Pourquoi Abdelaziz n’est pas Fidel ?

Pourquoi Abdelaziz n’est pas Fidel ?

par Mimi Massiva, Le Quotidien d’Oran, 2 avril 2015

Deux malades au sommet d’un pays en héritage pour un frère chéri qu’ils ont oublié d’enfanter. Le premier est sorti du chapeau d’un Merlin qui n’a rien d’enchanteur, Boumediene.Fidèle disciple, il a fait à son tour jaillir derrière son dos un frangin masqué avant de s’asseoir sur le trône cadeau des généraux aux fausses médailles dorées, mais lingots 24 carats certifiés. Avec la méthode bien rodée de l’instabilité au secours du changement et l’inverse, il est venu après une guerre dite civile et deux présidents in vitro grâce aux mêmes donneurs. L’un, soi-disant, a démissionné et l’autre, soi-disant, assassiné par un déséquilibré. Quant à Fidel, malgré le record au monde des tentatives d’assassinat, 648 depuis 1959 en majorité commis par la CIA (Wikipédia), il n’a pas chômé et a pris tous les chemins de la croix malgré son athéisme. C’est lui, talonné par son frère Raul, le «Mouvement du 26 juillet» reconnu comme le point de départ de la révolution cubaine. Emprisonnés à deux pendant des années puis exilés avant la rencontre avec le «Che» Guevara pour sauver Cuba des griffes de la dictature corrompue de Batista. Souvenons-nous, Abdelaziz aussi est venu en cadeau du ciel, en sauveur pour décapiter l’hydre islamiste et apportant la Concorde pour tous. Mais comment confondre fakhamatouhou avec El Comandante ? Le premier est le meilleur courtisan de la première puissance au monde, l’autre en est l’entêtante épine d’Eisenhower à Bush Junior. «… En janvier 1961, la CIA s’était donnée comme objectif le renversement de Fidel Castro… qui ne menaçait aucunement la sécurité des États-Unis, mais avait nui fortement à ses intérêts économiques en augmentant le prix du sucre et du tabac…» (1). Déjà, la grande Amérique s’identifiait à ses sucreries et ses cigarettes comme elle s’identifie aujourd’hui à Wall Street.

En avril 2004, 77 entreprises ont été condamnées à une amende de 200 millions de dollars pour non-respect de l’embargo, le plus long de l’histoire, imposé par les USA contre Cuba.… Heureusement que Fidel, pire cauchemar de la banque, est «aseptisé» et «stérile». Quand dans les années 90 la rumeur l’avait accrédité d’un compte helvétique de 1,5 milliard, le leader Maximo a répliqué : «Si quelqu’un trouve 1 seul dollar dans un compte étranger, je démissionne immédiatement !». La CIA s’était empressée de relever le défi, en vain. Que dire d’Abdelaziz, l’anti-Fidel ? Il suffit de remonter au temps où il était le célèbre ministre des Affaires étrangères de l’Algérie indépendante. Boumediene n’a pas hésité à faire un coup d’État avec le risque d’un bain de sang national parce que le fauteuil de son «chouchou» était menacé. Sans parler du pardon de Chadli pour les frasques sonnantes et trébuchantes, de l’exil doré entre Genève, Paris, Doha et le retour à point pour la fabuleuse envolée de l’or noir et d’une concorde autocollante. Quant à Fidel, il est resté fidèle au poste subissant le cordon sanitaire occidental depuis plus d’un demi-siècle avant que la maladie ne le frappe au même moment qu’Abdelaziz. L’un soigné par des Français en France, l’autre par des Cubains à Cuba. Il faut préciser la «délocalisation» à l’ère de la mondialisation telle l’origine ethnique quand on parle de la nationalité française. Il ne manquerait plus que de prendre Moh ou Mohamed pour un Gaulois et le pousser vers le vide de l’église pour lui épargner la bousculade de la mosquée. Une étude sur les civilisations menée par des mathématiciens et financée par la NASA vient de révéler qu’il reste à peine 15 ans de vie à notre civilisation.

