La guerre froide est de retour

La guerre froide est de retour

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 23 février 2008

Attaque contre l’ambassade des Etats-Unis à Belgrade, tensions au nord du Kosovo, menace de sécession des Serbes de Bosnie-Herzégovine…

L’indépendance du Kosovo, soutenue par Washington et certains pays occidentaux, ne passe toujours pas. L’appât de l’adhésion à l’Union européenne ne fonctionne pas, ou pas encore, à Belgrade. L’annonce par Javier Solana d’une suspension des discussions avec Belgrade laisse les hommes politiques serbes plutôt froids. On les imagine difficilement dire autre chose, au risque d’être accusés de vendre le Kosovo en contrepartie de l’adhésion à l’Europe.

Le Kosovo, n’ayant pas été reconnu par l’ONU, le reste au regard du droit par la résolution 1244 de l’ONU qui souligne la souveraineté de la Serbie sur le territoire. Cette résolution est désormais bafouée par les Occidentaux qui pensent avoir le pouvoir de le faire. Les manifestations de colère des Serbes ne seraient que de la «catharsis» et les Serbes se feront au fait accompli.

C’est donc la logique de la force qui l’emporte, les Serbes n’ayant pas les moyens de s’opposer aux forces de l’Otan qui contrôlent le Kosovo. Ces forces de l’Otan sont théoriquement astreintes par la résolution 1244 du Conseil de sécurité et si elles se mettent à défendre l’indépendance du Kosovo, elles auront de facto changé de mission et n’agiront plus sur la base d’un mandat. En termes simples, elles seront dans l’illégalité.

Dans ce bras de fer, les «méchants» Serbes ont indéniablement le droit international pour eux, sauf à penser que les désirs de Washington sont du droit international. Les Occidentaux n’ont pas le droit – ils comptent l’inventer – mais ils disposent de la force et des moyens de pressions économiques. La Serbie a le droit pour elle, mais le rapport de force est totalement en sa défaveur. Sa résistance – si ses dirigeants ne se résignent pas – dépend largement de Moscou, qui a déjà empêché une reconnaissance du Kosovo par l’ONU et qui s’y opposera aussi longtemps que Belgrade le voudra. Moscou qui hausse le ton.

Ce qui s’est passé à Belgrade suscite « uniquement » le regret, a indiqué le porte-parole des Affaires étrangères russe Mikhaïl Kamynine, signifiant ainsi que les Occidentaux ont semé les germes de la violence. Mais de manière encore plus musclée, Moscou a mis en garde l’Otan ou l’Union européenne contre tout dépassement du mandat fixé par l’ONU. Le représentant de la Russie à l’Otan, Dmitri Rogozine, a dit que son pays pourrait «utiliser la force» si l’Otan ou l’Union européenne «défiaient» l’ONU sur le Kosovo. «Si aujourd’hui l’Union européenne adopte une position unie ou l’Otan dépasse son mandat au Kosovo, ces organisations vont défier l’ONU et nous allons alors nous aussi partir du fait que nous devons utiliser une force brutale qu’on appelle une force armée, pour qu’on nous respecte».

La volonté des Américains de déployer un bouclier antimissile à la frontière de la Russie a déjà crispé les rapports entre la Russie et l’Occident. Au Kosovo, où l’Otan est suspectée de vouloir créer des bases et d’interdire l’accès des dirigeants serbes au Kosovo, Moscou n’exclut pas un «développement dramatique». Moscou fixe haut la barre de la fermeté. La seule manière pour l’Occident de faire avaliser son coup de force est d’amadouer les dirigeants de Belgrade…