Zerhouni à propos des affaires Reuters et AFP

Zerhouni à propos des affaires Reuters et AFP

« C’est de la manipulation grossière ! »

Venu, hier, à Bouira, pour l’installation du nouveau wali, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Yazid Zerhouni, a tenu à démentir les assertions soutenant la thèse que les correspondants des agences de presse Reuters et AFP, auteurs des « fausses informations » sécuritaires diffusées au début de la semaine, ont été induits en erreur par les autorités.

Bouira. De notre correspondant, El Watan, 12 juin 2008

Pour lui, la diffusion de fausses informations sécuritaires ces derniers jours n’est rien d’autre qu’une « manipulation grossière ». « Vous pensez que les gens qui ont lancé la fausse information sécuritaire ont été induits en erreur par les autorités ? C’est une manipulation grossière », a-t-il dit à la presse, à l’issue de la cérémonie d’installation du nouveau wali de Bouira.

Interrogé sur la difficulté que rencontre la presse nationale en matière de collecte ou de vérification d’information sécuritaire, M. Zerhouni a soutenu que les journalistes ont accès à l’information d’autant que, selon ses dires, « il y a, à tous les niveaux, des gens chargés de donner l’information sécuritaire ».

Et d’ajouter : « Nous n’avons aucune raison de retenir une information à moins que la rétention de cette dernière soit utile pour le déroulement d’une action sécuritaire en cours. » « En général, nous évitons de donner l’information lorsqu’elle a une répercussion sur une action opérationnelle en cours ou sur une enquête de police », a-t-il réitéré. Concernant l’attentat terroriste de dimanche dernier ayant causé la mort d’un ressortissant français et de son chauffeur algérien à Beni Amrane (Boumerdès), il a indiqué que « les tentatives visant les étrangers existent depuis longtemps.

Fort heureusement, les services de sécurité ont toujours pu éviter ces tentatives », a-t-il dit, tout en déplorant cet assassinat. « Nous demandons plus de vigilance aussi bien de la part de notre population, mais aussi des étrangers qui travaillent en Algérie et qui doivent prendre certaines dispositions qui sont dans l’ensemble très efficaces, entreprises par nos services de sécurité. » Toujours concernant le volet sécuritaire, Zerhouni, qui répondait à une question sur la confiscation des fusils de chasse des citoyens depuis 1993, dira que « c’est une question posée dans la quasi-totalité des wilayas du pays » et a précisé que « les causes de cette confiscation n’ont pas totalement disparu ».

Une manière sans doute de dire que ces fusils ne seront pas restitués à court terme. La réponse du ministre de l’Intérieur n’a cependant pas convaincu les propriétaires de ces fusils. Certains d’entre eux – qui tiennent chaque dimanche un rassemblement au niveau de la place principale de Bouira –, disent qu’« il est inconcevable qu’on continue à les priver de leur bien, alors que la vente des armes de chasse est désormais autorisée ».

Sur un autre plan, M. Zerhouni a annoncé qu’outre le nouveau découpage administratif à mettre en œuvre de façon graduelle, les projets des codes communal et de wilaya seront couplés avec un autre projet de réforme de la fiscalité et des finances locales. Il a affirmé que cette réforme est déjà mise en route. Des décisions relatives à ce volet de la gestion des collectivités seront mises en application dès la promulgation de la loi de finances complémentaire qui doit être présentée incessamment devant le Parlement, a-t-il déclaré. A noter enfin que le ministre de l’Intérieur a procédé à l’installation du nouveau wali, Bouguerra Ali, en remplacement de Abdelkader Farci.

Par Lyazid Khaber

Le parcours du combattant des médias étrangers en Algérie

La décision des autorités de retirer les accréditations des deux journalistes de l’AFP et de Reuters, Hassan Zenati et Lamine Chikhi, jette un éclairage sur la situation des journalistes installés en Algérie et travaillant pour des médias étrangers.

Envoyés spéciaux ou correspondants de médias étrangers vivent souvent une sorte de « précarité administrative », comme le souligne un correspondant d’un média européen. « Parfois, des journalistes étrangers installés en Algérie travaillent sans accréditation, mais ils sont tolérés par les autorités », témoigne-t-il.

Le sésame de l’accréditation de presse reste un défi, une difficulté de taille tant la bureaucratie et l’atavique méfiance officielle règnent. « Relativement, l’Algérie pose moins de problèmes que des pays comme la Tunisie ou la Syrie concernant les correspondants ou les envoyés spéciaux de médias étrangers », indique Hagar Smouni, chargée du Maghreb à Reporters sans frontières. « Mais depuis fin 2007-début 2008, nous avons remarqué une sorte de crispation, une certaine agressivité des autorités vis-à-vis de la presse en général », nuance-t-elle.

« Nous avons reçu, par exemple, beaucoup de plaintes de journalistes télé français à qui les autorités algériennes refusent l’autorisation de tournage sans fournir la moindre explication », relève Hagar Smouni, qui rappelle les pressions sur les journalistes algériens eux-mêmes et le refus d’Alger d’ouvrir un bureau d’Al Jazeera. Difficile d’être journalistes étrangers en Algérie. « La difficulté commence déjà par le visa », explique un correspondant d’une radio française. Un journaliste radio devait prendre l’avion samedi dernier de Paris. Jusqu’à vendredi soir, il ne l’avait pas encore.

Il n’a finalement pas pu venir en Algérie. « Il espérait l’avoir même dans l’avion ! », ironise un collègue à lui, installé, non sans difficultés à Alger. Il a déposé en novembre 2007 une demande de visa touristique pour devancer les difficultés d’obtenir un visa presse. « Une fois sur place à Alger, j’ai contacté le ministère de la Communication pour demander l’accréditation. On m’a délivré en décembre une accréditation provisoire et j’attends depuis voilà sept mois ma carte d’accréditation », poursuit-il.

Pour avoir la fameuse accréditation provisoire délivrée par le ministère de la Communication, il faut, entre autres documents, une résidence à son propre nom (pas évident quand on vient d’arriver à Alger), 12 photos, des analyses médicales, etc. Le certificat de résidence est octroyé par le commissariat de police qui, lui, exige des documents du ministère de la Communication. « Les différents services et ministères ne communiquent pas entre eux. Cela peut prendre des semaines à faire le va-et-vient entre administrations », témoigne un journaliste d’une agence étrangère.

Par Adlène Meddi