Un coup de pouce

Un coup de pouce

par K.Selim, Le Quotidien d’Oran, 10 octobre 2009

Le comité norvégien du Nobel a réussi un coup de maître. L’attribution du prix, très politiquement correct, selon les normes dominantes, au président Barack Obama a suscité l’étonnement général, à commencer par le lauréat lui-même. Nullement favori, le président américain, installé à la Maison-Blanche depuis moins de dix mois, n’a pas encore de bilan. Aucun succès diplomatique particulier ne vient justifier ce qui couronne usuellement, sinon une carrière, du moins une contribution majeure à la paix du monde, dans la version occidentale de cette notion.

Le comité Nobel attribue au lauréat une modification du climat international et «ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationale entre les peuples». Cela relève plus de la psychologie que de la réalité concrète. On se perd en conjectures sur les raisons qui ont poussé les académiciens scandinaves à décerner leur emblématique récompense à Barack Obama. Est-ce l’expression d’une satisfaction des Européens devant la fin du discours néoconservateur et l’avènement d’un langage nettement moins belliciste, et certainement plus intelligent, du président démocrate ? Un encouragement à aller de l’avant dans la reconstruction de relations internationales endommagées par huit années de présidence aventuriste sous le règne de George W. Bush ?

L’aspect surprenant de ce Nobel est qu’il récompense un homme non pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il pourrait faire. Il est vrai que les bonnes intentions ne manquent pas chez Obama… Mais les faits sont têtus. La fermeture du goulag de Guantanamo reste purement rhétorique, l’adresse cairote au monde arabo-musulman ne se traduit par aucune avancée. L’administration Obama a même exercé des pressions indignes sur le frêle Mahmoud Abbas pour enterrer le rapport Goldstone sur les crimes de Ghaza.

Qu’a donc voulu signifier l’aréopage norvégien chargé de distribuer le prix qui porte le nom de l’inventeur de la dynamite ? Récompenser des bonnes intentions ou cultiver l’espérance ? Voudraient-ils, ces sages du septentrion, inciter le président Obama à persévérer dans la recherche de la paix ? Ce serait un prix d’encouragement, une avance sur réalisations futures… Une application concrète de la formule célèbre du philosophe allemand Martin Heidegger : «Présence est à venir par décret de l’inaugural».

On aurait souhaité applaudir des deux mains l’homme qui a été adoubé, mais difficile de ne pas constater que la politique étasunienne n’a pas évolué significativement. L’Irak est toujours occupé et il est question d’envoyer plus de troupes en Afghanistan. Obama est très médiatique, mais comment croire qu’un chef d’Etat, pressé par ses généraux d’envoyer 40.000 hommes de plus dans une guerre absurde, serait un pacifiste résolu ? Ce prix, qui n’est pas celui d’une action récompensée d’Obama, est davantage une sorte de quête – vaine ? – du comité Nobel de peser sur le cours des choses. Le comité ne récompense pas mais donne un coup de pouce… A l’échelle du monde, le prix ne fera qu’ajouter au super-marketing de l’année Obama.

Il faut espérer que cela l’aidera à faire face à la montée visible et hideuse d’une droite blanche, néonazie, qui considère que le «diable» est désormais à la Maison-Blanche.