Assassinat de deux jeunes à Kais: Les gendarmes tuent encore!

ASSASSINAT DE DEUX JEUNES A KAIS

Les gendarmes tuent encore!

Djamaladine Benchenouf, 10 mars 2007

Les gendarmes continuent de tuer ! Ils viennent d’assassiner deux jeunes Algériens à Kaïs. Belhafsi Sofiane et Belaamri Fateh, ont été fauchés en pleine jeunesse par des criminels en uniforme.
Ils ont tué le premier qui était à bord d’un véhicule qu’ils avaient pris en chasse et qu’ils auraient pu immobiliser par d’autres moyens, sans être obligés de recourir à des tirs ciblés pour tuer. Puisqu’ils disposaient d’un véhicule plus rapide et que l’interception se faisait en terrain dégagé. Les occupants de celui qu’ils poursuivaient n’étaient pas armés et ils ne représentaient aucun danger pour eux ! Le jeune qu’ils ont touché mortellement n’était même pas au volant et se trouvait à l’arrière du véhicule.
Ils ont tué le deuxième, alors que celui-ci, un ami intime de la victime, accompagnait une foule nombreuse de jeunes qui avaient assailli la brigade de Gendarmerie, au lendemain du crime, pour exprimer leur colère, leur exaspération contre des bandits en uniforme qui ont fait main basse sur leur petite ville et qui tuent leurs frères. Les gendarmes qui disent avoir utilisé des balles en caoutchouc, pour protéger leurs familles soutiennent ils malgré la mort de ce jeune homme, ont tiré à balles réelles pourtant. Tiré pour tuer ! Si la foule présentait une véritable menace pour leurs familles, comment expliquer que plus de trois cent jeunes en colère n’aient pas investi les lieux, pourtant très accessibles. Le fait est que le gendarme qui a tiré à balle réelle, a visé une cible et qu’il a tiré froidement, pour tuer. Les gendarmes sont de très bons tireurs. Ils peuvent viser les jambes ou les pneus. Ils préferent cibler la tête ou les organes vitaux.
L’explication en est d’abord que les gendarmes, censés tous être des officiers de Police Judiciaire, dûment assermentés, sont pourtant formés à l’emporte pièce. Non pas pour faire face à des situations extrêmes et ne jamais perdre leur sang froid, mais pour réprimer toute velléité de la population. Leur perception de la foule a été forgée de façon à leur désigner tout mouvement de la population comme une menace qu’il faut briser par tous moyens. Tout manifestant est pour eux une cible permise. Ils savent qu’ils peuvent tuer. On le leur a inculqué. D’autant que les gendarmes de Kaïs ont avec sa population une relation très particulière. C’est pour cela que les deux jeunes de Kaïs sont morts ! Parce que le Darak El Watani porte en lui le réflexe d’une force de répression, parce que le gendarme est assuré de l’impunité et parce pour lui tous les jeunes sont des trabendistes qui doivent payer la dîme.
L’assassinat du jeune Germah Massinissa qui a enflammé toute la Kabylie, qui a eu des conséquences tragiques sur toute la région des années durant, et qui continue d’en avoir, qui a fait germer dans le cœur de nombreux Kabyles jusqu’au désir de se séparer de l’Algérie, aurait pu servir d’exemple. Un Etat attaché à la sauvegarde du pays et de sa cohésion aurait pris toutes les dispositions pour que pareille tragédie ne se reproduise plus. Ce fut loin d’être le cas. Le pouvoir instrumenta lui-même la colère des gens. Il fomenta le départ de tous les gendarmes de la Kabylie. Non pas pour se soumettre à la volonté de la population, comme il le laissait croire, mais pour la punir et l’abandonner à son propre sort. Comme pour lui dire : « Ou tu acceptes qu’on tue tes enfants sans broncher, comme le reste des Algériens, où on instaure la pagaille chez toi ! »
Entre temps, la gendarmerie, encore pire que les autres Corps de sécurité, continuait de se consacrer à ses activités favorites : la corruption, le racket, l’extraction de fonds, la gestion du trabendo. A Kaïs, les gendarmes se sont toujours distingués pour leur forte implication dans ces trafics. Toute la population garde en mémoire de nombreux cas qui ont failli mettre le feu à la poudrière. Des scandales à répétition. Sans répercussion aucune pour les gendarmes qui ont en été les auteurs. A Kaïs, ces « auxiliaires de la justice » se sont toujours comportés en maillons incontournables de tous les trafics qui ont cours dans la région. Il faut savoir que la population de Kaïs, qui s’est particulièrement intensifié au cours des vingt dernières années, souffre d’un chômage endémique. Dans une région agricole vivrière très difficile à exploiter, dont le barrage qui date de la période coloniale, s’est lourdement envasé, et dont l’unique ressource, pour une population active dont le taux de chômage dépasse les 50%, est le Trabendo. Kaïs se trouve en effet sur l’axe du commerce informel à destination et en provenance de la Tunisie. Tout y transite : Cheptel ovin, denrées alimentaires, cigarettes de contrebande et Kif. La gendarmerie de Kaïs est fortement et notoirement impliquée dans le trafic. Elle y pratique un racket systématique sur tous les réseaux. On connaît même le cas de gendarmes qui tiennent des carnets où ils notent les montants que doivent leur verser les jeunes qui activent dans telle ou telle filière. Ils sont au courant de tout ce qui se passe, connaissent les chemins détournés, « vendent la route » aux trafiquants des autres régions qui transitent par leur « territoire », disposent d’indicateurs et de rabatteurs patentés. Ce sont des « protecteurs » qui pressurent les jeunes qui n’ont pas d’autre choix pour gagner leur vie. S’ils ont tiré sur le véhicule qui a pris la fuite, ce n’est pas parce qu’ils pensaient avoir affaire à des terroristes éventuels, mais parce qu’ils devaient, à ce moment, croire qu’un trabendiste voulait échapper à leur racket. S’ils ont tiré sur le deuxième, c’était pour mater une foule asservie qui osait relever la tête !

Tous les gendarmes ne sont pas ainsi. Certains sont restés honnêtes et tentent vaille que vaille de faire leur devoir dans les voies de l’honneur et en respect du serment qu’ils ont prêté. Ils ont d’autant plus de mérite qu’ils sont très mal vus par leurs collègues, dans ce corps où les seules valeurs qui ont cours sont celles du profit à tout prix, de la force brutale et de l’oppression. Les deux jeunes Algériens qui ont été assassinés, car c’est le mot, par ces brutes sanguinaires, viennent s’ajouter à la longue liste de leurs exactions. Les Algériens de cette région, comme celle du reste du pays, trop longtemps meurtris par ceux qui prétendent les protéger, sont dans l’expectative. Pour le moment, le temps est à la douleur. Kaïs enterre ses morts dans la pudeur et le recueillement. Mais les Algériens ne seront pas éternellement des hommes qu’on tue impunément !
Djamaledine BENCHENOUF

Djamaldine BEN CHENOUF