Et l’Afrique ?

Et l’Afrique ?

par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 30 juin 2007

Le mois prochain, le président français Nicolas Sarkozy nous rendra visite dans le cadre d’une tournée maghrébine. Il sera notre hôte le 10 juillet précisément, une date à mi-chemin entre notre 5 juillet et le 14 juillet français. Une visite qui ne se déroulera pas dans l’indifférence, même si les ambitions sur les relations entre Alger et Paris sont revues à la baisse et que le traité d’amitié se fasse «écraser» par un partenariat d’exception, où il est à espérer que l’efficacité l’emporte.

Il y a tellement à faire dans la riche Algérie. Au-delà du dossier bilatéral, la visite du président Sarkozy devrait aider à fixer l’opinion algérienne et, partant, maghrébine sur l’Union méditerranéenne, idée qui figurait en bonne place sur l’étal du chef de l’Etat français, durant sa campagne électorale.

Car, jusqu’à présent, l’Union méditerranéenne de Sarkozy reste à l’état d’une pochette-surprise et l’on ne sait trop ce qu’elle contient et si, après consommation, ça ne risque pas de laisser des arrière-goûts désagréables. Israël qui, depuis sa création, se trouve à l’origine de toutes les guerres, de tous les conflits dans le Bassin méditerranéen et plus loin, sera-t-il proposé pour faire partie de l’Union envisagée ? Car, l’histoire méditerranéenne, qui n’a jamais été figée, compte parmi ses acteurs des peuples arabes qui, précisément sur la question de l’Etat sioniste, sont plus proches d’Ahmadinedjad que de leurs propres dirigeants.

Mais, à part le casse-tête israélien, qui sera membre de cette Union ? L’Egypte, la Libye en feront-elles partie et marchera-t-on dans une Union soupçonnée de torpiller l’adhésion d’Ankara à l’Union européenne ? Car s’il s’avère que c’est la Turquie qui fera les frais d’un tel ensemble, il devient permis de croire qu’il ne sera pas aisé d’amener Alger à applaudir le projet.

Autre problème qui ne manquera pas d’être évoqué et qui ne peut rester en l’état si l’on pense sérieusement à une Union méditerranéenne : la question du Sahara occidental. «Ce n’est pas un problème majeur ni un enjeu pour la France», avait affirmé vers la mi-juin M. Bernard Bajolet, l’ambassadeur français en Algérie.

Possible ! Pour nous, le conflit à nos frontières n’est pas rien. Un conflit sur lequel achoppent depuis plus de trois décennies la construction et l’essor d’un Maghreb de quelque 100 millions d’âmes que tout réunit. Néanmoins, M. Bajolet avertissait : «Sarkozy surprendra les Algériens.» Espérons que la surprise ne sera qu’agréable, d’autant que l’intérêt de l’Algérie et de la région n’est probablement pas de voir une superpuissance dominer sans partage le contrôle du Bassin méditerranéen.

Quelques années avant qu’on ne sorte publiquement le projet de l’Africom, un officier supérieur de la marine américaine n’avait-il pas déclaré, lors d’une visite à Alger, que l’Europe ne pouvait garantir à elle seule la sécurité en Méditerranée ? L’Union suggérée par Sarkozy épouse-t-elle ou contrarie-t-elle la vision américaine ? L’autre question qui ne manque pas d’effleurer l’esprit est de savoir si Sarkozy est moins africain que ses prédécesseurs et si la construction méditerranéenne se fera sur le dos des Africains ? Quoi qu’il en soit, l’intérêt surdosé pour l’Union méditerranéenne laisse refléter un certain délaissement français vis-à-vis de l’Afrique.

Le monde arabe ? Le désintéressement paraît un peu moindre. La Qaïda y existe, mais pas l’OAS…M. Z. mohamed_zaaf@yahoo.fr.