Le terrorisme aux cent visages

Le terrorisme aux cent visages

par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 4 novembre 2006

Réputés calculer tout et tout le temps, nos politiques donnent souvent l’impression d’être des cancres en arithmétiques sinistro-funèbres. En mars dernier, Ahmed Ouyahia, l’ex-chef de gouvernement, reprenait, dans une conférence de presse, le chiffre avancé la même semaine par Yazid Zerhouni, le ministre de l’Intérieur, sur le nombre des terroristes dans les maquis.

Ouyahia soutenait que le terrorisme résiduel totalisait entre 700 et 800 éléments. Récemment, à l’occasion des festivités du 1er Novembre, M. Zerhouni affirme que les groupes armés avaient perdu 750 à 800 hommes depuis septembre 2005.

Cependant, les maquis ne sont pas vides comme le voudraient les chiffres. 200 à 300 éléments armés peupleraient encore les djebels de l’Atlas algérien, soutient encore M. Zerhouni. Et ces «derniers des Mohicans» multiplient les coups meurtriers à des intervalles rapprochées contre nos corps constitués dans les régions de Kabylie, d’Aïn Defla, de Boumerdès et même contre les rivaux à l’intérieur… du Mali.

Ce qui force à s’interroger sur le secret du GSPC qui bouscule la logique et qui fait que plus ce mouvement se vide, plus il devient dangereux ! Autre élément qui renforce le mystère : quels sont les objectifs de ces actions qui ne pourront, sauf miracle, changer le cours de l’histoire et imposer aux Algériens un autre chemin que celui de la paix ? Même si ce chemin s’avère encore difficile et plus ou moins laid.

En réalité, la main tendue de l’Etat sous la conduite de Bouteflika a causé une véritable hémorragie dans les rangs du GSPC. Sans que cela ne pousse un jour le groupe salafiste à une recrudescence des actes terroristes pour prouver son existence et ses capacités.

A quoi obeirait donc les nouvelles effusions de sang, à part frapper les imaginations ? Une information obtenue par Le Jeune indépendant annonce une remise en cause de tous les chantiers importants qui, dans le meilleur des cas, avance-t-on, seront gelés jusqu’aux prochaines législatives.

C’est-à-dire, en plus clair, jusqu’à la formation du prochain gouvernement. On ne gèle pas 30, 40 ou 50 % des chantiers, on gele tout ! Cette intégralité, qui paraît tout de même excessive à un moment où le pays a besoin d’une accélération qualitative, rappelle à la mémoire les grosses affaires qui tiennent en haleine l’opinion depuis des années, comme l’affaire Khalifa et les plus récentes qui s’avèrent plus explosives à l’instar de celle de Zendjabil, traiteur national de narcotiques pour le compte de nos trafiquants galonnés ou de BRC qui, dit-on, récupère affrontement les dollars que nous gagne la Sonatrach.

Les articles de presse révèlent que les dossiers Zendjabil et BRC ne contiennent pas du menu fretin. A la lecture des noms lâchés, on a tendance à se tenir la tête et il devient ardu de faire barrage au souffle d’inquiétude qui vous submerge.

L’Etat aura-t-il le courage nécessaire pour mener sans faiblir sa tâche jusqu’au bout, comme l’exige son devoir ? Qui de Zendjabil, de BRC, de Khalifa ou du GSPC n’a pas fait de mal aux Algériens d’aujourd’hui ou a eu un soupçon de clémence pour les générations à venir ? L’un touche à leurs cerveaux, les autres à leurs biens en prétendant leur faire du bien, le dernier à leur sang.

Comme des bandits arrogants et impitoyables. Seule la forme de terrorisme change ! M. Z.