Algérie 2006 : la corruption, un sport national

Algérie 2006 : la corruption, un sport national

par Abderrahmane X. (pseudonyme d’un journaliste algérien exilé en France), Algeria-Watch, 10 octobre 2006

De l’Algérie, nous, pauvres gens que nous sommes, ne connaissons pas grand-chose, ne comprenons rien. De qui tue qui à qui fait quoi ? Qui contrôle qui ? Qui profite de quoi ? Qui veut quoi ? Pour qui ? Pourquoi ? Vers quel destin veut-on conduire ce pays ? Vers quel désastre l’emmène-t-on ? À toutes ces questions, nous sommes bien en peine de trouver des réponses claires dans nos médias.
Ce dont je suis sûr, comme l’immense majorité de mes concitoyens, c’est que les intérêts économiques et personnels (pétrole, gaz, marchés publics, notoriété…) ont conduit beaucoup de journalistes à modeler leur discours en fonction des intérêts du moment. Pendant des années, on nous a dit, prouvé et démontré, par les analyses de ces « spécialistes » de l’Algérie et de ces « démocrates », que ces hommes montés aux maquis voulaient imposer la charia dans notre Algérie démocratique et populaire, que ces « fous de Dieu » voulaient nous faire revenir des siècles en arrière, que le seul moyen de les stopper était de les « éradiquer » un par un, ainsi que leurs descendants.

Depuis le début des années 2000, certains de ces journalistes et de ces « chers spécialistes », ceux-là mêmes qui nous affirmaient hier encore qu’il fallait sauver l’Algérie de ces intégristes, quel qu’en soit le prix, nous servent un autre discours. Beaucoup de sang et de pétrole ont en effet coulé sous les ponts, et ils nous expliquent aujourd’hui que l’Algérie est un pays riche dans lequel le peuple crève de faim. Ils nous « apprennent » que la corruption est endémique et que nos généraux se servent allégrement dans les caisses qui débordent – certains émettent même, à demi-mot, l’hypothèse selon laquelle nos maquis seraient peut-être manipulés par nos dirigeants. Sur toutes ces informations ou contre-informations, j’ai voulu voir et me forger ma propre opinion, c’est en autre ce qui motive mon séjour en Algérie en cet été 2006.

Survivre, par tous les moyens

C’est à Alger que je décide de déposer armes et bagages, dans cette ville qu’on dit belle et fière. Alger étouffe sous sa population, qui semble augmenter d’année en année. Mais, fait nouveau, elle étouffe surtout sous l’incroyable explosion du nombre de voitures. En effet, les crédits alloués aux ménages permettent à une certaine couche de la population de s’offrir ce qui est aujourd’hui devenu indispensable : une voiture. Le métro, qui devait être construit voilà plus de vingt ans, est apparemment toujours au point mort. Les moyens de transport se font rares, les bus ne desservent pas tous les quartiers d’Alger et de sa banlieue. Les taxis vont là où cela les arrange et non là où vous voulez aller…

Les seuls taxis qui acceptent de vous emmener à destination sont les taxis clandestins. Ils se sont multipliés de façon incroyable, ces derniers temps. Ces nouveaux chauffeurs font ce travail pour arrondir les fins de mois (si l’on peut dire, car en vérité ce ne sont pas les fins de mois que l’on doit arrondir, mais bien le mois tout court).

Les paies, pour ceux qui ont encore la chance d’en percevoir, ne suffisent plus, les salaires sont beaucoup trop bas et la vie beaucoup trop chère. Pour la plupart des salariés, la paie du mois ne tient qu’une semaine, le reste du temps, les gens se débrouillent en travaillant au noir ou en faisant des emprunts. Les ménages sont surendettés, on vit au jour le jour en attendant une hypothétique revalorisation de salaire, qui se fait bien attendre. Et pourtant nous sommes un pays riche, riche de notre pétrole, de notre gaz… Mais l’argent du pétrole n’a pas encore atteint la population, qui attend, comme elle a toujours attendu, les dividendes de cette manne pétrolière.

