Gaz, options ouvertes

Gaz, options ouvertes

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 14 mars 2007

Une Opep du gaz ? Pourquoi pas, suggère Abdelaziz Bouteflika. Cela mérite au moins un échange de vues entre parties concernées.

Au niveau des jeux politiciens locaux, ceux qui ont fait de Chakib Khelil leur tête de Turc pourraient y voir un nouvel élément confirmant le «désaveu» présidentiel à l’égard du ministre de l’Energie. En refusant de rejeter a priori l’idée d’une Opep du gaz, qui sonne désagréablement aux oreilles des Européens en particulier, le chef de l’Etat prend effectivement le contre-pied de son ministre. Ce dernier, avec force arguments techniques à l’appui, avait montré une certaine constance à en évacuer la possibilité, sans vraiment convaincre. C’est désormais, avec la petite phrase de Bouteflika, un réel infléchissement de la politique énergétique qui semble se profiler.

Certes, les propos du Président demeurent prudents. Ne pas rejeter une idée ne signifie pas qu’elle sera automatiquement mise en oeuvre. Mais ils donnent néanmoins plus de latitude à la «diplomatie énergétique» algérienne pour rester attentive aux évolutions d’un marché mondial en mutation, de la Russie au Venezuela en passant par l’Iran. Des pays gros producteurs de gaz où l’idée d’une Opep germe et pourrait éclore à terme.

Continuer à rejeter cette option presque par principe, comme le faisait le ministre de l’Energie, dans un souci évident de conforter les clients européens, est une position dogmatique obérant sans contrepartie les marges de manoeuvre nationales. A l’heure où le nationalisme économique est une évidence bruyante même chez les pays à l’avant-garde ultralibérale, rester en marge des producteurs ayant des intérêts convergents ne fait pas grand sens. De ce point de vue, le refus de rejeter a priori l’option ménage les intérêts futurs du pays.

Car, il s’agit bien de comprendre où se situerait l’intérêt à être absent d’une éventuelle alliance gazière qui réunirait les principaux, ou tout au moins les plus importants producteurs. A plus forte raison dans un secteur gazier dont l’importance est croissante sur le marché mondial de l’énergie. La sécurité et la stabilité des approvisionnements des marchés du Nord est une dimension omniprésente de la stratégie nationale depuis l’indépendance.

L’Algérie, qui fait partie de l’Opep, a de très bonnes raisons de ne pas accepter un discours unilatéral qui voue aux gémonies les «cartels» que l’Occident ne domine pas. Le non-rejet de l’option d’une Opep du gaz est dans la logique du retournement – salvateur, selon de très nombreux spécialistes algériens – du dispositif juridique encadrant le secteur des hydrocarbures. La «révision de la révision» de la loi sur les hydrocarbures, qui réaffirme le principe d’une participation majoritaire de Sonatrach, permet de conserver la maîtrise de ce levier essentiel pour le pays. Il est salutaire que l’intérêt national ait repris le dessus – la réalité du marché pétrolier ayant évidemment contribué à démystifier la thèse du nécessaire désengagement de l’Etat -, alors que la loi contestée risquait de faire perdre au pays son unique atout.

Il n’y a pas à être timoré. Etre dans une éventuelle Opep du gaz n’est pas antinomique avec le respect des engagements commerciaux vis-à-vis des partenaires et des marchés clients. L’idée est en marche et elle ne mérite pas un «non» de principe. Bien au contraire.