Le FMI, gardien du dogme

Le FMI, gardien du dogme

Par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 9 février 2006

Le FMI enfonce sans doute une porte ouverte en mettant en garde dans son rapport 2005 contre la trop grande dépendance de l’Algérie à l’égard des recettes pétrolières.

Cela fait des lustres que l’on sait que notre économie dépend totalement de facteurs exogènes sur lesquels elle n’a aucune prise. Le caractère anodin du constat permet surtout de conforter des orientations doctrinales qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’ont pas fait le bonheur de l’économie de nombreux pays. L’élève argentin en sait quelque chose.

En Algérie, l’ajustement structurel, conduit sous la houlette du FMI, n’a pas laissé non plus de bons souvenirs. Le coût social a été exorbitant, mais le rétablissement des «équilibres» chez nous n’a pas été le résultat de l’intervention du FMI ou de la qualité du management gouvernemental. On le doit encore et toujours à la baraka de l’évolution positive du marché des hydrocarbures.

Même si aujourd’hui, on n’est plus tenu par des conditionnalités du FMI, on les applique «souverainement», notamment en matière de blocage des salaires et de dépenses sociales. Les conseils «éclairés» du FMI, fondés sur les dogmes libéraux, ne sont pas spécialement orientés vers le développement ou la croissance. L’objectif prioritaire du FMI n’est pas d’assurer la qualité des performances économiques au bénéfice des populations, mais de faire en sorte que la politique économique du pays garantisse le remboursement aux créanciers des concours qu’ils ont consentis. En soi, cela n’est pas un objectif indéfendable, mais fonder toute la politique économique sur cette finalité pose problème.

De fait, nous sommes bel et bien enfermés dans la dogmatique libérale et c’est dans ce cadre que l’on décrète que les demandes d’augmentation de salaires, tout comme les dépenses sociales, sont illégitimes. Les «différends» exprimés au sein du gouvernement sur les salaires ne débordent curieusement pas sur un débat sur les fondements et les objectifs politiques et économiques en vigueur.

On devrait pourtant se poser la question de la faisabilité de relance de l’économie dans une spirale vertueuse sur la seule base d’injonctions administratives insérées dans un dispositif auto-contraint d’observance des équilibres. Ces injonctions sont omniprésentes dans un climat des affaires qui demeure peu attractif et très faiblement encadré par le droit. Comment également concilier une gestion financière dynamique avec comme préoccupation obsessionnelle la seule préservation des «grands équilibres macro-économiques »?

L’esprit du FMI est omniprésent et l’on devrait peut-être s’interroger au moins sur la réalité des perspectives pour l’économie nationale offertes par l’application mécanique des dogmes de cette institution. Il ne serait pas inutile de rappeler que les pays qui ont réussi un décollage économique au cours des 25 dernières années – Corée, Malaisie, les pays émergents d’Asie – n’ont pas observé des recettes standardisées imposées par des experts extérieurs.

Point n’est besoin de faire référence au confucianisme pour constater quelques traits essentiels dans ces réussites: une planification macro-économique de haut niveau, une administration financière et douanière efficace, une conduite des affaires publiques cohérente et de qualité, une politique économique réaliste fondée sur le soutien déterminé aux producteurs et une protection tarifaire souple du marché interne. Et avant tout, un minimum d’Etat de droit.

Le FMI se reconnaîtrait sur certains points, mais sur d’autres, il verrait sûrement une vision dangereusement hérétique. Mais on peut inverser la problématique: existe-t-il un pays ayant réussi son décollage économique grâce aux médications standards du FMI ? L’Argentine, le Pérou, les Philippines, l’Indonésie…? La liste des échecs n’est pas exhaustive, cela devrait inciter à la réflexion.