Iran, Russie et Chine, même combat ?

Iran, Russie et Chine, même combat ?

Said Mekki, Algérie News, 11 août 2008

Le conflit aux confins caucasiens de la Russie a relégué en arrière plan le dossier du nucléaire iranien que les occidentaux, au premier rang desquels se tient Israël, cherchent à présenter comme la menace principale à la paix du monde. Cette assertion martelée à longueur de colonnes est démentie par la réalité. L‘agression délibérée de la Géorgie sur l’Ossétie du sud vient à point nommé pour montrer que les menaces réelles viennent d’ailleurs et que l’épouvantail iranien convoqué avec insistance n’est qu’un leurre, un thème de propagande pure. L’agression militaire géorgienne, construite sur le modèle israélien, a clairement eu lieu avec l’assentiment sinon les encouragements de ces mêmes occidentaux. Le grand jeu caucasien en cours, au-delà des discours et des artifices médiatiques est l’un des théâtres de l’affrontement mondial pour le contrôle des ressources énergétiques. Les Etats-Unis dont l’objectif stratégique évident est de contrôler au niveau planétaire cette ressource vitale et disputée ne souhaitent évidemment pas que l’Iran trouble la hiérarchie actuelle au Moyen-Orient. Cet objectif est partagé par Israël, dont les ramifications idéologiques sont dominantes aux Etats-Unis. Le monopole nucléaire régional civil et militaire ne saurait être remis en cause et l’Iran doit se contenter d’être, à l’image de ses voisins, un émirat pétrolier à la disposition des maîtres du monde. Le fait est notoire : Israël, qui n’est pas signataire du Traité de non-prolifération, dispose d’un arsenal atomique très substantiel non déclaré mais n’a jamais été l’objet de la réprobation occidentale. On en connaît les raisons historiques, l’extermination des juifs par des européens au XXème siècle ainsi que la représentation médiatique du « petit Etat sous la menace permanente de ses voisins » qui justifieraient le traitement très particulier d’une entité militarisée, agressive, fondée sur une théorie politico-théologique relevant de l’apartheid.
Ce n’est évidemment pas le traitement auquel l’Iran peut prétendre. Mais, la République islamique n’entend pas souscrire à un ordre des choses qui l’exclurait de la maitrise d’une technologie qu’elle juge fondamentale pour son développement économique et technique. Ayant signé le TNP et déclarant de manière itérative que son programme nucléaire est de nature civile, l’Iran dont la « communauté du renseignement » nord-américain a conclu qu’elle ne recherchait pas d’applications militaires à son programme atomique, est sanctionné et menacé des foudres d’Occident.
Un haut responsable russe déclarait il y a quelques mois que son pays, cible des convoitises pétrolières de l’Ouest, devait à son arsenal nucléaire le fait qu’il n’avait pas été militairement attaqué. Ce qui ne l’empêche pas, on le voit aujourd’hui en Ossétie du sud, d’être l’objet de manœuvres d’encerclement. L’Iran, qui n’a pas encore été attaqué directement car il dispose de capacités de rétorsion particulièrement significatives, est également l’objet officiel de manœuvres de déstabilisation, des budgets conséquents ayant été affectés à cette fin par les Etats-Unis. Sur un autre plan, la campagne de propagande antichinoise qui allait crescendo depuis des semaines a atteint des sommets de mensonges inédits. Tous les observateurs au fait des réalités chinoises et internationales n’accordent le moindre crédit aux thématiques relayées par les médias tant il est évident que l’objectif est d’affaiblir un régime politique qui conduit son pays à un rythme assuré vers le statut légitime de puissance planétaire. Ainsi, la Russie – qu’un ministre suédois à la culture historique incertaine vient de comparer à l’Allemagne nazie – la Chine et l’Iran forment une sorte de trinité de la diabolisation. Très différents dans leur organisation et leurs méthodes de gouvernement, ces pays ont en effet en commun de développer des stratégies d’Etat indépendantes basées sur les intérêts de leurs peuples. La convergence politique entre ces pays, aujourd’hui encore embryonnaire, s’imposera naturellement et progressivement comme une nécessité vitale. Les capacités de résistance à la dictature du marché ultralibéral armé en seront grandement améliorées. L’Iran, la Russie et la Chine sont objectivement confrontés sous des formes diverses à la même hostilité et au même adversaire. L’autonomie de ces pays, inacceptable pour l’occident, pour téméraire qu’elle puisse paraître est pourtant la seule voie viable de sortie des logiques de subordination et d’exploitation que l’Empire cherche à imposer. Ainsi, commence à émerger à l’Est de la planète un ordre du monde inattendu où la domination et l’injustice ne sont plus la fatalité inéluctable proclamée par les dogmes du capitalisme de choc.