L’OMS critiquée pour ses liens avec les pharmaceutiques

L’Algérie a fait les frais de ses campagnes

L’OMS critiquée pour ses liens avec les pharmaceutiques

El Watan, 23 mai 2010

Les Etats membres « reprennent le contrôle » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette dernière, à maintes reprises accusée d’être influencée dans ses décisions par les grands groupes de l’industrie pharmaceutique, a récolté, au cours de la première journée de l’assemblée annuelle de l’organisation, « un avertissement clair, lui signifiant qu’ils comptaient reprendre la main sur le processus décisionnel », rapporte l’AFP. A la suite de débats houleux, les Etats membres ont obtenu de reprendre le contrôle sur le choix des experts afin de s’assurer que des conflits d’intérêt ne soient plus soupçonnés. « Les Etats membres ont perdu leur confiance envers l’OMS, dans la mesure où ils ont constaté que, parfois, il n’y avait pas une totale indépendance et neutralité de l’organisation vis-à-vis des pharmaceutiques », explique Herman Velasquez, un expert colombien, ancien membre de l’OMS. Ce rappel à l’ordre et cette volonté de se réapproprier les commandes de l’organisation sont la conséquence directe de plusieurs affaires, dans lesquelles on avait accusé l’OMS de ne pas être exempte du lobby des industriels pharmaceutiques.

La plus médiatique, et qui aura été, assurément, l’élément déclencheur, demeure la gestion de la grippe A (H1N1) durant le second semestre de l’année dernière. Des experts et des politiques avaient vertement critiqué l’organisation, pour avoir, le 11 juin 2009, déclenché l’alerte pandémique. Sauvant un secteur en pleine crise, cette alerte avait engendré la production de millions de vaccins et d’antiviraux. L’Algérie, on s’en souvient, avait acheté auprès du laboratoire canadien GlaxoSmithKline (GSK) 20 millions de doses de son Arepanrix. Le montant de la transaction avait été évalué à une somme qui avoisine les 7400 millions de dinars, soit près de 73 millions d’euros.

Pourtant, quelques mois plus tard, et suite au peu d’engouement suscité par la campagne de vaccination, mais aussi de par la méfiance affichée par les citoyens, le gouvernement algérien se rétracte, et revoie sa commande à la baisse. Seuls 5 millions de vaccins seront livrés à la place du stock initialement commandé. De nombreux autres pays ont fait l’acquisition de millions de doses de vaccin et autres antiviraux, dont la majeure partie sont appelés à être détruits. D’ailleurs, l’OMS avait affirmé, le 13 janvier dernier, qu’une enquête indépendante allait être diligentée au cours de l’année quant à cette « exagération ».

De même, une délégation spéciale de l’OMS devait être auditionnée par le Conseil de l’Europe à Strasbourg, afin de déterminer si oui ou non manipulation il y a eu. Mais la grippe A n’est pas l’unique grief formulé à l’encontre de l’OMS. Ainsi, les pays en développement lui reprochent sa définition des médicaments contrefaits, l’accusant d’empêcher ainsi l’utilisation de génériques, favorisant par là même les grands groupes pharmaceutiques. Une résolution a été votée à l’arraché vendredi soir, stipulant que les experts planchant sur ces questions seront désormais proposés par les pays membres.

Par Ghania Lassal