130 pieds-noirs juifs en pèlerinage à Tlemcen

ILS ONT QUITTE HIER L’AEROPORT D’ORLY

130 pieds-noirs juifs en pèlerinage à Tlemcen

Le Quotidien d’Oran, 23 mai 2005

Quelque 130 pieds-noirs juifs devaient quitter Paris hier après-midi pour se rendre à Tlemcen, leur ville d’origine, pour un pèlerinage inédit depuis l’indépendance.

Si les voyages des rapatriés se sont multipliés en Algérie au cours des deux dernières années, c’est la première fois qu’un pèlerinage communautaire juif de cette envergure est organisé. Avec la collaboration de l’ambassade d’Algérie en France, le voyage est organisé par «La Fraternelle», une association regroupant quelque 1.300 Juifs natifs de Tlemcen qui ont conservé un lien communautaire très fort depuis leur rapatriement en France en 1962.

Ceci dit, plusieurs groupes de pieds-noirs, dont un bon nombre de confession juive, ont effectué des voyages similaires vers l’Algérie, particulièrement durant l’année 2004 où l’on a enregistré, selon des chiffres communiqués par la direction du Tourisme de la wilaya d’Oran, près d’un millier de touristes ayant effectué un séjour à Oran.

Encadrés par des agences de voyage locales, ces touristes effectuent souvent, à leur demande, des virées vers d’autres villes de l’ouest, dont Tlemcen. Le but de ces virées est souvent un retour sur les traces du passé: retrouver ses souvenirs d’enfance, le lieu où on a grandi ou encore se recueillir sur la tombe des membres de sa famille. Ces voyages sont également une occasion pour visiter les lieux de culte aussi bien chrétien que juif.

Les 130 pèlerins juifs, qui ont pris le départ hier après-midi de l’aéroport parisien d’Orly, devaient arriver à Tlemcen dans la soirée d’hier où ils étaient attendus par les autorités locales. Une rencontre est prévue demain mardi avec les habitants de leurs domiciles de l’époque et, jeudi, les voyageurs effectueront leur pèlerinage collectif appelé «Hiloula» sur le tombeau du rabbin Ephraïm Enkaoua inhumé dans le cimetière juif de Tlemcen.

Né à Tolède en 1359, le rabbin est arrivé à Tlemcen en 1391 fuyant l’intolérance qui avait accompagné la «Reconquista» espagnole. La tradition juive maghrébine, qui lui attribue des pouvoirs surnaturels, rapporte que le sultan de Tlemcen, dont il a réussi à guérir la fille malade, l’autorisa ainsi que ses coreligionnaires à s’établir non loin du palais du Mechouar et à y édifier une synagogue. Selon le président de «La Fraternelle», André Charbit, les liens entre les communautés juive et musulmane ont toujours été marqués par un climat de «fraternité», éloigné de toute «politisation», ce qui a permis la concrétisation d’un tel voyage.

Jean-Charles Sultan, 55 ans, interrogé par l’Afp à l’aéroport d’Orly «s’attend à vivre des choses très fortes». Avec sa sœur jumelle, il retourne sur les pas de son enfance pour la première fois depuis 43 ans.

Pour madame L. Benichou, une des 130 pèlerins qui effectuent le voyage, cette visite est également une occasion de rencontres ainsi qu’un moment de bonheur et de souvenir. Elle était déjà venue à Tlemcen une première fois, en 2000, en compagnie de son fils. Elle lui avait fait, dit-elle, découvrir les lieux de son enfance. Durant les années 40, elle était scolarisée au collège de Slane, rebaptisé après l’indépendance Ibn Khaldoun. «La famille de ma mère a vécu à Tlemcen pendant des générations et mon frère y est enterré», a-t-elle rappelé, en soulignant qu’elle profitera de son séjour pour visiter avec ses compagnons de voyage les sites historiques de la ville et faire des excursions à Oran, Aïn Témouchent et Béni Saf.

H.Barti