Ces experts se sont basés sur la similitude des facteurs qui ont mené à l’effondrement des anciens empires et ceux qui sévissent dans l’Empire d’aujourd’hui. C’est-à-dire le nombre d’êtres humains en déphasage avec la quantité de nourriture, l’écart abyssal entre les pauvres et les riches et les «crises de nerfs» climatiques. On le sait, le déséquilibre, c’est la fin de la normalité. C’est le dépassement de la ligne rouge, pas celle d’Obama, mais de dame Nature. L’anomalie qui nous concerne est celle d’une Algérie, riche, prospère, zen qui n’a que des amis puissants n’ayant jamais connu d’embargo surtout pas en ce qui concerne la santé, se retrouve incapable de soigner son «messie». Cuba, la pestiférée, sans pétrole, n’a pas seulement réussi sa santé, mais aussi son école, son agriculture, son tourisme, etc. Tout ce que l’Algérie a lamentablement échoué malgré les immenses potentialités qui font l’unanimité. Saïd, le frangin bien nommé, apparaît dans les coulisses en dauphin officiel mal connu, une sorte d’énigme sans énigme. D’après Wikipédia, on lui attribue un doctorat de l’Université Pierre-et-Marie-Curie à Paris, spécialité l’intelligence artificielle. Mystérieuse ombre désintégrée dans la «transparente maison en verre» de l’illustre frère. Fatalement, la populace, qui adore les lumières s’en méfie, qui rêve d’horizons visibles ne branche pas. Contrairement à Raul qui progresse en douceur depuis le début sous les projecteurs telle la tortue expérimentée et lucide qu’aucun lièvre ne saura ridiculiser.

Loi impitoyable des espèces : un cafard ne peut engendrer qu’un cafard. Manipuler les gènes, on obtiendrait un monstre à défaut d’une colombe. Le leader Maximo se meurt encensé par tout un peuple tandis que fakhamatouhou n’est plus qu’un invisible corps en perfusion dont le clan au lieu de l’enterrer aboie son ingratitude en diversion. «Qui dit quoi, par quel canal, à qui et avec quel effet ?» dit la théorie de Lasswel remise en question dès 1950 par les Américains qui lui reprochent l’oubli des leaders d’opinion chargés de transmettre le message. Traduction : le messager est plus important que le contenu de son message. Sans la confiance, on n’atteint jamais la masse.

Ah si l’Algérie pouvait passer en douceur d’Abdelaziz à Saïd comme l’île des grandes Antilles de Fidel à Raul. Mais l’Algérie n’est pas Cuba, dira Djouha. La première n’est île qu’en langue arabe et le chercheur en langue arabe Salah Belaïd affirme : «… On peut reconnaître un Tunisien ou un Egyptien à sa langue, mais pas un Algérien». (2) Sans être un sourd-muet de naissance, l’Algérien, censé parler «sa» langue l’arabe, est le seul élément non identifiable dans le monde arabe. Il est loin le temps du tout à médire sur l’«île maudite» de Cuba, l’enthousiasme est tel qu’on ne cesse de faire des documentaires sur la vie de ces étonnants Cubains tenus hors du monde depuis plusieurs décennies.

Une seconde découverte de Christophe Colomb ou une nouvelle planète qu’on croyait hostile et qui s’avère miraculeuse. Quant à l’Algérie, rien à dire ni à médire sur «l’île baraka» sans baraka. «Donnez-le-moi intelligent même s’il ne sait pas lire», dit le vieux proverbe. La devise actuelle a fait mieux : sans aucune intelligence, il saura lire la pub que Castro a interdite.

Castro qui a réussi à placer son pays au 3e rang avant les USA avec un taux d’alphabétisation de 99,8% (PNUD). Cuba possède le taux de médecins par habitant le plus élevé au monde poussant les Occidentaux à venir s’y soigner avec des frais jusqu’à 60-80% moins chers qu’aux USA. En 1998, l’OMS a donné au Comandante la médaille d’or de la santé pour tous. En 2011, l’ONG «Save the Children» (Organisation internationale américaine qui lutte pour les droits de l’enfant) a publié une étude sur la qualité des soins pour les enfants dans 161 pays. Cuba fut classé 8e avant l’Allemagne, la France, l’Angleterre et les USA. L’industrie pharmaceutique cubaine est l’une des 6 au monde qui produit une protéine interféron (INF). Elle produit aussi le facteur de croissance épidermique, les médicaments anticancéreux, le vaccin contre l’hépatite B et la liste est longue y compris celui contre le virus du sida qui est en bonne voie de réalisation. Selon la directrice de l’OMS, Margaret Chan (juillet 2014) : «Cuba est le seul pays qui dispose d’un système de santé étroitement lié à la recherche et au développement. C’est la voie à suivre…» En parlant de vaccins, on ne peut s’empêcher de penser au scandale du NIPA ou les «âmes mortes du NIPA» (Nouvel Institut Pasteur d’Algérie) (3). Le NIPA devait être le plus grand complexe de production de vaccins d’Afrique, voire du monde. Il fut lancé en 1975 et avec la méthode à l’algérienne qui a fait ses preuves de réévaluations en réévaluations, les travaux ont fini par s’arrêter en 1983 après avoir englouti des sommes astronomiques au grand bonheur de la mafia de la santé et des rapaces du ciment. Boudiaf avait l’intention de rouvrir le dossier, mais il fut liquidé à temps.

