La presse française se déchaîne contre l’Algérie

La presse française se déchaîne contre l’Algérie

Le remède pire que le mal ?

Le Jour d’Algérie, 13 mars 2005

Intrigués par ces interdictions de distribution de journaux non localisées – le chef du gouvernement affirme n’en rien savoir –, nos collaborateurs ont pris un peu de leur temps pour consulter les articles en question et vérifier si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Au bout de quelques minutes de lecture de moins en moins désabusée, nous avons bien été obligés de constater qu’une véritable offensive médiatique était déclenchée par une partie de la presse française contre l’Etat algérien. Non pas que les informations rapportées ou les commentaires aient quoi que ce soit d’original ou de nouveau, mais c’est justement la vacuité des soi-disant dossiers qui pose problème. Car sur dix articles consultés, aucun ne comporte ne serait-ce qu’une ombre de scoop ou d’analyse plus ou moins sérieuse. Le fameux dossier de l’Express est constitué à 90% par des redites et des généralités mises en forme par la correspondante du magazine à Alger et qui en est à sa énième performance en la matière. Quant à Jean Baptiste Rivoire dont la réputation d’ennemi public numéro un de l’Etat algérien n’est plus à établir, il signe dans le dernier numéro du Monde diplomatique un remake à peine revu et corrigé de son lamentable Françalgérie, crimes et mensonges d’Etat… Pour le reste, les accusations portent sur de hauts responsables du régime accusés de corruption et de prévarications diverses comme au bon vieux temps de la dernière campagne présidentielle et comme au plus fort de la guerre anti-terroriste. Si l’animosité est claire et les «animos» identifiés, il est en revanche assez difficile de comprendre à quoi correspond ce regain de haine médiatique. Pas d’échéance politique connue, pas d’enjeux économiques immédiats, une campagne de presse qui tombe en plein calme plat cela intrigue forcément. Surtout lorsque du côté algérien on cultive les opacités avec une désespérante maladresse et qu’on affirme ne pas censurer, tout en servant de faire valoir à une opération qui ne risque d’être couronnée de succès qu’à condition que les officiels algériens tombent dans le panneau de la censure. Pour cette fois, le piège n’est apparemment pas là où on croit. Il n’est pas tant dans des articles totalement creux bien que très provocateurs que dans le fait d’obliger l’Etat algérien à adopter une posture autoritaire et répressive qui confirmerait les rumeurs de durcissement du régime qui commencent à être propagées depuis quelques mois. Des rumeurs qui prennent appui il faut le dire sur un certain nombre de maladresses dont on se demande en définitive si elles ne sont que cela ou si elles ne sont pas le fait de parties qui cherchent à discréditer l’Etat pour l’affaiblir au plan international et le contraindre à se plier à des exigences étrangères dont le Président Abdelaziz Bouteflika a fait état lors de son discours du 23 février dernier. En tout état de cause, il est encore temps de redresser la barre en sachant garder la tête froide face à des attaques qui nécessitent une tout autre parade que la fermeture de la coquille et la langue de bois, chères au système FLN. Notre propre réseau médiatique reste encore suffisamment performant pour pouvoir neutraliser des campagnes de presse aussi médiocres que celle qui se développe ces jours-ci, sans avoir à entamer la crédibilité pluraliste de l’Algérie.

Abderrahmane Mahmoudi