Al-Qaïda, ennemi utile

Al-Qaïda, ennemi utile

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 10 septembre 2008

Une veille d’anniversaire du 11 septembre, Ayman Zawahiri, numéro deux de la nébuleuse d’Al-Qaïda, à l’existence surtout cathodique, ne pouvait la rater. Pour nuire aux siens, les musulmans, et servir ses ennemis putatifs, les Américains.

Dans une vidéo diffusée lundi sur la chaîne Al-Jazira, il s’en est pris avec une rare violence à l’Iran et au Hezbollah. Un discours haineux, sans autre consistance que de jouer les sunnites contre les chiites. Depuis septembre 2001, toutes les actions et tous les discours d’Al-Qaïda servent tellement bien les desseins des militaristes américains qu’il n’est pas illégitime de la considérer au moins comme un agent inconscient de ses pires ennemis apparents. Ses violentes diatribes contre l’Iran et la résistance libanaise, incarnée par le Hezbollah, correspondent de manière frappante à l’agenda politico-guerrier immédiat des Etats-Unis.

Téhéran et le Hezbollah du cheikh Nasrallah, qui sont considérés par les Américains comme des entraves à leur mise au pas de la région, sont donc des « ennemis communs ». Sur quelle fibre joue le numéro deux de l’organisation terroriste ? Sur le thème de l’opposition entre sunnites et chiites que des monarchies du Golfe ont alimentée après l’invasion de l’Irak et encore plus fortement avec l’échec de la guerre israélienne au Liban. Cette indéniable victoire politique, mais aussi militaire de la résistance libanaise reste en travers de la gorge de Zawahiri, tout autant que de celles des généraux israéliens et des Américains.

Il est cocasse de l’entendre accuser l’Iran de collusion avec les Américains en Irak, alors que la violence aveugle pratiquée par Al-Qaïda a servi à entraver les mouvements de résistance nationale irakiens authentiques. Ce sont ces actions qui ont créé une situation de défiance confessionnelle en Irak, largement utilisée par l’occupant et ses hommes. Le but étant de casser ce retour de la volonté de résister impulsé par le combat du Hezbollah contre l’agression israélienne.

Pour les Américains, Ayman Zawahiri et Oussama Ben Laden sont des ennemis utiles, ceux qui légitiment les occupations et le contrôle direct sur les ressources. Tout le contraire d’un Hassan Nasrallah dont la démarche rationnelle et déterminée se base sur un discours responsable et sur une authentique organisation politique. C’est d’ailleurs cet ancrage populaire et cette responsabilité politique qui rendent le Hezbollah si dangereux aux yeux des Américains et des Israéliens. Il ne leur donne pas de prétexte facile pour occuper. Au Liban, il leur a opposé une résistance politique farouche après l’échec de l’entreprise guerrière israélienne, soutenue par les Américains.

Les outrances de Zawahiri, ses discours vindicatifs qui vont dans le sens de certains médias satellitaires arabes spécialisés dans la provocation à la haine confessionnelle, n’ont pas d’effets en dehors des illuminés et des desperados qui gravitent autour de la nébuleuse.

Malgré l’ignoble matraquage destiné à entretenir la méfiance entre sunnites et chiites, on sait que le Hezbollah est un authentique mouvement de résistance. On sait aussi quels désastres ont été apportés par Al-Qaïda. On sait que chacun de ses messages sert les desseins des militaristes occidentaux.