Comme des «idiots», les Castro n’ont jamais pensé à cette facile, rapide, rentable ruse. Pour sauver son peuple de la famine due à l’effroyable embargo et la fréquence de cyclones meurtriers, le leader Maximo est passé d’une «agriculture intensive et productiviste dirigée vers l’exportation à une agriculture extensive et biologique de proximité». Pour réussir cet exploit, il a dû jouer au dictateur sans partage. Des exploits, Bouteflika en a fait, d’étonnants même quand, à peine couronné Dey de la Régence d’Alger, il se précipita en juin 2000 à Paris pour déclarer aux députés français que l’Algérie veut entreprendre avec la France des relations « extraordinaires, non banales, pas normales, exemplaires, exceptionnelles». Si au moins il avait utilisé la langue arabe où le lyrisme passe mieux, naturellement. 15 ans plus tard, ce qui paraît le plus extraordinaire, c’est de comparer le classement de Cuba à l’Algérie. La jeunesse cubaine ne rêve plus de quitter leur île et leur espoir va vers le fringant Raul qui totalise plus de 4 fois 20 ans. Corneille dans le Cid disait que la valeur n’attend pas le nombre des années, mais elle ne semble pas être écrasée par lui quand le corps n’abrite aucune pourriture. D’après le Figaro du 25/03/ 2015, le prix du pétrole dans les prochains mois pourrait descendre jusqu’à 20 dollars, conséquence de l’ampleur du stockage aux USA et de la production qui ne ralentit pas. A ce prix-là, combien d’Algériens seront sauvés par l’Algérie des Bouteflika comme Cuba des Castro a sauvé les Cubains après l’effondrement de l’URSS ? De 100 à 20 dollars, c’est la division par 5 pour les 40 millions de déshérités qui viendront demander des comptes et trouveront la même réponse qu’en 1988. C’est parce que le prix du blé a été multiplié par 3 que Ben Ali est tombé suivi de Moubarak, premier importateur, dit-on. Qui peut ne pas lier l’estomac à la révolte ? On nous dira ce n’est rien, rien ne va changer, on saura dépasser le problème.

Dépasser le problème et rebelote, l’instabilité avec la kalachnikov et le sabre en attendant le salam qui a gommé pour toujours le bonjour. Le changement cosmétique à la tête avec un prix subventionné par le ciel : le remplissage des cimetières par les réveillés trop tard. Des vies inutiles, des bouches de moins à nourrir… Dans «Essais», Philippe Muray le politiquement incorrect écrit : «… Il n’y a plus rien à «dépasser» dans la mesure où les pouvoirs y sont, depuis longtemps déjà, aux mains de la mafia des dépasseurs». En conclusion, Fidel va mourir en paix, entouré d’un peuple reconnaissant qui attire les touristes des 4 coins du globe. El Comandante a compris que le meilleur rempart d’un chef, c’est la confiance de ses subordonnés. Quant à fakhamatouhou, même les hyènes qu’il a gavées de cadavres grignotent ses os de son vivant. Contre tous, le Castrisme a construit Cuba. Avec tous, le Bouteflikisme a fini par démolir l’Algérie.

(1) JFK 50 ans de manipulations (Laurent Guénot)

(2) (Recherche en langue arabe (el Watan 25/03/2015)

(3) Corruption et démocratie en Algérie (le médecin-journaliste Djillali Hadjadj)