L’Impossible silence

L’Impossible silence

Hanafi SI LARBI, 23 mai 2005

Lorsqu’ on brade les richesses du pays, lorsqu’on idolâtre le conteneur, et qu’on assaisonne le tout de répression, chez nous on dit qu’on gouverne.

Prochainement, un plan de relance au coût de 55 milliards de dollars va être mis en route. Pourrait-on honnêtement espérer son succès avec les mentalités dominantes ? Pourrait-on espérer que les hommes qu’on connaît puissent le mener à bon port ? Pas vraiment, pour ne pas dire «pas du tout» ! Les rapports internationaux sur la corruption dans notre pays qui ne font que collationner les échos internes ne peuvent qu’entretenir les inquiétudes.

Même si les instructions juridiques en cours supposent que quelque chose « a changé », que la pêche ne semble plus se limiter aux lampistes et que les requins y sont désormais intégrés, les inquiétudes ne pourront s’estomper qu’une fois que la Justice ira jusqu’au bout, et qu’elle fournira la preuve éclatante qu’elle est réellement indépendante.

Dans l’Algérie indépendante, à partir d’un certain seuil politique, aucun cadre supérieur, aucun ministre ne répond de ses défaillances, voire de ses indélicatesses. Rendre des comptes, c’est une injure. Il y a un seuil social qu’on évite, ou qu’on redoute de franchir. Une zone feutrée où on ne parle pas le langage du commun des mortels. Un espace ou le verbe voler est tenu en horreur. On y lui préfère le terme se servir. Se servir ne choque pas l’oreille et n’est pas un délit. Un espace ou l’on vénère la tchipa, ce terme voulu sympathique pour désigner la désastreuse corruption. Une gangrène qu’on a fini par refiler même aux gens pieux, au point ou cet abject racket s’est trouvé légalisé par des fatwas. Fatwas aussi fausses que les faux barrages ou la fausse chasteté des médias, prononcées par des muphtis aussi faux que les faux moudjahidine, les faux chefs de gouvernements, les faux responsables et toutes les autres faussetés aussi sales que les fortunes mal acquises.

Les hommes aux commandes du pays ont pour la plupart montré leurs limites. Ils en conservent des réflexes qui n’ont plus cours dans l’Algérie d’aujourd’hui. Leur passage du rôle de gestionnaires d’une économie planifiée , à la mode autrefois, à celui d’une économie libérale en vogue aujourd’hui ; leur saut du stade d’éradicateurs, hier juteux, a celui de réconciliateurs fait de la peine à voir, même s’ils font semblant de ne pas en saisir le ridicule . Ils s’inventent alors leur mini-réconciliation abrikienne et les formules pour mieux garantir leur économie informelle. Ils poussent l’effronterie jusqu’à exprimer une revendication plutôt loufoque. Toute honte bue, Ils réclament une…amnistie fiscale pour, disent-ils dans leur chantage, donner un coup de pouce à la dite réconciliation nationale sans vérité et sans justice.

Et comme d’habitude, ils récoltent l’effet contraire à celui escompté. Quand ils tentent de faire du social, ils provoquent l’émeute. Quant ils disent vouloir l’apaisement, ils soulèvent l’ouragan. Et même lorsqu’ils oeuvrent à diviser ils aboutissent, contre leur volonté, au rapprochement comme l’illustre le cas édifiant de Ghardaïa.

Ils n’arrivent toujours pas à s’élever à cette neutralité qu’on trouve chez l’homme d’Etat. Et rien ne semble arrêter ou pouvoir infléchir les monstres. Dénoncer aujourd’hui, c’est s’exposer aux foudres, mais se taire ne devient-il pas un crime ?

Hanafi SI LARBI
Membre du C.N du FFS