Alors pour survivre, parce qu’il n’est plus question de vie pour une majorité de la population mais bien de survie, tous les moyens sont bons : du vol au racket, du trafic (de stupéfiants, d’armes, d’alcool, de médicaments) en passant par l’abus de confiance, le détournement d’argent et surtout la corruption. Tout notre système est corrompu, de la base au sommet, aucun secteur n’est épargné.
C’est dans ce climat de méfiance, de coups tordus, d’injustice et de corruption, qu’évolue le peuple algérien. Les gens sont à l’affût du moindre moyen de se faire de l’argent, tout le monde trompe et profite de tout le monde, et quand vous demandez à Alger pourquoi nous en sommes arrivés là, on vous répond souvent, en substance, avec des variantes selon l’échelon de chacun dans la hiérarchie sociale : « Comment trouver vos repères dans une société où il n’y a plus de repères, où celui qui tue est un héros, où celui qui est honnête est qualifié d’abruti, où ceux qu’hier on qualifiait de “terroristes” sont aujourd’hui respectés, enviés et admirés car devenus riches… »

L’argent d’abord, chacun pour soi et le bon Dieu pour tous

De façon différente selon les couches sociales, le sentiment d’injustice s’est exacerbé ces dernières années. Pour les millions de démunis complets, ceux qui tentent de survivre dans les infâmes bidonvilles d’Alger et des grandes villes, dans les campagnes privées de tout, cela se traduit par les émeutes désespérées à répétition, pour le pain, le logement ou pour l’eau. Mais, c’est ce qui m’a frappé, ce désespoir a aussi gagné une bonne partie des « classes moyennes », celles des petits cadres et fonctionnaires traditionnellement dépendants de la manne publique : beaucoup ne comprennent pas que les hommes montés au maquis, que l’on qualifiait jadis d’« infra-humains », contre qui il fallait se battre, dont il fallait se méfier, bénéficient aujourd’hui d’autant de générosité de la part de notre gouvernement, alors que nombre de ceux – policiers, militaires, « patriotes » ou journalistes – qui l’ont suivi, par opportunisme ou par conviction, vivent dans le dénuement le plus total. Est-ce ce sentiment d’injustice, cette impression de s’être fait avoir qui ont fait basculer une bonne majorité de la population dans l’égoïsme, le matérialisme, l’individualisme et la corruption ?
Dans ces milieux, chacun ne pense qu’à son propre plaisir. Il y a ceux qui dépensent leur misérable paie dans l’alcool, les cabarets et les femmes. Et ceux qui épuisent le peu d’argent ou d’économies dans les derniers gadgets sortis sur le marché – portables, vêtements, etc., importés majoritairement de Chine et qui inondent les étals des marchés et des petites boutiques, tenus en bonne partie par la nouvelle immigration asiatique.

L’argent ou le manque d’argent est la principale source de conflits, de meurtres, de trahisons et de divorces. L’insécurité règne en maître. Des enfants de douze à quinze ans volent les passants qui ont eu le malheur d’oublier qu’il ne faut jamais sortir son portable en public, les passantes qui ont osé sortir avec leurs bagues ou leurs chaînes en or. Des hommes cagoulés vous menacent pour vous voler votre portefeuille ou les clés de votre voiture, et tout cela en plein jour, devant une population pétrifiée, qui n’ose plus intervenir de peur d’être blessée ou tuée. C’est chacun pour soi et le bon Dieu pour tous.

Les divorces se sont multipliés, les alcooliques et les drogués aussi, sans distinction de sexe ou d’âge. Toutes les contradictions se retrouvent dans notre capitale. En effet, tout se côtoie, le hidjab, la minijupe, les femmes soumises, les femmes émancipées, les religieux, les mafieux, les anciens émirs, les jeunes, les vieux. Mais tout ce monde s’entend sur un point : les affaires.

Le paradoxe, c’est que ce sinistre « consensus national » permet la cohabitation de la misère des plus nombreux, ceux qui se cachent et que l’on cache, et de la prospérité affichée dans les rues et les cafés du centre des « nouveaux riches ». Tous disent savoir que nos généraux, nos politiciens, se partagent le juteux pactole du pétrole, mais aussi celui des différents trafics : drogues, armes, médicaments, friperies qui débarquent sous forme de conteneurs, dans tous les ports du pays. Des marchés extrêmement lucratifs, autour desquels gravite un nombre incalculable de personnes : hommes d’affaires, mafias, petits trafiquants, chacun se sert à son niveau et les dividendes n’ont plus qu’à entrer, au détriment de tout un peuple.

