Mohamed Tamalt est décédé à l’hôpital de Bab El Oued

Mohamed Tamalt est décédé à l’hôpital de Bab El Oued

El Watan, 11 décembre 2016

Le journaliste bloggueur Mohamed Tamalt est décédé, aujourd’hui dimanche, à l’hôpital de Bab El Oued (Maillot) à Alger. L’administration pénitentiaire parle d’un AVC et d’une infection pulmonaire. Amnesty international appelle les autorités algériennes à ouvrir « une enquête indépendante ».

Mohamed Tamalt, diabétique, se trouvait dans un état comateux depuis un mois, suite à une grève de la faim qu’il avait entamée à la prison d’El Harrach. Il a été condamné par le Tribunal de Sid M’hamed, en juillet dernier, à deux ans de prison ferme et une amende de 200 000 dinars, pour « outrage au président de la République ». La peine sera confirmée un mois plus tard par la Cour d’Alger.

Réagissant à cette triste nouvelle, la direction générale de l’Administration pénitentiaire a donné sa version des faits dans un communiqué. « Le concerné ( feu Tamalt) a observé une grève de la faim depuis le 28 juin dernier, juste après sa détention dans la prison d’El Harrache. Le directeur de cet établissement pénitentiaire et des psychologues lui ont rendu visite pour le convaincre de mettre fin à sa grève mais en vain ».

Le 1er août 2016, poursuit la même source, « on a constaté une hypoglycémie. Les soins qui lui ont été prodigués ont permis une amélioration de son état de santé. ». Le 20 août dernier, Mohamed Tamalt est « transféré vers l’hôpital de Kolèa où il a subi un examen au scanner qui n’a pas révélé des troubles ».

Le patient sera ensuite évacué à l’hôpital Lamine Debaghine de Bab El Oued où il a été admis au service de réanimation. C’est là que les  » examens IRM ont révélé que Mohamed Tamalt était victime d’un accident vasculaire cérébrale (AVC)». le bloggueur subit donc  » une intervention chirurgicale au niveau de la tête, effectuée par un neurochirurgien. L’intervention chirurgicale a permis à Tamalt de reprendre conscience », lit-on encore dans le communiqué.

Malheureusement, durant les dix derniers jours, les médecins ont découvert que le journaliste souffrait, en outre, d’une infection pulmonaire. Mohamed a bénéficié du « traitement adéquat. Ses poumons ont été nettoyés et des prélèvements ont été envoyés à l’institut Pasteur ».

« Ce matin 11 décembre, son état s’est détérioré, ce qui a causé son décès », conclut la direction générale de l’Administration pénitentiaire.

Amnesty international a appelé les autorités algériennes à « ouvrir une enquête indépendante, approfondie et transparente sur les circonstances de la mort du journaliste ».

Farouk Djouadi


Décès du journaliste Mohamed Tamalt : une bravade qui tourne à la tragédie

Oussama Nadjib, Maghreb Emergent, 11 décembre 2016

Le journaliste Mohamed Tamalt est mort dimanche 11 décembre 2016 à l’hôpital Lamine Debaghine (Ex-Maillot) où il avait été transféré, il y a plusieurs semaines, dans un état comateux suite à une grève de la faim. Il avait pris des risques en revenant en Algérie. Il en est mort.

Mohamed Tamalt, accusé d’atteinte aux symboles de l’Etat et au président Abdelaziz Bouteflika, dans des publications partagées sur les réseaux sociaux, dont sa page Facebook, avait été condamné à 2 ans de prison ferme et à une amende de 200.000 Da.

Une fin tragique pour un journaliste, établi à Londres et disposant de la nationalité britannique, qui collaborait à plusieurs journaux arabophones dont El Khabar. Mohamed Tamalt, était connu pour sa grande fougue et sa manière rude d’interpeller les responsables.

Mais ce ne sont pas ses écrits dans la presse qui ont conduit le défunt en prison sous l’accusation d’atteinte aux symboles de l’Etat. Mais ses publications dans une page Facebook intitulée « majalatt essiyak al-arabi » (revue du contexte arabe) où il pourfendait des responsables et lançait des accusations.

Des écrits impubliables dans un journal tenu par les limites fixées par la loi et le code pénal. Mohamed Tamalt ne l’ignorait pas en revenant en Algérie, il risquait gros si la machine des procédures judiciaires se mettait en branle contre lui. Il y avait dans ce retour un coté bravade – et peut-être une perte du sens des réalités – qui a tourné à la tragédie. Car la machine judiciaire a été mise en branle contre lui après son arrestation le 26 juillet 2016, à l’aéroport Houari-Boumediene.

Un juriste qui a vu la page Facebook «majalatt essiyak al-arabi » n’a pas caché son étonnement au sujet du retour de Mohamed Tamalt : «il y a là de quoi se servir pour n’importe quel juge d’instruction ». Et à l’évidence, cela a été le cas.

Les journaux y compris ceux avec qui il collaborait éprouvaient une grande gêne à défendre un journaliste «excessif ». Ils se sont le plus souvent contentés de rapporter l’information de manière neutre et minimaliste.

La procédure judiciaire engagée contre lui, Mohamed Tamalt est entré dans une logique de confrontation et de rupture au péril de sa vie face au pouvoir. Il l’a payé de sa vie.

Les autorités peuvent faire valoir que c’est la loi et qu’elle a été respectée. Mais il y avait clairement une possibilité de « punir » sans aller à la prison ferme à laquelle Tamalt ne pouvait se résigner. Cela n’a pas été le cas. Tamalt a perdu la vie, le pouvoir algérien a perdu encore plus en terme d’image.