Universités algériennes: Loin des normes internationales

Universités algériennes

Loin des normes internationales

El Watan, 16 août 2015

Les universités algériennes ne répondent toujours pas aux normes universelles.

Le dernier classement annuel de Shanghai, relatif aux universités dans le monde, ne mentionne aucun établissement algérien dans la liste des 500 meilleures universités, contrairement à des pays comme l’Arabie Saoudite et l’Egypte qui y figurent.

Le classement de Academic ranking of world universities rendu public hier place dans le top 20 des universités américaines et britanniques. Le premier établissement européen en dehors du Royaume-Uni est suisse et se place à la 20e position. Sur le plan continental, seules trois établissements sud-africains figurent dans cette liste des 500 meilleures universités.

Plus étrange, la première université française arrive à la 36e place, bien loin des établissements anglo-saxons. Quatre universités saoudiennes et deux égyptiennes côtoient les mastodontes de l’enseignement supérieur dans le monde.

Au regard des critères que s’impose cette institution, il est très peu probable de trouver une université algérienne dans ce classement.
Ces institutions universitaires sont classées selon six critères : le nombre de prix Nobel et de médailles Fields obtenues par les anciens élèves et par les chercheurs ; le nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline ; le nombre d’articles publiés dans des revues scientifiques telles que Nature et Science ; le nombre d’articles indexés dans Science Citation Index et Arts & Humanities Citation Index.

Il prend enfin en compte la «performance académique» calculée en fonction de la taille de l’université. Ces critères font l’objet de sévères critiques de la part de plusieurs spécialistes, notamment des Français. Ces derniers considèrent que le classement ne prend pas en compte le système français qui s’appuie sur la coopération interuniversitaire.

Le classement de Shangai ne reflète pourtant pas d’anciennes classifications. En janvier dernier, l’organisme Webometrics avait cité plusieurs facultés algériennes dans le top 2000 des universités dans le monde. Le premier établissement algérien cité est celui de Sidi Bel Abbès à la 1781e place, suivi de celui de Ouargla qui a aussi fait ses preuves et a décroché la 1798e et, enfin, de Constantine 1 et Tlemcen.

Ce classement a fait réagir, pour la première fois, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique qui avait crié victoire.
Dans un classement réservé aux 100 meilleures universités d’Afrique du Nord, une trentaine d’établissements algériens ont trouvé leur place.
Ces classements peu reluisants des universités algériennes sont justifiés par les responsables par l’incohérence des critères choisis par l’institution chinoise.

Ainsi, en dehors de certains grands pays, il est impossible de trouver des chercheurs ayant obtenu des prix Nobel. Pis, les publications les plus prestigieuses sont souvent effectuées en anglais et relativement en français et en espagnol, les langues qui dominent la recherche dans le monde.

Pour d’autres institutions de classement, le nombre de doctorants et de chercheurs ainsi que la qualité des publications scientifiques sont des critères déterminants. Ce que les universitaires algériens ne réussissent toujours pas. Il faut dire que dans d’autres classements régionaux, les universités algériennes trouvent de plus en plus de place. Il faut cependant se demander si ces classements sont fiables.

Ali Boukhlef


Rahmani Abdelmalek. Coordinateur du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES)

«Nos universités ne répondent pas aux critères de ces classements»

Propos recueillis par Asma Bersali

Contrairement à l’Egypte, l’Arabie Saoudite et la Turquie, les universités algériennes ne figurent pas parmi les 500 meilleures du monde. Pourquoi ?

La raison est toute simple : nous n’avons pas encore d’université dans le sens mondialement reconnu. Toutes les infrastructures que nous avons ne sont en fait que des établissements d’enseignement supérieur, loin des normes internationales, au point où il leur est impossible de répondre aux critères de ces classements ni actuellement ni dans 20 ou 50 ans.

L’absence de stratégie de développement de l’université, la qualité de la pédagogie hors normes internationale, les problèmes de gestion et d’encadrement ainsi que la surcharge dont souffrent nombre d’établissements sont pour beaucoup dans cette triste réalité.

Concernant le dernier problème, une politique de réalisation de nouveaux pôles universitaires dans chaque wilaya est menée. Est-ce suffisant ?

Il est vrai que la réalisation de nouveaux établissements d’enseignement supérieur est un effort indéniable. Mais le problème est qu’il y a eu un élargissement de la carte universitaire qui repose sur la réalisation de nouvelles infrastructures, mais pas d’université.

Preuve en est la disparité retrouvée entre les universités du Grand Sud et des wilayas de l’intérieur du pays et celles d’Alger et des grandes villes du Nord. Les diplômes de deux établissements, bien qu’étatiques, n’ont pas la même valeur.

Avant de penser aux normes internationales, il faut d’abord avoir une norme nationale pour tous les établissements d’enseignement supérieur. Leur uniformisation et leur normalisation devrait commencer par l’arrêt de cet élargissement de la carte universitaire puis la dépolitisation et la démocratisation dans le domaine de l’organisation de la pédagogie.

Malheureusement, ce qui se fait actuellement pour la nomination des recteurs est très grave. Ces derniers sont choisis selon des critères qui n’ont rien à voir avec la pédagogie mais plutôt avec la mutualité d’intérêt et parfois le copinage.

Cela démobilise nettement les enseignants. Une fois dépassés ces deux problèmes, on pourra, peut-être, penser aux classement mondiaux et ressembler aux universités étrangères.

Qu’en est-il des ressources humaines ?

Là encore, il y a un énorme problème qui entrave le développement de l’université algérienne. Bien que les intentions existent, nous éprouvons encore beaucoup de mal à concrétiser la politique de formation des formateurs, soit des enseignants qui maîtrisent l’art d’inculquer le savoir aux étudiants.

S’ajoute à cela l’inégalité de répartition des compétences. Elles sont principalement installés dans les universités d’Alger et des villes du nord du pays, à l’instar de l’USTHB de Bab Ezzouar.

Cela sans oublier les cadres juridique et organisationnel obsolètes. Dans ce sens, il faut impliquer le corps des enseignants dans tout projet. L’université n’appartient pas à des personnes mais à toutes les générations d’étudiants qui y vont transiter.

Pensez-vous que les universités privées seront meilleures ?

Du tout. L’université privée ne fera qu’aggraver la plaie de l’université algérienne avec des normes qui lui seront propres. Si nous n’arrivons encore pas à uniformiser les établissements qui dépendent d’une seule et unique tutelle, comment pourrons-nous avoir un contrôle sur des établissements qui appartiennent à des privés ? Avant d’inviter le privé à investir dans l’enseignement supérieur, il faut d’abord penser à réformer le cursus scolaire des étudiants afin qu’ils soient prêts à l’université.

Qu’en est-il de la loi relative à la recherche scientifique ?

Nous avons été sollicités par des entités politiques afin de nous réunir dans des comités de concertation et donner notre point de vue. Mais pour le moment, après le report de la question, il n’y a rien de nouveau dans ce sens. Même dans notre relation avec la tutelle, nous avons remarqué un net recul par rapport au partenariat.

Nous avons signé un traité, justement dans ce sens, avec l’ancien ministre, que l’actuel ministre ne veut pas prendre en considération. Nous déplorons aussi moult pressions qui se font sur les membres du bureau national. Mais cela ne nous fera pas baisser les bras.

Asma Bersali