Le Correspondant d’El Khabar appréhendé chez-lui à El Bayadh

Condamné par contumace à deux mois de prison ferme par le tribunal de Naâma

Le Correspondant d’El Khabar appréhendé chez-lui à El Bayadh

El Khabar, 23 janvier 2006

Les services de sécurité ont arrêté le journaliste d’El Khabar, Bachir El Arabi (Abdelkrim Sid-El-Hadj), samedi, à huit heures du matin, chez-lui dans la ville d’El Bayadh. Les agents de sécurité ont présenté une notification portant le numéro 16/26/740 émis en date du 21/1/2006. Le journaliste a été donc conduit vers la Sûreté de wilaya d’El Bayadh, avant d’être amené à la Sûreté de wilaya de Naâma.
La police a informé le journaliste Bachir El Arabi qu’il a été interpellé suite à un mandat d’arrêt émis par le tribunal de Naâma, en exécution d’un jugement, par contumace, prononcé contre lui en date du 29 septembre 2005, le condamnant à un mois de prison ferme, dans une affaire de diffamation actionnée en justice par la Wilaya de Naâma et l’association « Ferrah ».
Il s’agit d’un article publié par El Khabar, en décembre 2003, sur « les dépassements qui auraient eu lieu lors de la réalisation de Dar Errahma (hospice de vieillards) à Naâma ». Une réalisation supervisée par l’association « Ferrah ».
Le journaliste Bachir El Arabi, qui signe ses papiers, publiés dans El Khabar, par un pseudonyme, à savoir « Abdelkrim Sid-El-Hadj », avait fait un reportage, avec documents à l’appui, sur la réalisation de Dar Errahma à Naâma et les dépassements y afférent. Lors de l’enquête judiciaire, le journaliste a pu fournir, à la Justice, tous les documents appuyant son reportage.
Le procès de Bachir El Arabi a eu lieu, par contumace, le 20 septembre 2005 devant le tribunal de Naâma, et les jugements ont été prononcés, par contumace également.
Le tribunal avait condamné alors Bachir El Arabi à un mois de prison avec sursis assortie d’une amende de 50 mille dinars, et le directeur général d’El Khabar, Ali Djerri, à verser une amende d’une valeur similaire. Le chargé des associations dans la wilaya de Bayadh, Radjaâ El Houari, a, lui aussi, été condamné à un mois de prison ferme pour avoir fournis des documents administratifs au journaliste.
Le juge d’instruction du tribunal d’El Bayadh, chargé de l’instance introduite par la wilaya et l’association « Ferrah », avait émis, au début de l’année passée, un mandat d’arrêt à l’encontre du même journaliste.
Les services de sécurité d’El Bayadh avaient interpellé le journaliste Bachir El Arabi chez-lui avant de l’amener au tribunal de Naâma. Le journaliste a présenté au juge d’instruction un dossier complet sur l’affaire en question.
Il s’agissait d’un lot de terrain qui avait été alloué par les autorités locales au nom du président d’une association à caractère caritatif et non au nom de l’association elle-même. Celle-ci n’étant pas agréée. Le lot de terrain avait été destiné à la construction de Dar Errahma (hospice de vieillards).
Signalons que plusieurs organismes professionnels et associations nationales et internationales avaient dénoncé alors l’arrestation du journaliste.
Le journaliste Bachir El Arabi a passé une journée entière au commissariat de police d’El Bayadh avant d’être transféré vers un autre commissariat dans la wilaya de Naâma, puis amené à l’hôpital à bord d’un véhicule de police pour examen médical.
Bachir El Arabi, qui a passé la nuit en prison au commissariat de police de Naâma, a entamé une grève de la faim dès son interpellation. Une grève qu’il a décidée de poursuivre jusqu’à son élargissement.
Il est a rappeler que le journaliste fait l’objet d’une « poursuite systématique » par les walis de Naâma et d’El Bayadh, et certains cadres des deux wilayas, à cause de ses articles et reportages. Les deux walis précités le poursuivent en justice dans plus de dix affaires.

