Affaire Khalifa: Fin de l’Acte I

AFFAIRE KHALIFA

Fin de l’Acte I

Djamaledine Benchenouf, Algeria-Watch, 19 février 2007

Près de 100 jours d’audition des accusés et des « témoins ». C’est semble-t-il un record en la matière. Le tribunal de Blida a réussi la gageure de finir par lasser l’opinion publique, voire de la désinteresser, par la profusion de détails fastidieux et de pinaillages procéduriers. L’essentiel de l’Affaire Khalifa, à savoir la recherche de la vérité pour confondre les vrais responsables du désastre, a été éludé de bout en bout.

A la moindre apparition de la queue du loup, qui se profilait derrière les déclarations des uns et des autres, la Présidente se bouchait les oreilles avec le bien commode dossier de l’Instruction, duquel, elle l’a bien fait comprendre, pour avoir sa conscience pour elle, elle ne pouvait sortir. Elle en est pourtant allègrement sortie, et à plusieurs reprises, lorsque c’était sans risque de mouiller les gens de la haute.

Il lui arriva cependant, et ce fut le moment le plus fort et le plus vrai de tout le procès, de ne plus contenir sa réserve lorsqu’elle jeta à la figure de Sidi Saïd qu’elle ne comprenait pas comment le juge d’instruction ne l’avait pas inculpé. Mais elle se ravisa illico presto pour le rassurer et lui affirmer qu’il était venu en témoin et qu’il repartirait en témoin. Inculper Sidi Saïd, c’était s’en prendre à ses protecteurs et ouvrir la boite de Pandore. L’autre fait marquant de ces longues journées d’interminables palabres fut qu’il s’avéra, en fin de compte et sans que personne ne l’eut reconnu, que la Justice algérienne n’avait pas exprimé à la Grande Bretagne une demande officielle d’extradition du principal auteur, Abdelmoumen Khalifa. Elle avait seulement lancé contre lui un mandat d’arrêt international, dont elle savait pertinemment qu’il n’était d’aucune efficience et qu’il ne pouvait en aucun cas aboutir. En aucun cas! C’était juste pour la galerie et c’est dire que le régime ne voulait pas de lui à la barre.

Ceux qui avaient été écroués, tous des seconds couteaux, vont assister maintenant, la peur au ventre, aux plaidoiries de leurs avocats, à celles des parties civiles et aux réquisitoires du ministère public. Ils seront, à n’en pas douter les victimes expiatoires désignées par ceux là même qui sont les vrais coupables. Ils seront, bien sûr, condamnés à des peines de prison plus ou moins lourdes, plus ou moins méritées. Il y aura aussi des condamnations par défaut, contre Khalifa, bien sûr et peut être même contre certains gestionnaires qui s’étaient aventurés sur des terrains de chasse dont ils ne connaissent pas les fondrières et contre les Keramane qui ne se sont pas présentés, parce que connaissant le mode de fonctionnement du système, ils ont dû apprendre que celui ci leur ménageait une crasse. Pour les usages de la galerie, encore une fois.

Mais ceux qui sont à l’origine de cette effroyable affaire, les vrais responsables, ceux qui ont occasionné, par leurs injonctions ou leur passive complicité, le vol et la dilapidation de milliers de milliards de centimes et qui en ont , eux et leurs familles, directement et massivement profité, ceux là ne seront jamais inquiétés. Car ils sont au dessus des lois. Parce que leur mise en accusation pourrait avoir une réaction en chaîne et lever le voile sur les pratiques des barons les plus éminents du système. Des pratiques qui sont autrement plus graves et qui brassent des sommes autrement plus colossales que l’Affaire Khalifa elle même. C’est pour cela que ce procès était voué à une voie de butée. Tout avait déjà été programmé dès l’Instruction du dossier par le juge d’instruction de Chéraga. Des directives, dont on comprend maintenant qu’elles étaient claires, lui avaient été données pour ne pas inculper certaines personnalités dont l’implication est pourtant notoire. Ce sont là ces lignes rouges dont avait parlé la Présidente du tribunal de Blida. Circulez, y a rien à voir!
D.B