Un cap et un pilote

Un cap et un pilote

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 9 août 2009

La reprise économique dans les mois à venir ? Beaucoup l’espèrent mais peu d’experts se risquent à avancer une période précise. Les politiques qui, comme Barack Obama, pensent entrevoir le bout du tunnel, sont un peu adeptes de la méthode Coué, entre «positive thinking » et suggestion autoréalisatrice. Pour les dirigeants des économies avancées, la reprise tant souhaitée interviendra au cours du premier ou du second trimestre de l’année 2010. C’est déjà un glissement notable par rapport aux estimations antérieures qui fixaient la sortie de crise à l’automne 2009.

L’incertitude prévaut donc et la prudence est de mise. Les banquiers européens qui ont communiqué leurs résultats semestriels reconnaissent une certaine amélioration. Ils soulignent cependant que l’avenir est imprévisible et que la crise pourrait durer et éventuellement s’aggraver. Cette unanimité du monde de la finance est une mise en garde contre tout optimisme exagéré. Il est vrai que les résultats des banques ont été «facialement» améliorés par les nouvelles normes comptables qui permettent une évaluation découplée de leur valeur de marché de nombreux actifs incertains.

La perte gigantesque de Fannie Mae, la banque publique américaine spécialisée dans le réescompte des crédits immobiliers, montre bien que les établissements financiers n’ont pas fini de digérer la défaillance des secteurs hypothécaires et des dérivés. Les signes d’une reprise différée sont nombreux : ils vont du nouveau comportement d’épargne des ménages américains à la persistance d’une demande mondiale déprimée sur les marchés pétroliers.

Dans un tel contexte, il est normal que les pouvoirs publics algériens prennent les mesures conservatoires nécessaires face à l’envolée des importations. En cas d’aggravation de la crise, les conséquences du laxisme pourraient être douloureuses.

Le problème dans la démarche gouvernementale, exprimée par la Loi de finances complémentaire, est son caractère exclusivement conjoncturel. Peu d’Algériens sont prêts à voler au secours d’importateurs qui ne sont souvent que des trabendistes en costume. Il reste que la multiplication des obstacles bureaucratiques ne peut constituer la réponse adéquate au gonflement inexorable de notre bulle des importations. Stimuler, y compris de manière dirigiste, la production interne est, tout le monde le sait, la seule approche susceptible de donner des marges de manoeuvre vitales en cas de prolongement de la crise mondiale.

On se souvient, à titre d’exemple, que la possibilité d’importer des médicaments avait été conditionnée par l’obligation d’investir et de produire localement. Cette bonne optique avait été abandonnée, au grand dam de ceux qui ont réellement investi, comme un gage illusoire à une éventuelle adhésion à l’OMC. Si on a fini par interdire l’importation des médicaments produits localement, ce n’est pas en raison des cris d’alarme légitimes des producteurs, mais en réaction au gonflement des importations, couplé à la chute des prix des hydrocarbures.

On peut multiplier les exemples où les choix économiques varient au gré de la conjoncture pétrolière et des oscillations de la balance des paiements. Cela ne fait pas une politique. Les Algériens, qui sont désormais interdits de crédit à la consommation, le comprendraient peut-être mieux s’ils avaient le sentiment qu’il y a un cap et qu’il y a un pilote.