De ces marchés grandioses, tous les courants politiques, tous les clans, se remplissent les poches à coup de millions de dinars, tandis que les petites gens doivent choisir entre se nourrir ou se soigner, car on ne peut faire les deux. Ceux qui ont la chance d’avoir de la famille à l’étranger comptent sur celle-ci pour les aider, les autres peuvent mourir. Les émigrés dans leur majorité doivent se priver pour soutenir les leurs, qui en plus de ne pas avoir d’argent pour subvenir à leurs besoins, se sont tournés vers la société de consommation, puisque maintenant en Algérie, rien ne manque… Des centres commerciaux se sont ouverts un peu partout avec un choix énorme de produits et de marchandises, dont le pays a été privé durant des décennies.

Chacun veut faire des affaires, s’enrichir le plus rapidement possible, tout le monde vous dira que c’est « le moment où jamais » de se faire de l’argent. Il y a tellement de nouveaux riches qu’aujourd’hui chacun veut s’enrichir et la fin justifie les moyens. Quel que soit le service rendu, tout se monnaye, même votre droit élémentaire, il suffit de donner la « tchipa », le pourboire. Vous voulez un médicament, une arme, de la drogue : pas de problème, il vous suffit de verser la « tchipa » et vous l’avez dans la minute qui suit. Les gens vivent dans une misère telle que tout est bon pour se faire de l’argent. C’est la course à l’argent, c’est l’occasion où jamais de s’enrichir, parce que, dans quelques années, ce ne sera plus possible.

La totale faillite de l’État

La population dit être abandonnée par l’État et ne compter que sur elle-même pour subvenir à ses besoins ou s’assurer ses vieux jours. Elle dit ne plus se faire d’illusion. Et, de fait, ce qui frappe en Algérie et à Alger particulièrement, c’est le sentiment que l’État est absent. Le peuple est abandonné à son triste sort. Les immeubles sont dans un état lamentable depuis les innombrables tremblements de terre et les inondations de Bab-El-Oued. L’État n’a rien fait pour effacer les stigmates de ces catastrophes naturelles : les immeubles se fissurent, les trottoirs s’affaissent, les rues sont jonchées de détritus, les parcs et jardins sont dans un état pitoyable, seuls quelques drogués et prostituées y trouvent refuge, sous le regard impassible des policiers.

Tout le monde semble avoir démissionné, les policiers ne vous disent plus rien, ne vous interpellent plus, comme s’ils étaient désabusés. « Pourquoi se fatigueraient-ils, puisque durant toutes ces années de terrorisme, alors qu’ils se sont battus au risque de leur vie, ils n’ont récolté qu’ingratitude de la part de l’État », me dit un jeune.
D’aucuns vous diront que ce n’est pas plus mal que l’État soit si peu présent, cela donne le sentiment d’être dans un État moins policier : on peut acheter de l’alcool sans problème, les filles peuvent se promener avec leur petit ami sans être interpellées. Mais sous ces apparences de relative liberté, se cache une autre réalité, celle d’une police politique omniprésente, le DRS (l’ex-Sécurité militaire), dont tous les Algériens savent, plus ou moins confusément, que c’est elle qui, désormais, leur tient lieu d’État : l’état d’urgence est toujours activé depuis quatorze ans, les manifestations, même pacifiques, sont interdites, les programmes de télévision sont toujours étroitement contrôlés.

Et, comme leurs prédécesseurs des années 1970 et 1980, mais évidemment de façon différente, les patrons de l’Algérie d’aujourd’hui – ceux-là mêmes qui ont fabriqué la « machine de mort » des années 1990 en attribuant ses crimes aux islamistes – continuent à instrumentaliser cyniquement la religion. Ils ont remis sur pied des partis politiques « islamistes » domestiqués, et jouent la carte d’un « populisme islamique » sous contrôle. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, les programmes télévisés sont coupés à l’heure de la prière…

Les femmes, premières victimes

Les discours des imams sont centrés sur les femmes, qui doivent obéissance à leurs époux, même si ceux-là les violentent. Discours qu’intègrent bien des femmes, mais pas seulement à cause des prêches. En effet, nombre d’entre elles, surtout dans les classes les plus défavorisées, se soumettent de plus en plus aux diktats des hommes. Elles sont les premières victimes de la colère, de la malvie et de la frustration des hommes. Quand vous interrogez ces femmes à ce sujet, elles vous répondent qu’elles ne peuvent rien faire d’autre, car sinon leurs maris les quitteront pour une autre femme plus belle, plus jeune, plus débrouillarde.

