« Ils ont broyé les testicules de mon fils »

« Ils ont broyé les testicules de mon fils »

Mon fils Halouane Kamal, né en 1969, était infirmier à l’hôpital de Thénia (Boumerdés). Il a été interpellé par la police à mon domicile le 31 mars 1993 à 9 heures 30. Je n’ai pas su où il a été emmené.

Le 11 mai 1993, j’ai été informé par les services de gendarmerie d’Oued Moussa que mon fils avait été retrouvé mort le 8 mai 1993. Ils m’ont demandé de ramener le livret de famille à la brigade, afin de pouvoir identifier le corps de mon fils, déposé initialement à la morgue de l’hôpital de Rouiba, puis transféré à la morgue de Thénia.

J’ai vu de mes propres yeux les blessures infligées à mon regretté fils durant sa détention chez les policiers. Il gardait des traces de menottes serrées au niveau des deux chevilles. Ses mollets étaient transpercés de part en part. Le responsable de la morgue de l’hôpital de Thénia, M. Bouazouz Ahmed, qui a lavé le cadavre de mon fils, m’a confirmé que ses testicules avaient été broyés. Mon cousin a, lui aussi, vu les blessures de mon fils et constaté les traces de torture. Face à mes protestations et à mon indignation devant ce crime, la gendarmerie a prétendu que mon fils a été libéré, lui et quatre autres personnes, et qu’ils ont été retrouvés morts non loin d’une caserne de Ouled Moussa. Ces quatre personnes étaient un certain Djamal, taxieur à Boudouaou, Omar, son frère, Youcef, travaillant à la mosquée de Corso, et un quatrième citoyen habitant à Boudouaou mais que je ne connaissais pas personnellement.

Ces quatre personnes et mon fils avaient été placés en garde à vue au commissariat de police de Reghaia (Boudouaou). Ils ont été torturés puis exécutés sommairement pour venger des policiers tués lors d’un accrochage où étaient aussi des militaires de la caserne de Ouled Moussa, accrochage qui s’est soldé par la mort de nombreux policiers. Les militaires ont dit que la voiture sur laquelle ils avaient tiré était une Renault 12 alors que le taxi de Djamal, retrouvé prés des corps, était une Peugeot 505.

Mon fils a été enterré au cimetière du douar Ouled Ali (commune de Thénia).

A mon tour je n’ai pas échappé à cette injustice et à cette terreur qui règnent dans mon pays. À soixante ans, déformé par les rhumatismes, j’ai été arrêté quelque temps après l’assassinat de mon fils pour des raisons que j’ignore. Je suis incarcéré à la prison d’El Harrach. Mon seul crime, c’est peut-être d’avoir clamé tout haut que mon fils a été assassiné par des policiers d’une manière lâche, après avoir été sauvagement torturé et avoir eu les testicules broyés. Comment peut-on taire un crime pareil qui m’a enlevé à tout jamais mon enfant ?

Je suis prêt à tout moment à témoigner devant une commission d’enquête nationale ou internationale, et à fournir tous les renseignements.

Halouane Mohamed Ben Ahmed, né le 28 août 1935 à Thénia, demeurant au douar Ouled Ali.

Prison d’El Harrach, le 19 janvier 1995, (Salle 3 B, n° d’écrou: 75209).

Source: CAMLDHDH, Livre blanc sur la répression en Algérie (1991-1995), tome 2, Hoggar 1996.

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