Guide pratique du parfait arriviste

Les Algériens comme ils sont

Guide pratique du parfait arriviste

Djamel Benchenouf, 26 février 2006

1 – Eviter avant tout de faire de longues études ! L’on vous y inculquerait des valeurs imbéciles et il ne vous servira à rien d’être un chômeur diplômé.
2 – Une mine avenante, une attitude modeste, un beau sourire, des paroles bienveillantes sont l’apanage du perdant.
3 – Se montrer hautain, parler en observant de longs silences entre les mots, regarder les gens des pieds à la tête avec une moue de mépris confère toujours un statut de gagneur.
4 – Ne jamais fréquenter les humbles. Les traiter toujours du haut de sa petite personne, même s’ils sont plus grands. Ne jamais répondre à leurs salutations. Ils seront les premiers à reconnaître votre supériorité.
5 – Lorsqu’on vous rend service, ne remerciez jamais. Faites comme s’il est de votre droit que l’on s’aplatisse devant vous. Que vos désirs soient des ordres. Lorsque vous avez besoin de quelque chose, ne vous justifiez jamais. Contentez-vous de demander comme si vous exigiez, Vous verrez qu’on se pliera en quatre pour vous faire plaisir.
6 – Ne contredisez jamais les puissants. Soyez aimables avec eux et mettez vous à leur service, devancez leur moindres désirs. Flattez-les ! N’hésitez pas à leur faire sentir qu’ils sont nés pour être les meilleurs, surtout s’ils sont des parvenus de fraîche date. Ne craignez pas le ridicule, ils avalent par leurs oreilles et ce que vous dites leur va droit à la poche qui leur sert de cœur.
7 – Ne vous mettez jamais du côté des faibles, surtout lorsque l’injustice est flagrante. Sachez qu’il est toujours possible d’affirmer le contraire de ce qui est. La conscience est le prétexte des faibles.
8 – Si les puissants dont dépend votre réussite font la prière et vont à la mosquée, qu’ils vous y trouvent toujours devant eux en train de faire des prières surérogatoires. Quand ils vous approchent, levez-vous et invitez-les à se mettre au premier rang, celui des dévots et des notables surtout. S’il n’y a plus de place, faites déguerpir un pauvre et installez à sa place votre protecteur. Demandez lui de prier pour vous, lui qui est si proche de Dieu. A la fin de la prière, allez l’embrasser et arrangez vous pour avoir des larmes aux yeux. Tendez-lui ses chaussures et aidez-le à les mettre.
9 – Si par contre, vos protecteurs sont portés sur la dive bouteille et qu’ils ne s’en cachent pas, fréquentez assidûment les endroits et les établissements où ils ont leurs habitudes. Offrez-leur quelques bonnes bouteilles, payez leurs additions et faites en sorte de leur présenter des jeunes demoiselles appétissantes que vous avez payées pour qu’elles fassent semblant d’être là par hasard. Comme vos protecteurs sont généralement laids et ennuyeux, mettez le prix qu’il faut pour que les geishas soient très jeunes et bonnes comédiennes.
Racontez-leur de bonnes blagues. Riez aux larmes aux leurs, même si elles sont insipides. Ne les contrariez jamais quand ils parlent politique et montrez-vous admiratif devant leurs élucubrations.
10 – Entourez-vous à votre tour de flagorneurs et de flatteurs. Faites semblant de croire qu’ils vous aiment et usez-en comme s’ils étaient nés pour vous servir. Demandez-leur tout ce que vous voudrez et si l’un deux ne montre pas assez d’empressement, montrez vous implacable et faites un exemple. Chassez-le de votre enviable entourage. Il faut que ceux d’en bas vous fassent ce que vous faites à ceux d’en haut.
C’est aussi simple que ça de réussir….. en Algérie.