurs allé plus vite que la musique puisqu’il profitera de l’interview pour menacer les journalistes qui seraient tentés de dire la vérité sur le procès de « les poursuivre pour diffamation, article de presse à l’appui ». On l’imaginait presque agiter un index menaçant en faisant les gros yeux. Il préparait déjà l’après verdict, parce que lui aussi sait! Il sait que ce procès a été l’instrument docile d’une obscure injonction, ou à des effets pervers d’une machine qui s’est affolée un moment avant de se reprendre et de mettre les siens à l’abri. Grâce à l’action zélée des larbins de tout acabit.
On retiendra néanmoins de ce procès quelques faits marquants:
Une Présidente qui a joué son propre rôle. Ou du moins celui de celle qu’elle voudrait nous faire croire qu’elle est! Celui d’une grande magistrate, avec des lunettes qui chevauchent son joli nez, par dessous de yeux attentifs. Une juge que toutes les photos de presse nous montrent dans un état de forte concentration. Comme autant de photos de pose. Une juge qui a su retenir ses larmes, devant celles d’un prévenu, parce qu’elle avait trop de pudeur pour les épancher en pleine audience. Qui dit considérer les prévenus comme ses enfants. Une juge d’une grande perspicacité, et qui n’a pu se retenir de dire à Sidi Saïd qu’elle ne comprenait pas comment le juge d’instruction ne l’avait pas inculpé. Puis de se ressaisir aussitôt et rassurer Sidi Saïd qui était devenu blême, pour lui dire qu’il n’avait rien à craindre, qu’il était venu en témoin et qu’il repartirait libre après son audition. Une juge autiste à ses heures, puisque après que Soltani, l’ex Ministre des affaires sociales lui déclara qu’un document particulièrement accablant, un document officiel signé de sa main et portant le sceau de son Ministère, était un faux, la juge fit comme si elle n’avait rien entendu, et la déclaration gravissime pourtant, resta sans suite. Une juge qui a réussi la gageure à faire croire à tout le monde, y compris aux plus sceptiques, que Justice allait se faire. C’est là, je crois ce qu’elle fit de mieux. Ou plutôt de pire.
L’autre fait majeur de ce procès, et qui a été quasiment occulté ou du moins minimisé par la presse, se trouve être la destruction délibérée de milliers de pièces comptables et de documents, par le liquidateur désigné. C’est en plein procès, en effet, que l’opinion apprendra, de façon tout à fait accidentelle par ailleurs, que cet étrange monsieur avait fait brûler des milliers de documents après les avoir soigneusement triés et sélectionnés. Le liquidateur donnera des explications tout à fait farfelues, mais aussi étrange que cela puisse paraître pour une affaire d’une telle gravité, la juge ne poussera pas plus loin la question. Parce qu’elle sait ce qu’une telle affaire peut soulever de lièvres. Parce qu’elle sait qu’entre autres missions, il aurait été demandé au liquidateur de liquider des documents qui compromettent les barons du régime? Elle ne peut pas ne pas s’en douter! On comprend bien que pour une affaire aussi délicate, on ne désigne pas n’importe qui comme liquidateur. On envoie un homme sûr, un serviteur dévoué. L’on sait, entre autres, et en plus de ces documents qu’il a fait incinérer, en sa présence, qu’il aurait agi de manière à soustraire certaines donations de Khalifa à la curiosité, non pas d’une Justice acquise, mais à une opinion publique qui en aurait fait ses choux gras. Comme certains appartements parisiens qui ont été revendus à la hâte et dont l’argent a été reversé en catimini dans la caisse du liquidateur. Entre autres petites délicatesses, le liquidateur a effacé ou du moins fermé l’oeil sur quelques bénéficiaires de certaines listes, des enfants à papa, des frères à frangin, des mamours à bibi. On peut tout noyer dans un tel gouffre! Y compris quelques dizaines de millions de dollars.
Voilà le piètre résultat de « l’affaire du siècle ». Une énième déception pour les indécrottables optimistes qui avaient cru aux promesses d’un verdict exemplaire ! Les plus à plaindre sont ceux qui se sont embarqués dans l’aventure Khalifa, en croyant avoir été admis dans le cénacle des maîtres. Ils seront les seuls à payer l’immense gâchis, mais parmi tant d’autres, qui s’est perpétré aux dépens du peuple algérien.
Djamaledine BENCHENOUF