Les femmes seules ne manquent pas en Algérie : durant ces dix années de guerre civile, beaucoup d’hommes sont morts, se sont exilés, ou sont montés au maquis, alors la proportion d’homme en âge de se marier a énormément chuté. De plus, où iraient-elles sans travail, avec un taux de chômage jamais égalé dans l’histoire de l’Algérie, avec le coût de l’immobilier qui a explosé et surtout avec des enfants ? Les femmes trompées, battues, humiliées ou jetés à la rue sont de plus en plus nombreuses, aucun milieu n’est épargné. Elles se laissent majoritairement faire, car il n’y a aucune structure pour les accueillir en cas de séparation d’avec leur mari. Leurs familles ne les prendront jamais en charge même seule, sans enfant, car la vie est beaucoup trop chère et personne ne veut ou ne peut se rajouter une bouche de plus à nourrir. Le tissu familial est complètement détruit, et les enfants subissent de plein fouet cette destruction. Personne ne sait ou ne veut savoir quelles en seront les conséquences dans dix ou vingt ans sur ces enfants. De quelles valeurs sociales vont-ils hériter ?

Dans les classes moyennes en perdition, chacun prend soin de lui, les femmes se font belles pour garder leurs époux, les hommes s’entretiennent pour ne pas subir le mépris. L’apparence a pris une place considérable. Tout cela alimenté par les séries égyptiennes où se racontent des histoires d’hommes qui abandonnent leurs femmes pour une plus coquette, soutenu par des émissions libanaises ou saoudiennes où l’on vous explique comment une femme doit se comporter, comment elle doit s’habiller et se maquiller pour être plus belle…

Tapis rouge aux Américains

Les télévisions arabes sont beaucoup plus regardées, au détriment des télés européennes où les Algériens disent ne pas se reconnaître, où les propos anti-musulmans et anti-arabes se banalisent. Ils disent que le traitement de la guerre du Liban de l’été 2006 par ces chaînes ne reflète en rien la réalité de la situation, en comparaison à ce que la chaîne Al-Jazira leur donne à voir. Lors de cette guerre, la population a éprouvé un sentiment d’injustice, mêlé de colère, face à ce qui ce passait dans ce pays arabe meurtri.

Beaucoup disent qu’un complot se prépare contre le Moyen-Orient, que les États-Unis veulent redessiner la carte géopolitique de la région. Ils se demandent seulement quand viendra leur tour. Mais en même temps, ils disent savoir que nos dirigeants sont pour l’instant dans les « bons papiers » des dirigeants américains. Ils se disent manipulés par nos gouvernants qui soufflent le chaud et le froid. D’un côté, ceux-ci dénoncent l’hégémonie américaine avec tout ce que cela implique, à savoir l’invasion de l’Irak, de l’Afghanistan, leur complicité dans la guerre au Liban et la spoliation des terres des Palestiniens. De l’autre, ils déroulent le tapis rouge à tous ces officiels américains et font les yeux doux à cette même Amérique. En Algérie, malgré la misère, les gens ont un regard très aiguisé sur la politique intérieure et extérieure.

Les maquis du désespoir

Si à Alger les gens survivent, dans le reste du pays, des pans entiers de la population meurent à petit feu, faute de soin ou de pain, d’ennui ou (et) de désespoir. Cette population n’a d’autre choix que l’exil (difficile car les demandes de visas sont payantes), le banditisme ou le maquis. À Lakhdaria par exemple, une ville située à quelques dizaines de kilomètres d’Alger, les hommes entre vingt et soixante ans sont difficiles à trouver. On nous dit que beaucoup sont montés au maquis, poussés par la hogra, la misère, le manque de perspective et d’avenir. On nous dit que les maquis sont pleins de ces jeunes qui ne supportent plus de vivre dans cette misère et qu’il en monte encore.

