Alex et le Cabinet noir

Alex et le Cabinet noir

Said D., L’Epoque – numéro 29 du 3 au 9 janvier 2006

Que d’efforts ont été faits pour convaincre, dans l’ordre, les gens d’ailleurs et d’ici, que l’Algérie est un pays normal et que ceux qui parlent d’un « cabinet noir » sont, dans le meilleur des cas, des individus à l’imagination fertile. Par essence, un cabinet noir agit dans l’obscurité et donc personne ne le perçoit ! Mais il existe quand même des extralucides qui devinent tout et s’arrangent avec la réalité quand elle est ne correspond pas à ce qu’ils croient savoir!

Tenez, le samedi 24 décembre au matin, sur France Culture, Alexandre Adler, a cru avoir identifié le fameux cabinet, chez l’ambassadeur Larbi Belkheir, à Rabat. Scoop de scoop ! Parole, il n’a pas fait dans la dentelle, l’Adler ! Au fil des minutes de sa grandiose analyse, un récital, l’auditeur – médusé – pouvait se demander à quel tarif la chaîne de la culture française rémunérait cet artiste de l’analyse géo-politique. Pas assez élevé sans doute, car pour asséner autant d’à-peu-près à la minute sur un ton définitif, il faut un talent de camelot hors normes! Car autant on était curieux d’entendre ce qu’allait livrer ce grand connaisseur de l’Algérie (et de tout d’ailleurs…), plus grande fut la stupeur de constater qu’il n’y connaissait strictement rien. Bizarre show radiophonique, l’analyse adlerienne, énoncée sur un ton oscillant entre pompe et condescendance, se révèle un feu d’artifices d’informations tout à fait fausses ; en proférer la moitié ruineraient d’emblée la carrière d’un journaliste stagiaire ! Le bel Alexandre ne semble pas savoir que Google ça peut aider énormément.
La compilation des âneries n’est pas exhaustive, loin de là, on apprend, entre autres perles de la même eau, que le général Larbi Belkheir a été le patron de la gendarmerie nationale et que le général Mohamed Lamari a été ministre de la défense… L’assistant esclave de pigiste d’Alex devait encore subir les retombées d’un réveillon sérieusement anticipé car le factuel basique est, pour le moins, systématiquement bâclé !
Les bêtises ne se comptent plus : une anthologie et un exploit !  Mais on ne dispose pas du même temps pour les énumérer intégralement car voilà Alexandre « l’initié » qui nous entraîne dans l’arcane des secrets ultimes : cette réunion de Rabat qui devait décider (sic) de la succession de Bouteflika, et bien madame, elle était publique ! Mieux, juré-craché, que c’est exactement ce que l’Alex a dit, elle a été annoncée et diffusée sur le réseau de l’APS. Damned ! Que voila une dépêche que nul n’a vue et que Adler, seul, est persuadé que tous le monde a lue !
Amis de France Culture, découragés, on a abandonné la recherche du cabinet noir mais, toujours curieux, on cherche encore à savoir combien vous coûtent des piges de ce genre !
Said .D

Belkhadem et le Gouvernement de l’ombre

Abdelaziz Belkhadem a, parait-il, a mis en place une « houkoumat eddhil », un « gouvernement de l’ombre », qui enquête en catimini pour contrôler, superviser, surveiller, comprenne qui pourra, l’action gouvernementale. Ce que les anglais nomment « shadow cabinet » est le contre-gouvernement purement symbolique que constitue l’opposition parlementaire à Westminster. Pour le citoyen britannique, il s’agit d’un centre officiel de critiques et de contre-propositions. A l’évidence, nous n’en sommes pas exactement là : on imagine bien, les protagonistes du complot prétendument « scientifique » qui n’inspirent que mépris pas seulement à M.Mehri, se répartissant et se disputant les portefeuilles de l’obscurité, les maroquins de l’occulte. Et voila qu’on te répare la constitution dans la pénombre et qu’on se prépare, persiennes closes, à faire son affaire au gouvernement. Beaucoup de bruits pour un cabinet de l’ombre ! Les observateurs avertis y voient au mieux une Kasma qui s’imagine particulièrement significative mais qui ne l’est pas vraiment. Les mêmes observateurs se demandent pourquoi se mettre à l’ombre pour contrôler le gouvernement quand on des députés en chair et en os qui font la majorité de l’assemblée et qui ont la constitution pour eux ! Moralité, n’est pas éligible au cabinet noir qui veut ! Et d’ailleurs qui a dit que ce cabinet existe ?
Saïd D