Serait-il impossible d’encourager « la démocratie durable » ?

Serait-il impossible d’encourager « la démocratie durable » ?

Youcef Zirem, 15 novembre 2008

L’arrivée au pouvoir de Barack Obama donne de l’espoir aux uns et aux autres, à travers les quatre coins du monde. Mais il y a un sujet dont le futur président américain, à l’instar des autres dirigeants des pays développés, ne parle pas beaucoup : la démocratisation réelle des régimes autoritaires. Au moment où le développement durable est sur toutes les bouches, on ne se rend pas compte, vraiment, de l’effet néfaste exercé par les dictatures du Sud sur l’avenir proche de la terre. Il est temps qu’on accorde de l’importance à la « démocratie durable » dans ces pays. Les démocraties occidentales ne devraient plus tolérer les mascarades électorales des pays comme l’Egypte, la Libye, la Tunisie, le Maroc, la Syrie, l’Algérie et bien d’autres.

Il est, quand même, étrange que tous ces régimes deviennent de plus en plus autoritaires sans qu’ils soient nullement inquiétés. L’intérêt économique ne peut pas, à lui seul, expliquer cette tolérance, nuisible aux valeurs humaines et, à la longue, au gain économique lui-même. Les phénomènes du terrorisme et de l’immigration clandestine sont étroitement liés à l’absence de démocratie dans de nombreux pays. Un pays comme l’Algérie est, à cet égard, révélateur des méfaits de la gestion autoritaire. Riche et vaste, l’Algérie a fonctionné en régime militaire du parti unique de 1962 jusqu’aux événements tragiques d’octobre 1988. Durant cet automne noir, l’armée avait écrasé la révolte populaire en faisant des centaines de morts. Par la suite, le régime avait concédé une certaine ouverture : des partis politiques et des journaux privés avaient vu le jour. De 1990 jusqu’à 1992, l’Algérie avait vécu
dans une ambiance pluraliste. Mais tout de suite après, le processus démocratique avait été arrêté avec l’arrêt du deuxième tour des élections législatives de décembre 1991. C’est alors l’avènement d’un cycle infernal de violences multiples qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Coopté à la tête de l’état, depuis avril 1999, Abdelaziz Bouteflika s’apprête, à 72 ans, à briguer un troisième mandat que la Constitution ne lui permet pas. Soutenu par le DRS (Département du renseignement et de la sécurité, héritier de l’ancienne Sécurité militaire), il s’octroie ainsi une présidence à vie. Pourtant, son règne n’a pas été bénéfique pour la majorité des Algériens qui vivent misérablement dans un pays riche. Les libertés sont continuellement massacrées en Algérie. Jamais, même au plus fort moment de l’intégrisme islamiste, le désespoir n’a atteint des proportions alarmantes. Mais ce n’est pas seulement les libertés, quelques livres, quelques écrivains, quelques films qu’il faut sauver en Algérie: c’est l’Algérie elle-même qu’il faut sauver. S’il y a une action que les intellectuels et les opposants doivent entreprendre, c’est d’exiger carrément la démocratisation de l’Algérie en insistant sur la nécessaire clarification du rôle du DRS, l’organisation d’élections libres, la restitution des médias lourds ( TV et radio nationales) aux Algériens, l’arrêt du viol de la Constitution, la liberté de créer de nouveaux partis, la liberté de créer des journaux et des télévisions privés, la levée de l’état d’urgence ( en vigueur illégalement depuis le 9 février 1992), l’institution d’une allocation chômage, l’officialisation de la langue berbère et probablement d’autres points.

Youcef Zirem, écrivain

(auteur, entre autres, de Algérie, la Guerre des ombres, éditions Complexe, 2002)