« Qu’est-ce qui pourrait empêcher ces jeunes et moins jeunes de monter au maquis ? », m’interpelle cet étudiant. « Qu’est-ce qui a changé pour nous ? Nous vivons toujours dans la même misère ! D’ailleurs on a l’impression que l’État fait tout pour nous pousser à prendre le maquis. Monter aux maquis, c’est le seul moyen de nous faire entendre ou du moins d’exprimer notre colère, notre révolte et notre dégoût ! » Mais quand je lui dis qu’il est quand même suicidaire de prendre le maquis, il me répond avec une lucidité déconcertante : « Je sais ! Nous savons tous ici que les conséquences de la tragédie du 11 septembre sont une bénédiction pour nos dirigeants, qui peuvent “nettoyer” nos maquis, avec cette fois l’aval de l’Occident et des États-Unis, sous le prétexte fallacieux de la lutte antiterroriste. Nous savons tous que la mort attend presque sûrement ceux qui montent au maquis. Mais que reste-t-il aux désespérés, si ce n’est le suicide ? Et quitte à mourir, autant que ce soit les armes à la main. »

Le plus surprenant, c’est que tous ceux que j’ai rencontrés, y compris ces candidats à la guérilla, sont convaincus que les groupes du GSPC, comme avant eux ceux des GIA, n’ont pas grand-chose à voir avec le djihad contre les « tyrans », mais sont largement manipulés par le DRS, qui utilise les jeunes désespérés pour semer la violence et terroriser la population, en particulier dans les endroits où éclatent des émeutes, comme ces derniers mois à Boumerdès. Utiliser la révolte désespérée des uns pour briser la révolte désespérée des autres ! La perversité de nos dirigeants dépasse vraiment l’entendement ! Et comment comprendre que ces jeunes choisissent de gagner de tels « maquis » ?

Quand on demande aux gens ce qu’il faudrait faire pour que cesse cette spirale de désespoirs et de violences, un jeune homme nous répond : « La seule solution est que soit mis en place un État juste, qui prône l’équité et qui partage avec tous ses compatriotes, ne serait-ce qu’un peu, ce que l’or noir lui rapporte en ce moment. » Et cet érudit de soixante-dix ans, qui a perdu deux fils dans le maquis de Jijel, de conclure, à ma grande surprise, car je n’imaginais pas une seconde qu’il puisse connaître les personnages dont il me parle : « N’en déplaise à nos Boudjedra et à nos Sifaoui, à vos Bernard-Henri Lévy et à vos Finkielkraut, fervents défenseurs de la pratique du deux poids deux mesures quant à l’application des droits de l’homme, nos enfants ne sont pas assoiffés de sang et de destruction… Ils ont soif de liberté, de justice et de dignité. Tant que cela ne sera pas compris, nos maquis ne risquent pas de désemplir ! »

De mon séjour de quelques semaines à Alger, j’ai beaucoup appris auprès de la population. Elle fait preuve d’une grande lucidité et d’une connaissance étonnante de ce qui se passe réellement dans le pays, alors que la presse algérienne n’en parle que de façon codée, et les médias occidentaux pratiquement pas du tout (se contentant le plus souvent de reprendre les mensonges de la propagande officielle). En effet, il va falloir à nos dirigeants beaucoup plus de finesse, car le peuple algérien n’est plus dupe. Il a non seulement accès à la parabole et à Internet, mais surtout il sait que notre président n’est qu’une marionnette, une façade politique fabriquée pour donner le change à l’Occident. Elle permet de maintenir en place les généraux et les chefs des services secrets qui détiennent tout le pouvoir, avec son cortège de manipulations, d’infiltrations voire de créations de maquis, pour contrer toute voix discordante dans une Algérie qu’ils veulent sourde, muette et aveugle, devant leurs débordements. Une Algérie qu’ils veulent à leur botte.

Mais chacun sait que d’autres avant eux ont essayé, avec les mêmes méthodes, de nous maintenir sous leur joug. Et chacun sait comment cela a fini.