Le caricaturiste Tahar Djehiche devant le juge

Accusé d’«atteinte à l’image du président»

Le caricaturiste Tahar Djehiche devant le juge

El Watan, 4 mai 2015

Tahar Djehiche s’ajoute à une longue liste de caricaturistes algériens poursuivis par les autorités à cause de leurs dessins. Son avocat, Djamal Lekbir, inquiet, qualifie les accusations de «dangereuses» et l’affaire de «politique». Joint par téléphone, Tahar explique que le procureur de la République lui reproche sa caricature publiée sur son compte facebook illustrant un sablier dont le sable de la fiole d’en haut, qui représente In Salah, s’écoule et recouvre le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, assis sur sa chaise roulante dans la fiole d’en bas.

Concernant la deuxième accusation, l’avocat affirme qu’il est toujours en relation avec la question du gaz de schiste au sud algérien. Tahar se justifie : «Il s’agit d’une question que j’ai posée sur mon compte facebook où je me suis demandé si la marche initiée par la CTLD, le 24 février (en solidarité avec la population d’In Salah et contre l’exploitation du gaz de schiste en Algérie), allait drainer des gens ou pas ?»

Connu sur les réseaux sociaux sous le nom de Tahar le caricaturiste (en arabe), Tahar Djehiche, 54 ans, enseignant en primaire à El Oued, est auditionné pour la première fois vers la fin du mois d’avril avant d’être présenté officiellement devant le procureur de la République de la même wilaya jeudi dernier.

«C’est une atteinte grave à la liberté d’expression. Les autorités veulent nous empêcher de nous exprimer contre le projet du gaz de schiste en Algérie et se lance dans une campagne d’oppression contre les voix libres du Sud qui dénoncent ces pratiques dignes d’un Etat dictatorial», s’indigne le caricaturiste.

Pour rappel, c’est Tahar Djehiche qui est derrière la plupart des slogans portés par les manifestants à Ouargla et à El Oued lors de la marche antigaz de schiste du 14 mars dernier. Son avocat affirme que son client est sous le viseur des autorités depuis 2012 et s’interroge : «Pourquoi le ministre des Affaires étrangères, qui a participé à la marche parisienne en soutien aux caricaturistes de Charlie Hebdo, ne manifeste pas sa solidarité avec Tahar Djehiche ?»

Selon Me Lekbir, Tahar risque jusqu’à 13 mois de prison ferme pour la première accusation et six mois pour la deuxième. «C’est de la hogra, fulmine Tahar Djehiche. Je reste solidaire avec la population d’In Salah et contre l’exploitation du gaz de schiste en Algérie. Je défendrai la liberté d’expression et je célébrerai aujourd’hui à ma manière, cette Journée internationale de la liberté de la presse.»
El Oued : Un deuxième procès contre Rachid Aouine

Condamné à quatre mois de prison ferme en mi-avril dernier, le militant chômeur, Rachid Aouine, sera jugé dans une deuxième affaire pour «outrage au corps constitué», aujourd’hui.

Selon Me Badi Abdelghani, président du bureau d’Alger de la LADDH et l’un des membres du collectif d’avocats qui défendront le chômeur, les faits infligés à Rachid Aouine ont rapport avec une vidéo «montrant un jeune homme être tabassé par des gendarmes» publiée par le chômeur en 2012 sur son propre compte facebook.

«C’est une affaire qui remonte à 2012. Rachid a, pourtant, bénéficié d’un non-lieu quand il a été présenté devant le juge d’instruction de la même wilaya», affirme l’avocat. Son père, Khelifa, joint par téléphone, dénonce cette vague interminable d’accusations «injustes» enclenchée contre son fils.

«Lorsque mon fils a été présenté devant le procureur de la République en mars dernier, celui-ci a juré de multiplier les accusations en représailles contre Rachid qui n’a pas marché ses mots devant toutes ces accusations vides de sens», avoue Khelifa Aouine.

Pour rappel, dans la première condamnation, Rachid Aouine a été accusé d’«incitation à attroupement» pour avoir appelé sur sa page facebook, «les policiers à manifester leur solidarité avec leurs collègues licenciés abusivement après les marches qu’ils ont organisées à Alger en octobre dernier, au lieu de s’acharner sur des militants pacifiques qui luttent pour leurs droits les plus élémentaires», affirme l’un de ses avocats, Me Noureddine Ahmine.

Rachid Aouine, l’ex-douanier qui a «explosé» l’affaire du gazoduc qui alimentait illégalement la Tunisie, est toujours en prison à El Oued. Alors qu’il encourt sa première peine, il risque de la voir s’alourdir, c’est en tout cas ce que craignent sa famille et les membres du collectif des chômeurs. M. A.

Meziane Abane