L’Algérie aurait-elle besoin d’un second octobre 1988 ?

L’Algérie aurait-elle besoin d’un second octobre 1988 ?

Boubekeur Ait Benali, 5 octobre 2011

Il y a 23 ans, l’Algérie a connu sa révolution. Les célébrations précédentes, bien que la population s’en soit souvenue, n’ont pas soulevé un engouement particulier. Cette année, sa célébration, et c’est le moins que l’on puisse dire, suscite des interrogations. Bien que le régime sorte du placard les arguments surannés de terrorisme islamiste, les Algériens ont le droit, à l’instar de leurs voisins, de réclamer la fin du régime autoritaire. Hier, ce fut la fin de règne du parti unique ; aujourd’hui, ça doit être la fin d’un régime déniant la liberté au peuple de choisir ses représentants. Comme en 1988, le peuple doit reconquérir sa liberté. D’ailleurs, ce fut une liberté chèrement payée. En effet, pour parvenir à la fin de l’emprise du FLN, alors parti unique, sur la vie politique nationale, des centaines de jeunes ont sacrifié leur vie. Hélas, par des calculs machiavéliques, le régime a su tourner en sa faveur, et ce grâce à l’appui des capitales occidentales, une situation où le peuple algérien ne demandait ni plus ni moins que son départ.

Toutefois, bien pire que les précédentes périodes, l’arrivée de Bouteflika au pouvoir inaugure une période de blocage tous azimuts. La raison de se verrouillage peut être formulée ainsi : la hausse des prix du pétrole a profité au régime pour qu’il consolide son assise. En revanche, la société a vécu une situation inversement proportionnelle. En effet, tous les acquis d’octobre 1988 ont fondu comme la neige sous le soleil. Cela dit, le régime actuel, dans une approche de se pérenniser au pouvoir, n’est pas aussi mauvais que les précédents. Il a seulement des moyens colossaux pouvant lui permettre de museler les Algériens. Pour rester dans la période actuelle, celui qui incarne le pouvoir apparent a une conception antinomique de l’ouverture démocratique. En tout cas, à peine désigné chef de l’Etat, il s’est attaqué à ces acquis comme le note si bien un journaliste d’El Watan : « Le soulèvement d’octobre n’étant pas à ses yeux un mouvement populaire, mais un événement provoqué par quelques cercles du pouvoir de l’époque, toutes les réformes qui en sont issues seraient, de son point de vue, suspectes et inappropriées aux réelles aspirations du peuple algérien. A commencer par toutes ces « lois scélérates » qui ont accordé le droit de créer de nouveaux partis, des syndicats autonomes et des journaux indépendants… Il utilisera, entre autres moyens, les tribunaux et la discrimination de l’accès à la manne publicitaire réservée, comme on le sait, aux seuls journaux gouvernementaux et un certain titres privés proches du pouvoir ». Ainsi, l’acharnement contre les libertés, consacrées pourtant dans des textes fondamentaux, finit par réaliser l’émiettement de la société. Pendant cette période, la méthode des dirigeants se limita à la répression. Mais en décembre dernier, la donne commence à changer. Et l’équation contient une autre variable : les manifestations de rue. Sans le concours de la pseudo-opposition, le régime aurait vacillé. En effet, en janvier 2011, le parti de Saïd Sadi a rendu un service au régime en appelant au nom de son parti à manifester. Mais s’il doit y avoir un second souffle, la rue ne devra pas tolérer des récupérations politiques. En plus de cela, la future révolution ne doit pas être laissée entre les mains des gens sans scrupules n’attendant que le moment propice pour la confisquer. En d’autres termes, il ne faudrait pas qu’un autre janvier 1992 se reproduise. Car, après un demi-siècle d’indépendance, le peuple algérien doit avoir toute la liberté en vue de choisir ses dirigeants. Et ne rien faire condamne l’Algérie à vivre indéfiniment dans l’apathie et l’incertitude. Car le régime algérien ne changera pas de sa propre initiative. D’ailleurs, les Algériens ne doivent-ils pas se poser la question suivante : qu’attend-nous d’un régime qui excelle dans l’incompétence, la corruption généralisée, la déliquescence de la justice, etc. ? Un ancien haut responsable, qui a tenté de réformer le pays mais empêché par les détenteurs du pouvoir réel, dresse un tableau pessimiste de la situation prévalant en Algérie. Lors d’une rencontre avec les étudiants, Mouloud Hamrouche explique que « La situation est déplorable. Le peu de progrès réalisé après 1998 a été laminé et la société étouffe actuellement. Il n’y a plus d’espaces d’expression. Et nos préoccupations, en tant qu’Algériens, sont débattues sur des plateaux de télévision étrangers. Les Algériens sont malades de leurs gouvernants». Cependant, pour biaiser le débat, les dignitaires du régime, qui ont tué plus de 500 manifestants, s’emparent de la révolution d’octobre 1988. Aujourd’hui, on peut entendre les Ouyahia, les Belkhadem dire à l’opinion internationale que « notre révolution démocratique, nous l’avons faite en octobre 1988 ». Et pourtant, il y a quelques années, les mêmes manifestants furent traités de tous les noms : voyous, traitre à la solde des étrangers, comploteurs, etc. Mais qu’a-t-il changé pour que nos dirigeants se disent démocrates ? Les révolutions tunisienne et égyptienne notamment ont boosté ces derniers à devenir démocrates. Hélas, ces déclarations, à elles seules, ne vont pas assurer le retour à la démocratie. Et les Algériens doivent saisir la moindre occasion pour réclamer le retour effectif à la vie démocratique. Sinon les sacrifices des manifestants d’octobre resteront vains.

Par Ait Benali Boubekeur