2006-01-23
Lahcène Bourabia


COMMUNIQUE

Le correspondant d’El Khabar dans la wilaya d’El Bayadh, Bachir El Arabi, est incarcéré dans la prison de Aïn Sefra depuis, hier, dimanche 22 janvier 2006, après avoir été interpellé chez-lui, dans la matinée d’hier, samedi 21 janvier, et conduit au commissariat de police, où il a passée toute la journée, avant d’être transféré dans un autre commissariat de police dans la wilaya de Naâma.
Les agents de police ont informé le journaliste Bachir El Arabi qu’il avait été appréhendé suite à un mandat d’arrêt émis à son encontre par le tribunal de Naâma, le même jour, et en exécution d’un jugement par contumace prononcé contre lui en date du 29 septembre 2005, le condamnant à un mois de prison ferme.
Ainsi, notre Justice veut prouver que sa gestion s’est améliorée et que ses verdicts sont, aujourd’hui, mis en application en moins de 24 heures.
Or, nous les citoyens, nous attendons à ce que cette Justice prouve une telle rapidité et une telle efficacité à travers la punition des vrais criminels tels que ceux que Bachir El Arabi avaient dévoilés dans son reportage, objet du procès.
Le journaliste a présenté à la Justice des documents prouvant les informations publiées dans le journal El Khabar sur les dépassements afférent au dossier de Dar Errahma de Naâma, dont la remise d’un lot de terrain par la Wali au nom du président de l’association à caractère caritatif « Ferrah » et non au nom de l’association, non agréée…
Cependant, la Justice n’a pas jugé utile de poursuivre et le Wali et la personne bénéficiant du lot de terrain au nom d’une association anonyme… en se contentant de la solution la plus facile, à savoir la condamnation du journaliste Bachir El Arabi et le directeur de publication du quotidien El Khabar, Ali Djerri, ainsi que le citoyen, Radjaâ El Houari (accusé dans la même affaire d’avoir fournis au journaliste des documents appuyant les faits relatés dans le reportage).
L’affaire Bachir El Arabi confirme, une fois encore, que les clauses sanctionnant le journaliste d’emprisonnement, rendues encore plus sévère par le dernier amendement du code pénal n’ont pas un caractère purement formel comme le ministre de la Justice d’alors, Chef du gouvernement, actuellement, a essayé de nous le faire croire à chaque fois qu’il se trouve devant une revendication appelant à la suppression de telles peines. Monsieur Ouyahia n’a pas cessé d’affirmer qu’ aucun journaliste n’est incarcéré dans les prisons algériennes.
Après l’affaire du Correspondant de Djelfa, Hafnaoui Ghoul, qui a passé de longs mois en prison et dont l’affaire s’est achevée grâce aux flux des pressions extérieurs exercées sur notre gouvernement, puis l’affaire Mohamed Benchicou, qui bouclera bientôt sa deuxième année d’incarcération, pour une affaire que les autorités refusent de classer comme délit d’opinion, voilà que l’affaire Bachir El Arabi, accusé de diffamation rien que pour un reportage publié dans le quotidien El Khabar, nous incite, nous, gens de la presse, à se mobiliser pour la suppression de la peine de prison contre les journalistes, avant que nos pénitenciers soient remplis de journalistes, d’autant plus que les peines d’emprisonnement avec sursis, prononcées en première instance ou par contumace, émis contre nos confrère, se sont multipliées lors des deux dernières années.
Toute en exprimant sa préoccupation quant à l’état de santé de notre confrère Bachir El Arabi, qui a entamé une grève de la faim juste après son interpellation, le staff rédactionnel d’El Khabar rend ceux impliqués dans les scandales liés à la gestion des affaires des citoyens de Naâma, qui sont derrière son emprisonnement, responsables des risques que Bachir El Arabi pourrait courir dans de telles conditions.
La rédaction d’El Khabar réitère, par ailleurs, sa position en faveur de la révision du code pénal et l’annulation de la peine de prison contre les journalistes pour leurs écrits.

2006-01-23